Notre Parcours et Notre Militantisme : Là où les deux chemins divergent

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Traduction de Our Journey and Advocacy : Where the two roads diverge par Emilia Leese

On pourrait être amené à penser que les vegan·es forment un groupe itinérant de par toutes les références aux « parcours », « chemins » et « voyages » présents dans des expressions du genre « cela dépend où iel en est dans son voyage vers le véganisme » ou « c’est mon chemin vers le véganisme ». Je suis pour les voyages et les découvertes. Cependant, lorsque nous parlons de « notre parcours vegan », ce que nous faisons réellement passer comme message c’est que « nous » sommes le centre de notre véganisme, pas les animaux.

Chacun·e d’entre nous est arrivé·e au véganisme à la suite d’une expérience. Nous pourrions avoir vu un film, lu un livre, eu une conversation ou avoir été influencé·e par une campagne. Nous avons peut-être traversé un processus de réflexion, eu des inquiétudes par rapport à notre santé ou l’environnement ou eu une révélation soudaine, un moment de clarté, ou fait le lien entre notre nourriture, nos vêtements ou autres et leurs répercussions dévastatrices. Ça nous a peut-être pris des années pour devenir végan·e ou peut-être était-ce un choix pris tôt dans notre vie. Nous avons peut-être observé les Journées sans Viande pendant un certain temps. Nous avons peut-être même été végétarien·nes avant de réaliser que les produits laitiers et les œufs étaient tout aussi cruels que la viande. Ces expériences sont valides et importantes car elles définissent nos histoires individuelles et collectives et font partie de notre parcours de vie. Elles nous aident aussi à nous identifier aux autres et à leur manière de réfléchir ou d’envisager le véganisme. Cependant, elles n’ont pas plus ou moins de valeur que cela.

Que ça doit directement ou par implication, nous sommes tou·tes d’accord que nous étions égaré·e·s avant de devenir végan·e et que l’exploitation animale est injuste. Je n’ai toujours pas rencontré de végan·e qui ne m’ait pas dit quelque chose du genre « c’est la meilleure décision que j’ai pris·e » et/ou « j’aurais aimé le devenir plus tôt ». Il est évident pour nous que l’injustice envers les animaux est au cœur du véganisme. Et pourtant, lorsque nous militons pour le véganisme, nous ne sommes pas clairs.

Nous rétrogradons l’injustice au lieu de parler clairement pour les animaux. Nous mettons de côté la souffrance de 60 milliards d’animaux terrestres et de billions d’animaux aquatiques par an pour éviter à notre audience un peu d’inconfort temporaire. Nous promouvons la réduction de consommation de produits animaux, les petits pas, les améliorations du bien-être etc., et nous rationalisons une telle promotion à cause de notre « parcours ». Nous déplaçons l’attention loin des victimes et sur l’expérience culinaire des humain·e·s à la place, comme si le goût était plus important que la mort des animaux. Ferions-nous cela si nous discutions de violence physique ? Dirions-nous à un groupe d’agresseur·euse·s, « s’il-vous-plaît arrêtez d’agresser une fois par semaine » parce que nous pensons qu’autrement le groupe d’agresseur·euse·s pourrait ne pas écouter ou se laisser convaincre d’arrêter leurs coups ? Non. Nous ne le ferions pas car en ce faisant nous trahirions et renierions la souffrance des victimes. Nous pourrions ne pas atteindre tous les agresseur·euse·s ou les convaincre d’arrêter leurs coups, mais au moins nous ne leur donnons pas un laissez-passer pour continuer leur comportement, peu importe qu’ils réduisent la fréquence ou améliorent leurs méthodes. Qu’un individu modifie ou non son comportement est l’affaire de cet individu, mais notre message doit rester le même.

Les gens apprécient les messages clairs. Ce principe de base s’applique aux non-vegan·es que nous pourrions atteindre par notre militantisme. Si iels sont récepti·ves à nos discours concernant le sort des animaux, alors iels seront récepti·ves pour entendre un message clair sur le véganisme. J’ai eu des conversations avec des personnes me disant qu’elles ne mangeaient plus un animal en particulier ou ont sensiblement diminué leur consommation de produits d’origine animale et je leur demande pourquoi elles font cette distinction ou pourquoi elles limitent leur consommation de produits animaux à un jour. Je suis toujours clair que même s’il est « mieux » de causer moins de tort que d’en causer plus, je ne militerai pas pour moins que le véganisme. Bien souvent, ce genre de conversations débouche sur d’autres discussions et ce n’est jamais perdu. A vrai dire, il est clair selon moi que beaucoup de personnes seraient devenues véganes plus tôt si elles avaient entendu un message clair à propos du véganisme, au lieu des messages de « réduction de la consommation » ou d’« exploitation heureuse » que beaucoup de « militant·e·s de la cause animale » promeuvent.

Nos expériences personnelles sont précieuses car nous comprenons d’où viennent les non-végan·es. Ce sont des outils utiles que nous pouvons utiliser pour communiquer de manière amicale et réfléchie nos expériences communes, pour éduquer, bannir les idées fausses, répondre aux questions et démystifier le véganisme. Mais elles ne sont pas la ligne de base à partir de laquelle nous devrions militer pour le véganisme. Le sort des animaux devrait être notre balise inébranlable car ils en paient le prix ultime, et c’est le minimum que nous puissions faire pour eux.

« Végétarien » à la retraite

Traduction de Retiring « Vegetarian » publié sur Vegan Publishers

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Avec l’arrivée de 2016, une période naturelle de changement et de remise en question, je me suis demandé si le temps n’était pas venu de mettre le terme « végétarien » au placard. Peut-être le mot avait-il plus de signification au 19e siècle et plus de valeur en terme de dialogue émergent concernant le rôle des animaux non humains dans notre société et la manière dont on choisit de vivre parmi eux. Je ne suis pas certaine que le terme soit encore utile et je pense qu’il pourrait en réalité faire plus de tort que de bien.

Le mot végétarien est utilisé depuis 1839, et fut rendu populaire par la fondation de la Société Végétarienne (Vegetarian Society) à Manchester, au Royaume-Uni, en 1847. En 1839, le terme était utilisé pour désigner ce qui était alors connu comme un « régime alimentaire végétal », qui pouvait inclure ou non des produits laitiers, des œufs, et autres.

En 1944, Donald Watson arriva et fonda la Société Végane (Vegan Society) qui définit le véganisme comme une éthique centrée sur la réduction du mal fait aux animaux, qui évidemment impliquait l’abstention de toute utilisation d’animaux pour la nourriture ou d’autres buts. Beaucoup de ceux qui devinrent membres de la Société Végane avaient auparavant été membres de la Société Végétarienne.

Depuis lors, on reconnait de plus en plus qu’il n’y a fondamentalement aucune différence éthique entre la consommation de la chair d’un animal non humain abattu par rapport à, par exemple, les secrétions d’une vache. En réalité, on pourrait facilement avancer que les produits laitiers sont bien plus cruels puisqu’ils impliquent l’imprégnation forcée, la séparation d’un enfant et de sa mère, l’abattage de bébés animaux, l’appropriation du système reproductif des animaux qui continue durant toute leur courte vie, et, au final, l’abattage des animaux impliqués.

Alors pourquoi est-ce que les restaurants végétariens existent ? Pourquoi ne sont-ils pas végans ? D’un point de vue topographique, les sécrétions animales et autres « produits » ne ressemblent pas à de la nourriture végétale, et impliquent fonctionnellement autant de cruauté que la chair animale.

De même, pourquoi est-ce que les VegFest (ndt : Festival « Veg ») ne sont pas nommés « Vegan Fests » ?  Ces évènements se réfèrent généralement eux-mêmes comme étant « veg » ou végétarien, tout en refusant souvent qu’on serve des produits laitiers, des œufs, du miel, ou tout autre sous-produits animaux. Pourquoi utiliser des labels qui réifient et soutiennent l’exploitation animale alors que nous pouvons utiliser un langage qui démontre que nous sommes engagés à mettre fin cette exploitation ?

Avant de dire que les gens sont moins « repoussés » par le terme « végétarien » que « végan », peut-être que nous devrions nous demander pourquoi cela pourrait être le cas. Si nous avons peur de promouvoir le véganisme ou même d’utiliser le mot, évidemment qu’il deviendra un mot banni. Si nous permettons aux autres de silencer notre message végan et utilisons une terminologie qui les rend « plus à l’aise », peut-on réellement prétendre militer sans détour pour les animaux ?

Le mot végétarien a joué un rôle fondamental dans la mise en lumière de la relation humain/non humain, mais après une longue et illustre carrière, je pense que ce terme est prêt pour la retraite. A partir du moment où une personne décide d’éviter autant que possible la violence et la souffrance envers les animaux non humains et humains, la seule voie possible est le véganisme.

***

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Saryta est une éditrice, militante de justice sociale, et autrice du livre Until Every Animal is Free. Après avoir travaillé à la David Black Literary Agency et le Penguin Group, Saryta s’est dirigée vers l’ouest et a fondé sa propre firme d’édition et de consultance, Brave New Publishing. Elle aime la randonnée, la bonne musique, et le temps chaud, et n’est clairement pas accro à la série de jeux Fallout.

Hayden

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Traduction de Hayden, publié le 16 décembre 2015 sur Vegan Publishers.

Voici Hayden.

Hayden

Hayden fut torturé de nombreuses années dans un laboratoire scientifique, où des tests étaient effectués sur sa peau. Même avant le début des tests, Hayden avait été réduit en esclavage dès sa naissance en ayant été « conçu » sans poils, pour faciliter les tests. Voici l’un des nombreux exemples de violation de l’autonomie corporelle des animaux non humains par la domestication et l’élevage : en créant stratégiquement leurs corps pour servir les humains, au lieu de permettre à ces corps de se développer naturellement et de veiller à leurs propres besoins.

Les cochons sauvages ont évolué pour se protéger du soleil grâce à leurs poils épais, mais les cochons domestiques sont croisés pour avoir bien moins de poils, les rendant vulnérables aux risques de coups de soleil et d’insolation. Les cochons choisis pour la “science”, comme Hayden, sont mis au monde pour être totalement imberbes, augmentant encore plus leur exposition au soleil. Dans un environnement naturel, Hayden aurait déjà été désavantagé ; alors, il fut condamné à des années de souffrance dans un laboratoire.

Comme vous pouvez constater dans l’image ci-dessus, la peau d’Hayden est définitivement distincte de celle de ses congénères. Elle est d’une couleur brun foncé et rugueuse, et les braves personnes au Harvest Home Sanctuary de Stockton, en Californie, qui sont aujourd’hui ses soignants, doivent régulièrement mettre de l’antisolaire sur sa peau. Chose étonnante, malgré tout ce qu’il a été forcé d’endurer par les humains, il est quelqu’un de très confiant et d’amical. Timide aux premiers abords, si vous passez du temps calmement près de lui et que vous lui laissez son espace, il viendra petit à petit se réchauffer contre vous, et avant que vous ne le remarquiez, vous serez déjà blotti-e contre lui.

J’ai choisi de partager l’histoire d’Hayden pour de nombreuses raisons. La première est pour mettre en lumière le mal irréparable que l’élevage cause aux non humains, et pour réitérer à quel point c’est un aspect fondamental du mouvement de libération des animaux : ils ne pourront jamais se rapprocher de la « liberté » ou de l’« autonomie » si nous continuons à les mettre au monde et à transformer leurs corps avant même qu’ils soient nés. Hayden est également représentatif de la résilience d’esprit dont sont capables les animaux non humains. Alors que nous humains avons souvent des difficultés à nous pardonner l’un l’autre pour des choses bien plus futiles, Hayden est malgré tout capable de donner sa confiance, et ne tient pas toute l’humanité pour responsable de ce qu’une industrie humaine corrompue lui a fait subir.

L’histoire d’Hayden sert aussi à nous rappeler que le véganisme n’est pas un régime alimentaire. Tant de campagnes et de rhétorique sur le véganisme se concentrent sur ce que les gens mangent ou ne mangent pas. Hayden n’a jamais été mis en danger d’être consommé, mais cela ne signifie pas qu’il devrait être écarté de notre lutte. Nous devons nous souvenir d’Hayden, ainsi que de tous les non humains dont les corps sont utilisés pour faire des sacs et des chaussures, et qui souffrent d’autres violations tout en restant en vie, lorsque nous parlons de véganisme et que nous encourageons les autres à devenir végan-e, et pas juste nous concentrer sur ce qu’il y a dans leur assiette.

Pour terminer, j’espère que cette histoire inspirera les personnes qui ne se sont pas encore impliquées dans leurs sanctuaires locaux à le faire. Les manières d’aider un sanctuaire abondent. Vous pouvez donner de votre temps en y faisant du bénévolat, si vous en êtes capable. Vous pouvez effectuer des dons ou donner des fournitures, beaucoup de sanctuaires ont des wish-list sur leur site et/ou dans leurs newsletters, comprenant des objets bon marchés et faciles à trouver, tel que des serviettes ou des couvertures. Même simplement faire passer le message et amener les autres à visiter des sanctuaires, plus particulièrement ceux et celles qui sont habitué-es à voir les non humains comme de la nourriture, des vêtements ou des accessoires plutôt que comme des amis ; cela peut faire de grandes choses pour le mouvement.

Saryta

[Traduction] Lettre ouverte aux hôtes pour les fêtes de fin d’année

(Traduction de « An open letter to non-vegan holiday hosts« )

Publié le 8 décembre 2015 sur Vegan Publishers

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Comme les fêtes de fin d’année arrivent à grands pas et que vous vous préparez peut-être à accueillir sous votre toit la personne végane de votre famille, j’aimerais profiter de l’occasion pour vous parler de certaines choses qu’il-elle n’oserait peut-être pas aborder avec vous. Je n’écris pas cette lettre pour vous provoquer ou vous faire honte, mais plutôt pour vous encourager à tenter de développer une meilleure compréhension en regard de ce qu’il-elle traverse.

Pour planter le décor, permettez-moi de vous inviter à un petit exercice mental que vous prendrez, je l’espère, au sérieux. Imaginez que vous soyez invité-e à un évènement où l’on sert du chat rôti en plat principal. Imaginez les organisateurs « préparant » le chat mort, retirant ses intestins, insérant des morceaux de pain dans son anus, et plaçant son corps dans le four. Plus tard, lorsque le chat est bien cuit, vous êtes assis-e à table occupé-e à regarder les autres dépeçant le chat et faisant la fête comme s’ils ne mangeaient pas un chat devant votre nez. (Je suppose que vous ne prenez pas part au diner dans ce scénario.)

Fin de la scène. Est-ce que l’idée même de participer à cet évènement vous dérange ? Comment vous sentez-vous par rapport aux participants ? Si vous êtes comme la majorité des gens, ce scénario vous dérangerait profondément. Bienvenue dans le monde des végan-es pendant la période de fin d’année. (NDT : et de n’importe quel repas ou évènement)

Un aspect important de l’éthique végane est de voir tous les animaux sentients comme étant des êtres semblables et méritant tous de vivre. Il n’y a pas de distinction de valeur entre une dinde et un chat, un dauphin, un chien ou une vache.

La seule chose qui distingue vraiment ce mode de pensée, cette différenciation des animaux, est ce qu’on nous a appris par rapport à leur « utilisation ». La société voit l’abattage et la consommation des dindes comme quelque chose d’acceptable, alors que d’autres animaux sont considérés comme non-comestibles.

Pour les végan-es, tous les animaux (NDT : et leurs « sous-produits ») sont non-comestibles, car tous et toutes pensent et ressentent ; tous et toutes ont le désir de vivre, tout comme nous. Il n’y a pas de différence entre espèces pour un-e végan-e. Les végan-es ont désappris les distinctions arbitraires entre espèces, et il est donc tout aussi dérangeant d’être témoin de violence envers une dinde ou un cochon qu’envers un chat ou un chien. Nous ne voyons plus de différences, et beaucoup d’entre nous ont développé des liens affectifs envers ces animaux « de ferme », tout comme l’ont beaucoup de gens envers un animal domestique traditionnel.

Donc, si vous recevez un membre de votre famille qui est végan-e pour ces fêtes de fin d’année, j’aimerais que vous soyez conscient-e de la difficulté que cela représente pour lui-elle. Pas seulement parce qu’il-elle doit être témoin de la mutilation et de la consommation d’un animal qui voulait vivre, mais aussi parce qu’ils observent les personnes qui lui tiennent le plus à cœur participer à cela.

J’espère que vous comprenez qu’il-elle doit tenir énormément à vous, si fort qu’il-elle a décidé de se joindre à vous, malgré le fait qu’il-elle puisse être profondément dérangé-e par votre participation à la souffrance animale. Pour être franc, il-elle doit probablement être également déçu-e, parce qu’il-elle vous connaît comme une personne aimable, mais votre participation à cette cruauté va à l’encontre de sa haute estime envers vous.

Je suppose qu’il-elle pourrait également ressentir un certain niveau de rejet de votre part car, si vous cherchiez réellement à comprendre pourquoi il-elle a choisi de devenir végan-e, vous le deviendriez aussi. Il n’y a pas de justification logique ou éthique pour tuer et consommer des produits animaux, car c’est biologiquement inutile et même malsain pour nous. C’est peut-être ce qui est le plus difficile pour lui-elle ; il-elle voudrait tellement que vous compreniez sa compassion pour les animaux, car cela fait grandement partie de son être.

Pour beaucoup de végan-es, les vacances ont aussi un gout amer car nous nous rappelons affectueusement des bons moments où nous retrouvions notre famille et discutions de tous les changements dans notre vie et de ce que nous avions appris pendant que nous étions éloignés les un-es des autres. Ce genre de discussion pourrait ne plus être possible lorsqu’on devient végan-e, car peu de personnes veulent entendre parler de compassion pour les animaux et de la justice que nous réclamons pour eux.

Je comprends que votre réponse pourrait être « Mon toit, mes règles », ce qui est certainement votre droit. Vous n’avez aucune obligation d’être accommodant-e envers lui-elle en organisant un repas végan. Cependant, au même titre, je vous invite à respecter son-sa décision de s’abstenir de venir aux futurs fêtes de fin d’année chez vous si c’est son choix, car il-elle pourrait également avoir besoin de décider ce qui est le mieux pour lui-elle et ce qu’il-elle est capable de supporter. Pour certain-es végan-es, ce n’est tout simplement pas sain pour eux-elles, ou pour votre relation avec eux-elles, d’être exposé-es à la cruauté animale, et ils-elles doivent décider cela par eux-elles-mêmes. Beaucoup de végan-es préfèrent juste passer des fêtes de fin d’année véganes chez eux-elles, là où ils-elles peuvent éviter d’être exposé-es à la cruauté animale.

Donc ma dernière demande est que vous preniez réellement le temps de l’écouter pendant cette période de fête et d’essayer de mieux comprendre à quel point il-elle a changé et pourquoi il-elle est si passionné-e par le sort des animaux. Peut-être que pour la prochaine période de fête vous pourriez lui montrer que vous comprenez cela en organisant une fête végane, ou encore mieux, en devenant vous-même végan-e : ce serait le plus beau cadeau que vous pourriez lui faire ainsi qu’aux animaux qui ne souffriraient plus.

Dr. Casey Taft

[Traduction] Les messages dominants de plaidoyer animal encadrés par ceux et celles créant le préjudice

(Traduction de « Mainstream Animal Advocacy Messages Framed By Those Doing The Harm », Dr. Casey Taft)

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J’ai récemment discuté avec un activiste hautement respecté lié à ceux et celles menant les organisations dominantes de plaidoyer animal, sur la manière dont ces groupes demandent maintenant aux autres de seulement « devenir végétarien » et de « réduire » leur consommation d’animaux (réductarianisme) au lieu de promouvoir le véganisme. Il m’a dit quelque chose que j’ai toujours su intuitivement mais que je n’ai jamais pu digérer : ces organisations forment leurs décisions militantes sur base d’études de marché. En d’autres termes, pour déterminer la meilleure manière d’encourager les gens à arrêter d’exploiter les animaux, elles demandent à ceux et celles qui les exploitent comment nous devrions leur faire passer notre message.

Prenez le temps de méditer là-dessus et demandez-vous ensuite à quoi cela ressemblerait si on appliquait cela à n’importe quel autre mouvement de justice sociale. Est-ce que vous pensez que les gens de Black Lives Matter effectuent des sondages chez les racistes blancs en vue de déterminer la manière dont on pourrait mettre fin à l’injustice raciale ? Est-ce que les féministes organisent des groupes de recherche avec des hommes sexistes pour réfléchir à la meilleure manière de mettre fin au patriarcat et à la violence envers les femmes ? Bien sûr que non ! Il est absurde de demander à ceux et celles perpétuant l’oppression comment nous devrions leur parler pour les encourager à arrêter d’oppresser.

Bien entendu, lorsque nous demandons à des non-végan·es quelle serait la meilleure manière de faire du plaidoyer, ils·elles nous diront que nous devrions seulement leur demander de réduire leur consommation de « produits » animaux. Ils·elles préfèreraient que nous ne mentionnons jamais le mot « vegan » car cela les mettrait mal à l’aise. Voilà pourquoi les organisations dominantes de plaidoyer animal appellent maintenant au réductarianisme et au végétarisme plutôt qu’au véganisme. Elles peuvent s’engager dans leur plaidoyer sans contrarier une grande partie potentielle de donateurs qui financent leur organisation et leurs salaires.

Nous ne devrions jamais demander aux autres moins que le véganisme, en suggérant de devenir végétarien ou réductarien à la place car cela les met plus à l’aise. Se sentir à l’aise n’amènera pas de changement radical vital pour les animaux. Il faut que nous aidions l’ensemble de la société à sortir de sa zone de confort et à rejeter au final l’injuste à laquelle nous exposons les animaux de par leur utilisation et leur exploitation. Les animaux non humains méritent la justice et la fin de leur utilisation, pas d’analystes de marché qui demandent à ceux·celles perpétuant l’injustice la meilleure manière de leur parler.

Faisons un exercice mental, juste pour les végan·es. Souvenez-vous du moment où vous n’étiez pas végan·e, lorsque le sort des animaux non humains n’était même pas sur votre radar. Peut-être que vous ignoriez délibérément ce qui leur arrivait ou peut-être n’étiez-vous tout simplement pas informé·e et ignorant·e. Maintenant, imaginez qu’un grand groupe de plaidoyer pour les animaux vous contacte au hasard, et vous demande votre aide pour mener une grande campagne de récolte de fonds pour mettre fin à l’exploitation des animaux non humains. Est-ce que vous pensez être qualifié·e pour mener une telle campagne ? Ou pensez-vous que votre « vous » actuel·le, en tant que végan·e avec une autre perspective, pourrait être plus à même pour cette tâche ? Il est évident que nous sommes mieux positionnés en tant que végan·e pour savoir comment élaborer un message pour les droits des animaux, car nous connaissons certains concepts de l’injustice que les animaux endurent.

Nous aidons le mieux les autres à devenir végan·e si nous discutons des implications de notre utilisation des animaux ; l’argument éthique est de loin notre argument le plus puissant. Les grands groupes de plaidoyer ayant accès à des ressources financières considérables et à des audiences importantes disent aux autres que nous devrions demander aux gens de réduire leur exploitation, plutôt que d’y mettre fin, diluant notre message collectif végan de justice sociale et sapant l’argument éthique. On enseigne à trop de personnes que l’exploitation animale est justifiable avec modération, et que la meilleure approche pour atteindre un monde végan est de ne pas du tout parler du véganisme. Soyez conscients de l’origine de cette approche de plaidoyer aberrante : la flatterie de ceux perpétuant l’exploitation animale par les grands groupes de plaidoyer animal.

Notre mouvement ne devrait pas être guidé par les préférences de ceux qui ne veulent jamais voir la fin de l’exploitation des animaux. Cela peut aider les grands groups à récolter des dons provenant de ceux et celles qui sont contents qu’on ne leur demande pas de devenir végan·e, mais cela n’aide certainement pas les animaux non humains. Il est temps que notre mouvement se penche collectivement sur l’utilisation animale comme sur toute question de justice sociale.

Dr. Casey Taft

[Traduction] Pseudoscience dans le Mouvement pour les Droits des Animaux, de Dr. Casey Taft

(Traduction de « Pseudoscience in the Animal Right Movement, by Dr. Casey Taft »)

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J’ai précédemment exprimé mes inquiétudes concernant une étude dans laquelle le Humane Research Council (aujourd’hui appelé Faunalytics) a déformé ses résultats pour faire valoir que nous devrions militer pour que les gens réduisent leur consommation de viande plutôt que de promouvoir le véganisme. Comme je l’ai remarqué, leurs résultats montraient l’opposé de leurs conclusions et indiquaient que nous devrions au contraire faire la promotion du véganisme plutôt que du « réductarisme ». Les autres failles de l’étude étaient notamment qu’il n’y avait pas d’hypothèses vérifiables basées sur la théorie et qu’ils définissaient mal le véganisme en le définissant simplement comme un régime alimentaire (plutôt que comme une position éthique contre l’utilisation animale). Qui plus est, ils n’ont pas soumis leurs résultats à une relecture par des pairs, qui est la méthode standard dans la communauté scientifique.

Donc, lorsque j’ai découvert qu’un autre groupe, le Humane League Labs, avait conduit une récente étude qui concluait de manière similaire que nous devrions encourager les gens à réduire leur consommation animale plutôt que de l’éliminer complètement, j’étais naturellement sceptique. J’ai alors lu le rapport complet, pour vérifier si leurs données concordaient avec leurs conclusions. Comme je le soupçonnais, ce n’était pas le cas.

Le principe de cette étude est connu de nous tous. Ils ont administré des brochures qui « traitaient de la cruauté de l’élevage industriel et des bénéfices pour la santé que procurait l’élimination des produits d’origine animale de notre alimentation. ». Ensuite, les auteurs ont utilisé 8 brochures différentes qui appelaient à différentes actions : certaines demandaient à leurs lecteurs de « manger végétalien » ; d’autres de « manger végétarien » ; d’autres de « manger moins de viande » ; et d’autres d’ « éliminer ou de réduire » la viande et autres produits animaux.

Tout comme pour la dernière étude que j’avais critiquée, il y a également de sérieux problèmes théoriques et méthodologiques avec celle-ci. A nouveau, un problème primordial avec cette étude est que le véganisme n’est pas correctement représenté. Une approche végane ne se concentrerait pas seulement sur « l’élevage industriel » mais traiterait de l’éthique de la consommation animale dans son ensemble. Elle ne se concentrerait également pas sur la santé. Donc à nouveau, si les auteurs souhaitent tirer des conclusions sur l’approche végane et son efficacité, alors il convient d’employer réellement cette approche.

Je ne vais pas me pencher en détail sur les problèmes méthodologiques mais l’approche utilisée ne serait vraisemblablement pas considérée comme acceptable si elle devait être soumise à une relecture par des pairs. Les problèmes majeurs sont notamment un faible taux de réponse (moins de la moitié) au suivi et pas de prise en compte des données manquantes (par exemple, absence d’analyse des données) ; le recours à des « scores de changement », qui est une approche analytique de données assez faible ; un manque de clarté concernant la randomisation des participants en groupes ; et des tailles de groupes inégales.

Ce qui est bien plus inquiétant, cependant, est la manière dont les données ont été déformées pour convenir à l’approche de ce groupe. Ceux du groupe « contrôle » ont réduit leur consommation de viande et de produits laitiers plus que tout autre groupe. Qui plus est, les seules données statiquement significatives étaient celles qui démontraient que ceux du groupe contrôle ont réduit leur consommation de manière plus importante que ceux qui ont reçu des messages différents. En d’autres termes, la seule découverte « significative » des analyses de données principales est que les individus réduisent leur consommation de viande et de produits laitiers de manière plus importante lorsqu’on ne leur demande pas de changer quoi que ce soit, que si on leur demande de changer certaines choses dans leur consommation. Ces résultats contre-intuitifs suggèrent que les problèmes méthodologiques que j’ai relevés précédemment pourraient remettre en question l’entièreté de ces résultats. En bref, ces résultats n’ont pas vraiment beaucoup de sens, et il y a toutes les raisons pour être sceptique que cette étude soit en quoi que ce soit utilisable.

Les auteurs, en revanche, ont interprété des résultats qui n’étaient statistiquement pas significatifs pour conclure que le message d’ « éliminer ou de réduire » la viande et autres produits animaux « pourrait être l’approche la plus efficace » pour que les gens réduisent leur consommation de produits animaux. Ces conclusions sont injustifiées au vu des véritables résultats, du manque de signification statistique des différences entre les groupes (excepté pour les différences montrant que ceux ne recevant aucun message ont plus fortement diminué leur consommation), et les problèmes méthodologiques qui jettent le doute sur la validité des données.

La pseudoscience est « une affirmation, croyance, ou pratique qui est présentée comme scientifique, mais qui n’adhère pas à une méthodologie scientifique valide, n’est pas soutenue par des preuves ou plausibilité, ne peut pas être testée de manière fiable, ou bien manque d’un statut scientifique. » Lorsqu’un groupe encadre une étude et déforme les conclusions pour qu’elles cadrent avec leur méthode préférée de militantisme, il se livre à de la pseudoscience. De telles pratiques semblent être trop fréquentes dans le militantisme animal, ce qui est décevant et potentiellement dangereux. Les médias et d’autres groupes partagent les conclusions de cette étude, assumant qu’elles sont valides. Les organisations qui mènent ce genre d’études peuvent faussement avancer que leur méthode militante se « base sur des preuves ». Il est potentiellement dangereux pour les animaux de promouvoir la notion que certaines formes de militantisme sont plus efficaces que d’autres, basé sur une étude viciée et fortement biaisée. Nous pouvons et devons faire mieux que ça.

Dr. Casey Taft

[Traduction] Privilège masculin, Déraillements de la Discussion et la Politique de la Politesse

(Traduction de Male Privilege, Discussion Derailments and The Politics of Politeness posté sur Vegan Feminist Network)

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J’ai eu une conversation hier avec un collègue qui soutient la violence et les réformes de bien-être dans la lutte pour les droits des Animaux Non Humains. En tant qu’abolitionniste, je rejette ces tactiques, étant non seulement bancales idéologiquement mais contreproductives. Les débats violence/non-violence et abolition/bien-être ont une longue histoire derrière eux dans le mouvement, et les débats sur leur efficacité n’en finissent pas. De par ma spécialisation dans la théorie du mouvement social développée durant ma vie universitaire, j’ai un avis plutôt forgé sur ce genre de sujets. Mon collègue, cependant, n’est pas universitaire et n’est pas versé dans la science des mouvements sociaux, basant sa position sur le discours dominant (dirigé par les hommes) du mouvement. Au fil de la discussion et vu que je maintenais fermement ma position sur le sujet, mon collègue a fait remarquer qu’il ne pensait plus pouvoir me parler sans être au final accusé de sexisme. C’était peut-être parce que j’utilisais le langage du privilège pour discuter de la domination des organisations welfaristes dans le mouvement, ou peut-être parce que j’ai fait remarquer que les tactiques violentes sont patriarcales et tendent à attirer les hommes. Peu importe la raison, on me pointait du doigt pour avoir communiqué ma position dans le cadre de l’inégalité. Je ne l’ai certainement jamais accusé de sexisme. Cependant, il m’est vite venu à l’esprit que mon collègue n’avait pas formulé cette affirmation suite à une véritable exaspération, mais plutôt comme outil de manipulation visant à faire dérailler la discussion et rétablir la suprématie masculine.

Les hommes sont conditionnés à s’attendre à dominer le débat. Ils sont conditionnés à croire qu’ils ont raison, que leur opinion importe, et que cette opinion est la plus importante. Ce n’est pas basé sur l’expérience ou sur la connaissance, mais plutôt sur leur statut social privilégié en tant qu’homme. Les femmes, à l’inverse, sont conditionnées selon la politique de la politesse. On nous apprend à donner plus d’espace de parole aux hommes, à estimer leurs opinions peu importe leur ridicule ou leur offense, pour apaiser leurs égos, etc. Des décennies de recherches sociologiques sur la discussion, le langage, et l’espace social concernant les interactions mixtes ont confirmé que les hommes parlent plus, ils occupent plus d’espace, ils dictent la discussion, et leurs opinions sont vues comme plus crédibles et légitimes. Les femmes, au contraire, parlent moins, soutiennent plus, et occupent moins d’espace. Leurs opinions sont également extrêmement dévaluées.

Lorsque les hommes se plaignent de ne pas pouvoir dire quoi que ce soit sans être accusés de sexisme, voici ce qu’ils disent réellement :

1. Je suis habitué à avoir le contrôle de la conversation; votre conscience de la politique sexuelle rend difficile pour moi d’adopter en douceur ce privilège invisible.

2. Je suis habitué à pouvoir parler de n’importe quel sujet sans qu’on remette en question mon autorité, la possibilité qu’on m’accuse de sexisme interfère avec mon autorité.

3. J’utilise la politique de la politesse pour vous confondre à donner priorité à mes sentiments et intérêts.

4. La théorie féministe est une charade. Le sexisme n’est pas réel, vous utilisez juste cette rhétorique pour gagner le débat.

Cette tactique est une variante de la « tone-policing » (ndt : littéralement « police du ton » : se concentrer sur la manière dont on dit quelque chose, peu importe qu’elle soit vraie ou non). Plutôt que se concentrer sur l’argument développé, un déraillement est créé en invoquant l’égo masculin meurtri, le caractère de la femme, et l’authenticité du féminisme. Les femmes sont détournées d’un sujet sur lequel elles peuvent exprimer leur propre autorité lorsque les hommes exploitent la féminité et font pression sur les femmes pour qu’elles montrent du respect à la structure sociale patriarcale. La validité de mon argument se trouve mise sur le côté, je dois d’abord m’occuper de ses sentiments. Ne pas s’occuper d’abord des sentiments des hommes est un pêché capital dans le patriarcat. Être une femme avec une opinion éclairée semble également être une grande offense.

Enfin, il est extrêmement important de reconnaître que lorsque nous individualisons l’oppression, nous obscurcissons sa nature systémique. Si nous ne pouvons pas débattre d’oppression systémique parce que les gens de privilège donnent priorité à leur inconfort pour ce qui semble être une attaque personnelle, nous ne pourrons pas avoir les discussions importantes nécessaires pour créer une société égalitaire. En faire une question personnelle (« Hey, je ne suis pas sexiste ! » ; « Hey, tu dis que je suis un raciste ?! ») fait sérieusement dérailler la conversation. Au lieu de remettre en question l’oppression culturelle,             les militantes se voient amenées à s’occuper des sentiments de personnes de privilège qui sont habituées à être à l’abri de l’inconfort. Cela devient extrêmement pénible pour les personnes oppressées de devoir se plier en permanence aux sentiments des personnes privilégiées. Faire cela redirige l’attention des oppressés vers les oppresseurs. Cela ferme également le dialogue, interfère avec la pensée critique, et entrave le travail de justice sociale.