[Traduction] Mythes populaires par rapport à l’abolitionnisme démystifiés.

(Traduction de l’article de Rob Johnson et Professeur Corey Lee Wrenn, « Popular myths about abolitionism debunked« , paru dans le 3e numéro de The Abolitionist)
Les fausses idées par rapport à l’abolitionnisme sont abondantes et méritent d’être appréhendées de manière critique ; cependant, ces discussions se concentrent principalement sur le véganisme, la réalité de l’utilisation des animaux non-humains, et l’importance des droits. Vu que l’approche abolitionniste croît en popularité, elle a remis en question les idéologies dominantes dans le mouvement des droits des animaux non-humains. Par conséquence, beaucoup de vegans perpétuent des contre-vérités par rapport à l’abolitionnisme justifiant une brève réponse de clarification.


« Une société plus aimable peut créer une société plus sensible au véganisme »

Certaines personnes clament que les réformes de bien-être aident à créer une société « plus aimable » et donc nous rapprochent plus du véganisme. Pourtant, on oublie de réaliser que l’utilisation des animaux non-humains est intrinsèquement violente et qu’aucune quantité de réforme ne peut significativement compenser cette réalité. La violence inhérente de l’exploitation est en réalité une barrière importante à l’accroissement de l’ « amabilité ». Par exemple, une étude récente a montré que la présence d’un abattoir dans une communauté est liée à une augmentation de crimes brutaux. (1)


D’un autre côté, les propriétaires d’exploitations moins intensives pourraient penser être parfaitement aimables malgré le fait qu’ils bâtissent un moyen de subsistance basé sur l’exploitation systématique d’animaux non-humains. Beaucoup de fermiers se décrivent comme bénévoles et croient qu’ils veillent aux meilleurs intérêts de leurs propriétés non-humaines. Ils pensent avoir un bon élevage et un gardiennage responsable. En réalité, l’histoire dispose de nombreux exemples de personnes pourtant aimables agissant de concert pour faire des choses atroces. Par exemple, la politique d’aide étrangère américaine a en réalité exacerbé l’inégalité globale et favorisé la dépendance du tiers-monde et l’ethnocentrisme. L’amabilité ne détruit pas nécessairement le capitalisme, elle n’éradique pas la pauvreté, et elle ne remet pas vraiment en question le spécisme. Le changement significatif provient de la promotion d’un changement de compréhension et de paradigme ; pas en augmentant le « facteur d’amabilité » subjectif et impossible à mesurer.


La plupart des gens sont d’accord avec le fait que les non-humains ont un intérêt à éviter la souffrance inutile ; en effet, beaucoup de personnes se considèrent comme des « amoureux des animaux ». Cependant, les normes sociales obscurcissent l’inconsistance de nos croyances et attitudes. Nous avons besoin d’un changement significatif de paradigme qui élimine l’inconsistance entre nos préoccupations pour les animaux non-humains et l’utilisation continue inutile qu’on fait d’eux. Une société ‘plus aimable’ sera tout aussi ignorante par rapport aux intérêts des animaux non-humains sans un tel changement de paradigme.


“L’abolitionnisme est fondamentaliste”


Beaucoup cataloguent l’abolitionnisme comme étant fondamentaliste, mais ce n’est pas nécessairement négatif. Dans de nombreux cas d’immoralité, une opposition fondamentale est nécessaire. Nous ne sommes par exemple pas dans l’erreur en ayant la position que le viol ou le meurtre sont fondamentalement immoraux, l’abolitionnisme n’est pas dans l’erreur en ayant la position que l’utilisation d’animaux non-humains est fondamentalement immorale. En effet, une question morale où on ne trouve pas de réponse fondamentalement juste est une rareté.


“Les campagnes ciblées peuvent fonctionner et aider l’éducation végane.”


Il est utile de clarifier la différence entre les problèmes uniques et les campagnes ciblées. Les problèmes uniques impliquent de tirer parti d’un problème particulier, souvent populaire, afin d’aborder la question plus fondamentale du véganisme et de l’abolition. Un exemple est la fameuse lettre de Gary Francione au Philadelphia Daily News qui utilisa l’intérêt du public pour le cas de combats de chien organisés par Michael Vick, afin d’attirer l’attention sur l’utilisation sociétale problématique des animaux non-humains dans son entièreté (2). Les campagnes ciblées, cependant, entraînent une implication continue par rapport à un problème unique qui aborde rarement, si jamais, le problème de fond de l’utilisation des animaux non-humains. Un exemple est la campagne de VIVA! pour protéger les kangourous. VIVA! nous demande de les aider dans leur croisade visant à interdire les produits provenant du kangourou dans l’Union Européenne, mais n’aborde pas le système d’oppression subjuguant les kangourous et tous les autres animaux non-humains. Et on ne trouve aucune mention du véganisme, partie intégrante d’un changement sérieux et durable pour les non-humains. Les abolitionnistes sont d’accord qu’utiliser un problème unique peut être utile pour attirer l’attention et initier une discussion importante, mais les abolitionnistes considèrent la fixation sur un type d’exploitation sans une application explicite, continue, de considération égale envers tous les non-humains comme extrêmement problématique.


Certains déclarent que les campagnes ciblées conservent une utilité car elles pourraient « accrocher » les gens par rapport au véganisme. Elles sont, c’est déclaré, destinées à « accrocher » les gens qui font preuve d’empathie envers le problème et à leur demander de seulement continuer à être contre ce problème unique. Les campagnes ciblées visent également ceux sans véritable intérêt pour la question qui sont donc plus faciles à persuader. On peut voir des exemples dans les campagnes pour bannir la fourrure, mettre fin à la chasse au phoque, et abolir les calèches. Ces campagnes ont tendance à choisir des problèmes qui sont facilement soutenus et se concentrent sur des non-humains qui sont relativement populaires ou « mignons ». Elles visent des problèmes qui sont arbitrairement définis comme significatifs, ignorant généralement les problèmes plus vastes, plus intègres. En faisant cela, elles perpétuent l’idée que les problèmes plus vastes (ex, l’utilisation des animaux non-humains) doivent être ignorés, et que les symptômes (ex : cas spécifiques de l’exploitation des animaux non-humains) sont ce sur quoi nous devons focaliser notre attention.


Cependant, nous pouvons facilement utiliser des problèmes uniques pour interpeler les gens sans avoir à subir les problèmes fatals des campagnes ciblées. Les éducateurs abolitionnistes peuvent initier une discussion démarrant sur la fourrure et immédiatement relier ce problème unique à la solution du véganisme plutôt qu’à la solution de ce problème/campagne unique. Sans un lien au véganisme, se concentrer sur un problème unique ne réussira pas à créer un changement significatif ou durable, car cela n’abordera pas le problème des fondations structurelles qui perpétuent ces problèmes uniques. De manière similaire, une promotion de ces campagnes implique une promotion de l’idée que l’utilisation animale en soi n’est pas problématique et qu’un changement de paradigme n’est pas la réponse souhaitée. Cela renforce l’idéologie maintenant que le véganisme n’est pas nécessaire, donc elles ne peuvent pas être vues comme une approche travaillant main dans la main avec l’éducation végane. Elles se sapent mutuellement.


“Division, division, division…”


Si vous militez pour les intérêts des animaux non-humains (qui n’ont pas droit à la parole dans le débat) et pensez qu’une approche qui déclare que « tout plaidoyer aide » leur fait du tort, alors la réponse nécessaire est de causer une division. La division est nécessaire pour mettre une limite entre l’approche viciée et l’approche plus appropriée. Ici, la nouvelle faction grandit avec un regain d’intérêt qui s’oppose au cadre d’action précédemment accepté. Par exemple, les vegans sont sources de division dans la société : ils veulent détruire les normes sociales unifiées qui ferment les yeux sur notre utilisation des animaux non-humains et les rediriger vers celles qui accordent un respect égal aux non-humains. De manière similaire, les abolitionnistes sont sources de division car ils veulent détruire les normes sociales unifiées des réformes de bien-être et de campagnes ciblées. Ces deux formes de division sont vitales si nous voulons aider les animaux non-humains. Critiquer les vegans et les abolitionnistes précisément parce qu’ils sont ‘sources de division’ ne remet pas en cause le spécisme, car cela maintient intacte la hiérarchie humaine sur les non-humains. L’union n’est pas une option si c’est avec une approche connue pour faire des dégâts aux autres.


“L’éducation végane est une approche tout-ou-rien ”


Une raison importante pour laquelle beaucoup de militants se concentrent sur les réformes de bien-être est parce qu’ils assument que cela apporte une avancée incrémentale vers l’abolition de l’utilisation des animaux non-humains. Les recherches inlassables de Gary Francione sur le welfarisme, cependant, ne trouvent aucun fondement appuyant cette affirmation. Par exemple, le welfarisme rend en réalité les gens plus à l’aise par rapport à l’utilisation des animaux non-humains. Donc, le welfarisme a plus de chance d’augmenter, ou au moins de renforcer notre utilisation des non-humains. L’éducation végane apporte un véritable mouvement incrémental vers l’abolition. Le véganisme crée un changement sociétal graduel en déplaçant les gens de la complaisance de l’utilisation des animaux non-humains vers son rejet. L’augmentation graduelle du nombre de vegans est la seule action qui constituerait une véritable avancée incrémentale vers l’abolition de l’utilisation des animaux non-humains.


“On ne peut pas être certain de ce qui fonctionne, donc parfois on devrait choisir le welfarisme”


Peut-être le plus grand mythe sous-entendant l’opposition actuelle à l’abolitionnisme est l’idée que l’abolitionnisme est juste une opinion, donc on ne peut pas être certain que cela fonctionnera. Le changement social ressemble souvent à une boule de neige, gagnant force et vitesse à mesure qu’elle progresse et grandit. Le welfarisme promeut la consommation de produits d’animaux non-humains et ignore largement l’importance du véganisme, bloquant ainsi l’élan dont le véganisme a besoin pour grandir. De manière similaire, les campagnes ciblées ne contribuent en rien à l’élan nécessaire. C’est parce qu’elles différencient arbitrairement une utilisation par rapport à d’autres, dépeignant certaines utilisations d’animaux non-humains comme étant « mauvaises » alors que les autres sont soulignées comme étant plus souhaitables ou carrément ignorées. Cette différenciation est une caractéristique nécessaire d’une campagne recueillant un soutient non-vegan.


Les critiques protestent que nous ne savons pas ce qui fonctionnera, donc nous devons garder un esprit ouvert à toutes les théories et tactiques. Cependant, comme nous l’avons vu, on trouve certains obstacles structurels au changement social. Le welfarisme et militantisme de campagnes ciblées a échoué par le passé et il est peu probable qu’il réussisse dans l’avenir. Ce sont des problèmes structurels, nous savons qu’ils existent. Nous savons ce qui ne fonctionne pas.


L’éducation végane se présente comme un moyen approprié, car elle vise à saper le spécisme ainsi que le rejet de la consommation d’animaux non-humains. Elle est compatible avec le changement social que nous cherchons à atteindre. Nous savons que le véganisme est compatible avec l’abolition de l’utilisation des animaux non-humains, alors pourquoi ne pas donner à l’éducation végane et au discours de libération le soutien dont elle a besoin pour prospérer ?


“Les abolitionnistes pensent qu’il est acceptable que les animaux non-humains souffrent maintenant ”


Parce qu’on pense que les réformes de bien-être ont un impact immédiat dans la réduction de la souffrance des non-humains et parce que l’abolitionnisme s’oppose aux réformes de bien-être, on imagine que les abolitionnistes soutiennent la souffrance continue des non-humains. Rien ne peut être plus éloigné de la réalité. En effet, l’abolitionnisme reconnait que les réformes de bien-être ne rendent pas seulement les gens plus à l’aise par rapport à la consommation de non-humains, mais qu’elles augmentent également la productivité et l’efficacité. Des cages légèrement plus grandes et des méthodes d’étourdissement plus efficaces ne réduisent pas significativement la souffrance d’un individu qui a été exploité pendant l’entièreté de sa vie. Il n’y a aucune raison de supposer qu’un individu gagnerait quoi que ce soit par rapport à une réduction si infime de souffrance dans le grand schéma d’une institution si horrible. Francione utilise souvent l’analogie du rembourrage du siège de torture. Est-ce que cela réduit la souffrance ? Peut-être un petit peu. Est-ce une amélioration significative ? Non. Est-ce que cette réforme pose une remise en question du système que nous visons  à abolir ? Absolument pas.


Vu cette réalité, on ne devrait pas être surpris que les abolitionnistes s’opposent aux efforts welfaristes. Le militantisme welfariste en réalité ne réduit pas la souffrance des animaux non-humains d’une quelconque manière significative. En outre, ces efforts dilapident les précieuses petites ressources et créent l’illusion qu’on s’occupe des intérêts des animaux non-humains. Le welfarisme, donc, ne fait rien pour aider les animaux « là maintenant » mais exacerbe en réalité leurs souffrances. Précisément car nous voulons aider les non-humains « là maintenant », les abolitionnistes s’opposent aux réformes contreproductives et se concentrent à la place sur le véganisme. Le véganisme aide les animaux ‘maintenant’ en réduisant la demande et en créant un changement idéologique indispensable.


“Les abolitionnistes promeuvent un paradoxe – que les gens sont assez intelligents pour voir au-delà du welfarisme, mais assez stupides par rapport au fait que le welfarisme soit la norme sociétale.”


On a critiqué l’abolitionnisme pour avoir eu l’air de présumer que le public est à la fois stupide (se conformant sans esprit critique aux campagnes welfaristes) et intelligent (il peut voir au-delà des campagnes de bien-être et reconnaître que le véganisme et l’abolition de l’utilisation des animaux non-humains sont nécessaires).


Cette dichotomie n’est pas tout à fait exacte. Prenons l’élevage intensif par exemple : on peut dire que la majorité du public est d’accord avec le fait que l’élevage intensif soit problématique, vu les sondages d’opinion publique et les critiques régulières des médias. A de nombreux égards, cela est l’une des campagnes welfaristes les plus réussies qui ait jamais été lancée. Mais cette campagne est menée depuis des dizaines d’années et les ventes de produits d’élevage intensif ne diminuent pas significativement. Pourquoi donc ?


Les campagnes contre l’élevage intensif sont basées sur le dégoût. Elles promeuvent l’horreur et la répugnance de l’élevage intensif pour tenter de convaincre le public de voir cela négativement. Cependant, les organisations welfaristes ne donnent pas de raisons convaincantes pour le boycotter. Donc sur le plan social, les gens déclarent être contre l’élevage intensif, mais ils ne cherchent pas plus que cela à éviter d’acheter des produits d’élevage intensif vu qu’on ne leur a pas donné de raison pour laquelle ils devraient ressentir plus que du dégout. Le dégout est un outil formidable pour polariser l’opinion sociale, mais n’est pas utile pour construire une compréhension personnelle et donc échoue à toucher la majorité des choix et valeurs personnelles des consommateurs.


Si on présente aux gens un message vegan abolitionniste, clair, il n’y a aucune raison pour qu’ils ne le comprennent pas et l’acceptent avec le temps. Malheureusement, les groupes welfaristes présument que le public serait rebuté par un message vegan fort, donc ils incitent les gens à adopter des mesures médiocres comme le végétarisme ou le réformisme. Et vu que le welfarisme reste l’idéologie dominante dans le mouvement, lorsqu’une personne est exposée pour la première fois aux idées de l’exploitation des non-humains, il est probable qu’elle rencontrera en premier cette idéologie confuse. Donc, les abolitionnistes présument que le public est malin, mais que le public est aveuglé par la contre-idéologie welfariste dominante qui est une idéologie de polarisation sociale plutôt que de compréhension et transformation personnelle.


Comme développé par Francione, un ‘welfariste’ est quelqu’un qui promeut des réformes de bien-être ou autres méthodes de réduction de l’exploitation des animaux non-humains et qui évite de promouvoir le véganisme et l’idéologie de libération. Alternativement, ceux qui promeuvent seulement le véganisme et visent l’abolition de l’exploitation des animaux non-humains sont étiquetés comme ‘abolitionnistes’. En outre, un ‘neo-welfariste’ est quelqu’un qui utilise des tactiques welfaristes dans le but de soit abolir l’utilisation des animaux non-humains ou soit la réduire considérablement plus que ce que vise un welfariste.


Il n’y a rien d’insultant par rapport au terme ‘welfariste’ tout comme les termes ‘abolitionniste’ ou ‘vegan’ ne sont pas dignes d’éloge. Ce sont des descriptions qui qualifient des variations de tactiques et buts dans le mouvement des droits des animaux non-humains. L’injure survient car beaucoup veulent réellement voir l’abolition de l’utilisation des animaux non-humains et donc veulent s’appeler ‘abolitionnistes’ malgré leur implication dans des campagnes de régulation du bien-être. C’est l’équivalent de quelqu’un voulant s’appeler ‘vegan’ juste parce qu’il veut abolir les produits d’animaux non-humains de son régime alimentaire : c’est absurde et pas concret. Les étiquettes et termes associés au mouvement des animaux non-humains se réfèrent à des actions mesurables : ceux qui utilisent des tactiques abolitionnistes et promeuvent le véganisme sont ‘abolitionnistes’ ; ceux qui se concentrent sur des réformes et campagnes ciblées sont ‘welfaristes’ ; et ceux qui s’engagent dans ces dernières mais visent à atteindre le premier, sont ‘neo-welfaristes’. Si les welfaristes et neo-welfaristes se sentent insultés parce qu’ils s’engagent dans un militantisme moralement problématique, soit, mais les termes en soi sont simplement catégoriques.


“L’activisme abolitionniste ne se fait que sur Internet”


Beaucoup d’abolitionnistes dédient une grande partie de leur temps dans l’activisme de terrain, face-à-face. Les abolitionnistes enseignent dans des hautes écoles et universités, sauvent des animaux non-humains, sont volontaires dans des sanctuaires, organisent des présentations de rue et stands d’information, écrivent des éditoriaux, et préparent des repas-partages. Les abolitionnistes utilisent en effet une grande partie de leurs ressources de militantisme pour combattre l’idéologie neo-welfariste. Cela est dû au fait que le militantisme neo-welfariste est vu comme tout aussi préjudiciable aux animaux non-humains que l’idéologie spéciste du grand public. En fait, le neo-welfarisme rend notre progrès vers l’abolition significativement plus difficile. Donc, les abolitionnistes, par nécessité, dédient une bonne partie de leur militantisme à des activités de contre-cadrage.


Qui plus est, l’activisme en ligne a été injustement discrédité. Les forums en ligne permettent un accès considérable à cout réduit. Augmenter le recours social sur internet ne fera que rendre l’activisme en ligne plus important à l’avenir.


“L’abolitionnisme (ou en effet tout mouvement social minoritaire qui contre l’idéologie dominante de manière rationnelle) est un culte.”


L’approche abolitionniste est unique dans le mouvement des droits des animaux non-humains dans le sens où elle fut formulée initialement par un théoricien : Gary Francione. Par contraste, l’approche welfariste fut part de l’idéologie dominante depuis plus de 200 ans et a eu un nombre incalculable de contributions apportées par de nombreux théoriciens. Puisque l’abolitionnisme est nouveau, on ne trouve que très peu de contributions significatives à la théorie que Francione a définie à l’origine (bien que beaucoup se penchent maintenant dessus – comme ce magazine en témoigne). Qui plus est, puisque Francione est relativement actif dans le mouvement, il est capable d’engager les activistes et conseiller les adhérents par rapport à son approche.


Pour finir, l’approche abolitionniste est une théorie rigide. Elle reconnaît qu’en vue d’atteindre l’abolition de l’utilisation des animaux non-humains, nous pouvons seulement accepter des moyens non-violents qui ne compromettent pas notre morale et nos idéaux. L’approche est simple : faire la promotion du véganisme, rester non-violent, et rejeter les tactiques qui compromettent ces valeurs. La simplicité de la théorie et la position sans équivoque envers la non-violence créent une rigidité qui pourrait être (mal) interprétée comme une dévotion sectaire par ceux qui sont investis dans l’idéologie dominante qu’elle menace, mais ce n’est tout simplement pas le cas.

(1) Fitzgerald, A. J., L. Kalof, and T. Dietz.  “Slaughterhouses and Increased Crime Rates:  An Empirical Analysis of the Spillover from ‘The Jungle’ into the Surrounding Community.”  Organization & Environment 22(2):  158-184.
(2) Francione, G. 2009. “Francione: We’re all Michael Vick.” Philadelphia Daily News August 14.


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[Traduction] Est-ce que les campagnes anti-cruauté sont réellement efficaces ?

(Traduction de l’essai de Dan Cudahy, avec son accord, « Are Anti-Cruelty Campaigns Really Effective?« )

J’ai écrit cet article avec Angel Flinn, qui est directrice d’éducation pour Gentle World — une communauté d’intention vegan et organisation à but non lucratif dont l’objectif est d’aider à construire une société plus paisible, en éduquant le public par rapport aux raisons de devenir vegan, les bénéfices du véganisme, et comment faire la transition.

Cet article fut publié initialement le 24 août 2011 sur Care2.

-Dan Cudahy, auteur de Unpopular Vegan Essays

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« Il en est mille pour massacrer les branches du mal contre un qui frappe à la racine, et il se peut que celui qui consacre la plus large somme de temps et d’argent aux nécessiteux contribue le plus par sa manière de vivre à produire cette misère qu’il tâche en vain à soulager. »  ~ Henry David Thoreau, Walden, Economie (Chapitre 1-E)

Pour beaucoup d’activistes se confrontant à l’exploitation animale généralisée et à la cruauté liée – de la nourriture, jusqu’à l’habillement, en passant par l’expérimentation et le divertissement – il peut parfois sembler qu’il y ait tellement de problèmes sur lesquels se concentrer que la situation apparaisse comme insurmontable.

Lorsque les militants sont incertains quant à la meilleure façon de s’occuper de ce nombre interminable de problèmes, beaucoup choisissent de se concentrer sur un problème, comme l’élimination des cages à ponte ou des cages de gestation. D’autres essayent de passer leurs heures de plaidoyer en faisant « un peu de tout ».

Comme expliqué dans S’en mettre plein les poches avec les réformes de bien-être animal, les campagnes contre des pratiques spécifiques de l’exploitation animale sont lucratives pour les groupes de bien-être animal, rapportant des dizaines de millions de dollars annuellement en se faisant passer comme les grands « régulateurs », sans but lucratif, de l’industrie. Ce genre de campagnes sont connues parmi les défenseurs des animaux en tant que campagnes ciblées, ou « CC ».

Lorsque vous combinez la motivation financière des grands groupes de bien-être animal avec le sentiment que les défenseurs des animaux expérimentent souvent en essayant de s’attaquer à tant de problèmes, le résultat est la culture actuelle dominante du mouvement de défense animale, dans lequel les efforts d’un nombre incalculable d’individus sont dispersés à travers un nombre incalculable de campagnes ciblées différentes.

Il semble clairement qu’une telle division parmi les défenseurs des animaux fasse fortement le jeu de l’industrie animale et du paradigme culturel actuel du spécisme. En contraste, un front uni d’éducation publique généralisée se concentrant sur ‘pourquoi et comment devenir vegan‘ s’attaquerait à la racine du problème de l’exploitation en remettant en cause non seulement toutes nos utilisations des animaux, mais également l’attitude résolument spéciste de notre société.

Pour illustrer ce point, il est utile de considérer l’analogie d’un arbre. L’arbre de l’exploitation animale peut être divisé en plusieurs parties, comprenant les racines, le tronc et les branches.

  • Les racines de l’arbre – principalement cachées sous terre – représentent le spécisme sous-jacent de notre société ; le préjugé culturel contre tous les animaux (autres qu’humain) qui nous permet d’ignorer les besoins fondamentaux des autres en faveur de nos désirs triviaux. Le spécisme, comme le racisme, le sexisme, ou d’autres préjugés culturels oppressifs, ignore les caractéristiques moralement pertinentes (comme les intérêts fondamentaux de l’oppressé ou de l’exploité), en faveur de caractéristiques moralement non-pertinentes (comme l’appartenance à une espèce, à une race, à un gendre, etc..). Lorsque nous éliminons le spécisme (individuellement ou en tant que groupe), nous respectons suffisamment les intérêts des membres individuels des autres espèces pour les prendre en considération par rapport aux nôtres, et aux intérêts de tout le monde. Le résultat comportemental d’un tel respect est le véganisme – éviter les produits animaux et utilisations dans notre vie autant que raisonnablement possible.
  • La base du tronc de l’arbre – située juste au-dessus de la surface du sol, et la fondation pour le reste de la croissance de l’arbre – représente le statut de propriété des animaux ; la structure légale qui rend socialement légal notre traitement d’êtres sentients en tant que marchandises économiques, . (Comme expliqué dans Esclavagisme légalisé au 21e siècle, le statut légal limite efficacement les réformes de bien-être à ceux qui optimisent la capacité économique d’une utilisation socialement acceptée, peu importe la cruauté de certaines pratiques.)
  • La partie la plus basse du tronc, là où poussent les plus grosses branches, peut représenter nos utilisations des animaux pour la nourriture, puisque l’industrie de la nourriture compte comme la plus grande majorité de l’exploitation animale. Issues de cette partie du tronc, on trouve les branches les plus importantes de l’arbre – celles qui représentent la production de produits laitiers, d’œufs, et de viande (dont le poisson) – chacune d’elle menant à d’autres branches plus petites représentant les violations de droits spécifiques associées à ces industries, comme le confinement intensif et les horribles mutilations physiques qui se produisent dans les trois cas. Les autres petites branches qui démarrent de la partie ‘nourriture’ de l’arbre représentent des pratiques moins courantes comme le gavage forcé d’oies pour produire du foie-gras.
  • En grimpant plus haut, au-delà des branches les plus grandes de l’industrie de la nourriture, on trouve les branches moyennes représentant les autres industries majeures de l’exploitation animale – l’expérimentation, l’habillement et le divertissement. Issues de ces branches majeures, on trouve beaucoup de branches plus petites. Par exemple, la branche qui représente les vêtements à base d’animaux bifurque en production de fourrure (qui bifurque à nouveau en problèmes tels que le massacre des phoques, les élevages pour fourrure, le piégeage sauvage, etc). L’industrie du divertissement bifurque (entre autre) en chasse à courre, qui bifurque à nouveau en battues et en chasse d’animaux en voie de disparition. Une autre excroissance de la branche principale du divertissement est le problème des animaux dans les cirques, qui bifurque alors au problème de l’utilisation de ‘bullhooks’ sur les éléphants.
  • Aux limites de l’arbre de l’exploitation animale, il existe une couche de branches ‘mortes’ ou ‘mourantes’, qui représentent des pratiques spécifiques qui ne sont pas économiquement optimales pour être maintenues par l’industrie. Ces pratiques comprennent le maintien de truies dans des cages de gestation, et l’abattage de poulets par électrocution (contrairement à l’abattage par atmosphère contrôlée, qui est vu aussi bien par l’industrie que par les défenseurs comme bien plus efficace d’un point de vue économique).
  • Puisque ces pratiques associées avec l’exploitation animale existent seulement pour répondre à la demande, les consommateurs et les utilisateurs sont la sève de chaque aspect de l’arbre. Créer la demande pour ces produits et services peut être comparé à donner de l’eau et du fertilisant à l’arbre. Réduire la demande via une population végane en augmentation retire les éléments essentiels de l’arbre de l’exploitation, sans lesquels il se desséchera certainement et finira par mourir.

Lorsque nous regardons le paradigme de l’exploitation animale de cette manière, il devient évident que le problème fatal des campagnes ciblées est qu’elles se concentrent sur  les alentours, en ignorant non seulement le tronc et les branches principales, mais les racines elles-mêmes, qui travaillent continuellement pour fournir les nutriments vitaux à chaque partie de l’arbre.

Élaguer un arbre le rend plus fort

De manière pratique, les campagnes ciblées se concentrent principalement sur le découpage soit de petites branches soit de branches ‘mortes’, rendant de toute évidence l’arbre en meilleur santé. Même lorsque les groupes de bien-être animal tentent de couper des branches moyennes, comme celle du massacre des phoques ou de production de fourrure, ils se rendent compte que l’arbre est en assez bonne santé pour continuer à prospérer malgré la perte d’une branche vivante (ex : profitable). Si une partie de la branche est coupée ou si on l’empêche de pousser (comme ce fut le cas pour la production de fourrure dans les années 90), l’arbre reste assez grand et fort pour que – au final – ce genre de branches repousse avec une vigueur renouvelée (comme ce fut le cas avec la production de fourrure au début des années 2000). Tenter d’élaguer l’arbre non seulement n’atteint pas l’arbre à longue échéance, mais l’aide en fait à prospérer.

Les branches repoussent

Dans notre économie globale, un autre problème fatal des campagnes ciblées est que, même si elles réussissaient à couper de petites ou moyennes branches, de nouvelles branches pourraient pousser à d’autres endroits pour remplacer les branches coupées. Par exemple, si nous éliminons l’abattage des chevaux aux Etats-Unis (couper une branche moyenne), l’industrie enverra simplement les chevaux au Mexique par bateau et les abattra là-bas (nouvelle branche de remplacement). Aussi longtemps que la demande existe, l’offre et toute pratique profitable basée sur la demande se déplacera vers d’autres juridictions.

Tailler les branches aide l’arbre à prospérer

Parce que les animaux sont des propriétés et des marchandises économiques, nous avons une large divergence d’acceptation sociale par rapport au traitement des animaux. D’un côté, la loi permet une cruauté extrême pour les bénéfices économiques les plus triviaux, du moment que l’utilisation au final soit socialement acceptable. De l’autre côté, la plupart des gens seraient horrifiés de voir un chien – surtout leur chien – subir ce que les animaux élevés pour la nourriture ou utilisés dans les expériences endurent.

Les campagnes ciblées renforcent cette dichotomie irrationnelle en isolant certaines utilisations d’animaux comme si elles étaient pire que d’autres. Lorsque nous faisons campagne pour éliminer une branche de l’arbre, comme la fourrure ou le massacre des phoques, en ignorant d’autres branches, comme le cuir, les œufs, et les produits laitiers, nous envoyons comme message au public que certaines formes d’exploitation sont pires que d’autres. La campagne extrêmement célèbre  « Dites non à la fourrure » est un exemple classique. Cette campagne particulière envoie le message confus et erroné que la fourrure est d’une certaine manière pire que d’autres matières animales comme le cuir, qui est tout aussi brutal dans sa production, et pourtant bien plus répandu.

Les campagnes ciblées pourraient éviter ce problème en promouvant le véganisme et en demandant la fin de toute l’exploitation animale, mais nous ne rencontrons presque jamais de fort message vegan dans les campagnes ciblées.

La solution végane : déraciner et éliminer l’arbre

L’arbre de l’exploitation animale existe seulement à cause des consommateurs de produits animaux. Les consommateurs et les utilisateurs sont la sève de chaque aspect de l’arbre. Lorsque nous devenons vegan, nous supprimons notre contribution à la santé de l’arbre. Lorsque nous informons les autres sur les raisons de devenir vegan et comment le devenir, nous aidons les autres à éliminer leur contribution à la santé de l’arbre. Lorsque nous attirons notre attention sur le spécisme de notre société, nous déterrons des parties de la racine de l’arbre et les exposons au grand jour – éliminant une source supplémentaire de nutrition pour les branches.

Au fur et à mesure, pour chaque personne devenant vegan et encourageant et aidant les autres à le devenir, la santé de l’arbre diminuera constamment, entrainant la mort naturelle des branches extérieures, jusqu’à ce qu’au final l’arbre entier – et avec lui, la cruauté extrême qu’il inflige nécessairement aux innocents – ne puisse plus être capable de survivre.

Plutôt que contribuer aux efforts des mille ‘massacrant les branches’ de l’arbre (tout en le nourrissant en même temps en consommant et utilisant des produits animaux et services), nous devrions « frapper à la racine » en adoptant le véganisme et en encourageant les autres à faire de même.

Dan Cudahy

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A consulter également à propos des campagnes ciblées :

[Traduction] Cueillir le fruit à portée de main : Qu’est-ce qui ne va pas avec les campagnes ciblées ?

(Traduction de l’essai de Dan Cudahy, avec son accord, « Picking the Low-Hanging Fruit: What Is Wrong with Single Issue Campaigns? « )

Introduction

Une campagne ciblée (ici référencée en tant que « CC » ou « campagne ») peut être de 2 types différents : les campagnes orientées bien-être animal (welfarisme) et les campagnes orientées élimination. Les CC peuvent également être de courte durée ou être la mission entière d’une organisation durant toute sa durée de vie. La différence principale entre les deux est que les CC orientées bien-être se concentrent sur la simple réforme d’une industrie d’exploitation, alors que les CC orientées élimination se concentrent sur l’élimination entière d’une industrie d’exploitation. Puisque certaines industries ne sont que de simples filiales d’industries plus larges (par exemple l’industrie du foie-gras est une filiale de l’industrie de l’agriculture animale), certaines CC peuvent être des CC orientées élimination contre une filiale, tout en étant une sorte de CC orientée bien-être en regard de l’industrie principale.

Les campagnes ciblées orientées bien-être animal.

Les CC orientées bien-être sont le noyau dur du business et le cycle de revenus de presque tous les grands groupes de bien-être animal (welfaristes). Les grands groupes welfaristes, comme PETA, anticipent et sélectionnent ce qu’ils considèrent comme une cible gagnable – souvent dans un domaine pour lequel l’industrie est de toute façon prête à passer au changement ciblé pour des raisons de profit – et génèrent des campagnes de donation et de relations publiques pour « encourager » l’industrie à effectuer ce changement quelques mois ou quelques années plus tôt que ce qu’ils auraient effectué sans l’insistance du groupe welfariste.

Bien entendu, lorsque les CC sont présentées aux donateurs, les groupes welfariste dramatisent la résistance de l’industrie aux changements proposés pour justifier un appel aux armes immédiat sous la forme d’un « envoyez-nous MAINTENANT votre argent ou nous perdrons cette campagne !! ». Ce que les groupes welfaristes soit minimisent, soit ne mentionnent pas aux donateurs, sont les négociations avec l’exploitant animal ciblé, qui soulignent généralement à l’exploitant la manière dont la campagne peut être une situation « win-win » pour le groupe welfariste et l’exploitant si l’exploitant laissera finalement la « victoire » au groupe welfariste. Donc le décor est planté, les volontaires (qui sont également généralement dans le brouillard par rapport aux gains engrangés et au partenariat industrie-groupe welfariste) sont mobilisés, et l’argent coule à flot pour l’organisation welfariste et dans les poches de ses responsables sous forme de jolis salaires et bonus.

Après des semaines ou des mois de campagne, la plupart du temps effectuée par des membres du staff moins payés et un petit régiment de volontaires, la compagnie exploitante ciblée : 1) a affiché une « résistance » adéquate 2) a couté aux donateurs du groupe welfariste pas mal d’argent et a couté pas mal d’énergie et de temps aux volontaires et 3) calcule que ce serait le moment profitable optimal pour « céder face à la pression » et marquer son accord face aux demandes du groupe welfariste pour le win-win auquel aspire le partenariat welfariste-industrie. Le groupe welfariste (par ex PETA) a reçu son lot de donations, peut crier « VICTOIRE !!! » à ses donateurs et au public aussi fort que possible, et obtient un futur statut de « chien de garde » de l’industrie aux yeux de ses donateurs. L’exploitant visé obtient une pub gratuite et une promo par le groupe welfariste dans un « tout est bien qui finit bien ». Pendant ce temps, n’importe quel coût subi par l’exploitant ciblé est plus que compensé par la bonne volonté publique générée par le groupe welfariste et le fait que le changement ciblé est presque toujours un avantage stratégique à long-terme pour l’exploitant, qui se serait de toute façon produit, peu importe les campagnes le pressant de le faire.

Les campagnes ciblées orientées élimination.

Comme décrit ci-dessus, les CC orientées élimination diffèrent principalement des CC de bien-être dans le sens où elles ciblent une industrie plutôt qu’une pratique dans cette industrie. Généralement, l’industrie ciblée est une filiale d’une grande industrie principale. Par exemple, la course de chiens, la course de chevaux, les combats de chiens et combats de coqs sont des filiales de l’industrie principale des animaux de divertissement. L’industrie du foie-gras est une filiale de l’industrie principale de l’agriculture animale. L’industrie du phoque est aussi bien une filiale de l’industrie de la chasse et de la pêche que de l’industrie de l’agriculture animale.

Beaucoup des mêmes groupes welfaristes qui se spécialisent dans les CC de bien-être s’engagent également dans des CC d’élimination. Bien que les CC d’élimination peuvent être très rentables pour la plupart des groupes qui s’y engagent, elles ne sont pas aussi rentables que les campagnes de bien-être car la plupart du temps l’opportunité « win-win » avec l’industrie ciblée est diminuée ou entièrement perdue. Dans les campagnes d’élimination – avec une grosse exception expliquée dans le paragraphe suivant –, il n’y a pas de négociation avec l’exploitant ciblé. Néanmoins, des organisations entières fonctionnent financièrement grâce aux campagnes d’élimination et de telles campagnes peuvent être très lucratives sans forcément changer l’attitude morale de la société vis-à-vis des animaux, si pas du tout. La fourrure va et vient niveau mode, le massacre des phoques est plus ou moins banal, mais en général les attitudes morales envers les animaux changent très peu. En fait, lorsque ces industries subsidiaires ont un « regain », elles l’ont souvent avec énormément de succès, tel que l’industrie de la  fourrure, du veau et des phoques en ont eu dans la première partie du 21e siècle.

La grosse exception mentionnée dans le paragraphe précédent est la pseudo-campagne d’élimination qu’on présente au public en tant que « campagne d’élimination », mais qui est en réalité une législation proposée, négociée avec l’exploitant ciblé et les lobbyistes de l’exploitant et les politiciens pour « interdire » une certaine pratique avec une période de grâce de quelques années qui permettront à l’exploitant de continuer l’abus en question et d’inventer des pratiques alternatives (par ex : des réformes de bien-être) pour garder en vie l’industrie. L’exemple classique de phénomène est l’ « interdiction » californienne sur la production de foie gras à dater de 2012 (si elle n’est pas contournée d’ici là par des nouvelles méthodes de production de foie gras). Voir : Part II. B. 3. in this Duke Law School link for more information on the so-called « ban » in California. )

Les problèmes des campagnes ciblées.

Bien qu’il soit compréhensible, d’un point de vue croissance économique ou business, que les groupes welfaristes s’engagent dans des CC (les CC sont d’excellents moyens de générer des fonds comme expliqué plus haut), il y a quelques problèmes avec les CC qui sont fatals du point de vue d’un quelconque changement significatif, durable dans l’attitude morale de la société envers les êtres non-humains.

Cueillir le fruit à portée de main.

De façon pratique, l’un des plus grands problèmes avec les CC est qu’elles concentrent la majeure partie de  l’argent, du temps et de l’énergie du mouvement des droits des animaux sur les alentours (le « fruit ») de l’arbre de l’abus et de l’exploitation animale tout en ignorant les racines, le tronc et la sève de l’exploitation. Les parties spécifiques des alentours sur lesquelles on se concentre sont perçues comme étant (mais ne le sont pas nécessairement) les abus les plus énormes.

Les nouveaux welfaristes (ex : ceux qui supportent les CC et réformes de bien-être comme moyen d’abolir la cruauté animale) appellent ironiquement ces énormes abus « le fruit à portée de main » car le public est généralement d’accord avec les groupes welfaristes par rapport à ces problèmes. Je dis que l’appellation « fruit à portée de main » est ironique car elle aide également à expliquer pourquoi les CC (ex : cueillir le fruit à portée de main)  sont tellement inefficaces pour changer la société.

Premièrement, l’unique raison pour laquelle les fruits sont « à portée de main » est précisément parce que la plupart de la société est déjà d’accord avec le fait d’éliminer ces pratiques. « A portée de main » est synonyme de « suivre le mouvement » ou « accepter le statut quo ». Deuxièmement, quelle est la nature du « fruit » ? Il est doux et il réapparait sur l’arbre de l’exploitation animale. Cueillir le fruit à portée de main (par ex : sponsoriser les CC) est agréable parce que ça sympathise le public général envers les organisations welfaristes, remplit les coffres des organisations, et permet à l’organisation de crier « victoire » de manière régulière. Et comme ces problèmes/ « victoires » sont un fruit métaphorique, les problèmes ressurgissent après quelques années, fournissant une source inépuisable de fruit pour le futur tout en ne touchant pas du tout à l’arbre de l’exploitation et de la cruauté.

Donc, les millions de dollars qui sont investis dans le mouvement animal sont utilisés pour cueillir le « fruit » facile, financièrement lucratif, de l’arbre de l’exploitation animale au lieu d’être utilisés pour abattre l’arbre. Plus tard dans cet essai, je parlerai de l’abattage de l’arbre, mais pour l’instant, j’aimerai discuter de deux autres problèmes des CC et de « l’activisme côté-offre ».

Libre-échange global

Nous vivons dans un monde ou la globalisation dans le libre-échange est bien présente et en augmentation. Vu les bénéfices économiques du libre-échange global, il est hautement improbable que cette tendance s’estompe ou s’inverse. Les implications d’un tel commerce international libre sont que si on rend illégale une pratique d’une industrie dans une ville, état ou pays, les exploitants d’animaux s’installeront simplement dans un état ou pays moins restrictif et exportera ses produits là où se trouve la demande. Puisque la demande a bien plus d’influence sur l’offre qu’inversement (ex : le client est toujours roi), ça n’a jamais vraiment été financièrement efficace de se concentrer sur la limitation des fournisseurs en premier lieu, sauf peut-être pour les attaquer pour publicité mensongère. Dans une économie globale, où un fournisseur peut facilement s’installer dans un état ou pays moins restrictif, il est devenu tout simplement absurde de concentrer les changements sociaux sur les fournisseurs.

Mais aussi absurde qu’il soit de se concentrer sur les fournisseurs dans une économie globale, c’est exactement ce que font les CC, surtout les CC de bien-être et les CC se concentrant sur les marchandises exportables. Si nous éliminons l’abattage des chevaux aux Etats-Unis, les exploitants vont simplement envoyer les chevaux par bateau vers le Mexique et les abattre là-bas. Si nous éliminons les cages de ponte aux Etats-Unis ou en Australie, les fournisseurs vont simplement déménager leurs cages au Mexique ou un autre pays européen, plus souple, et renvoyer les œufs vers les pays plus restrictifs.

Donc, les CC se concentrant sur la réforme ou l’élimination de la production de marchandises exportables (ex : CC sur les cages de ponte, les couvoirs, et l’abattage par étouffement) sans changer la demande pour de telles marchandises, peuvent enrichir des organisations welfaristes, car les donateurs ont été trompé en donnant leur argent pour de telles campagnes, mais ces CC sont vouées à échouer dans le changement de l’attitude de la société et son comportement si la demande n’est pas ciblée. Nous devons concentrer les ressources du mouvement des droits des animaux pour changer la demande.

Les CC entretiennent le spécisme.

Le troisième problème avec les CC est que, si elles ne demandent pas la fin de TOUTE l’exploitation animale et ses abus, elles entretiennent le spécisme. Les CC font cela en suggérant, via le silence par rapport à d’autres formes d’exploitation, que les formes d’exploitation autre que celle sur laquelle se concentre la CC sont soit pas aussi importantes ou pas importantes. Les CC peuvent éviter ce problème en faisant passer un message clair et central que TOUTE l’exploitation animale est immorale et doit être abolie, mais elles ne mentionnent presque jamais les autres formes, et ne les rendent encore moins centrales.

Donc, dans la mesure où on se concentre sur l’horreur qu’est l’achat de la fourrure, mais ignorons l’horreur qu’est l’achat de cuir ou d’œufs, nous sous-entendons que seule la fourrure est le problème. Quand on se concentre sur les veaux, comme l’a fait le mouvement dans les années 80 et 90, nous sous-entendons que la consommation de produits laitiers est ok, même si l’industrie de veau n’est rien de plus qu’un sous-produit de l’industrie laitière.

Les promoteurs de CC pourraient être en désaccord car mentionner toutes les autres formes d’exploitation ou même les formes liées (comme le lien veau – produits laitiers) pourrait avoir comme résultat une résistance du public envers cette campagne. Ce qu’on implique ici est que le groupe welfariste ne recevra pas de dons ni la sympathie du public. Et bien, tant que nous insisterons pour pacifier le public au lieu d’éduquer le public, nous n’irons nulle part. Nous ne voulons pas offenser le public car nous ne pouvons pas éduquer les gens si ils sont fâchés avec nous, mais nous devons trouver des moyens créatifs et intelligents pour faire passer notre message plutôt que de dire aux gens ce qu’ils savent déjà et acceptent.

La solution : attaquer le tronc; abattre l’arbre.

Les racines, le tronc, et au moins 97% (en nombres tués) de toute l’exploitation animale provient de l’agriculture animale et est directement due au fait que si peu de gens soient vegans. Les 3% restant de l’exploitation animale sont l’expérimentation, la chasse, les rodeos, les zoos, les cirques et la fourrure. Donc, que fait le « mouvement de protection animale » ? L’opposé de ce qui est logique. Au lieu de concentrer 97% de ses efforts sur l’éducation vegan, le « mouvement de protection animale » concentre 97% de ses efforts, via des campagnes ciblées, sur des réformes de bien-être et à essayer de réduire ou éliminer les 3 autres pourcents. Les 3% restant des efforts du « mouvement de protection animale » (en temps et argent) suggèrent tout bas du bout des lèvres de devenir vegan.

Nous devons inverser tout ça si nous voulons que les animaux cessent de vivre dans un enfer perpétuel et infini. Nous devons concentrer au moins 97% (préférablement 100%) de nos efforts sur l’éducation végane. Etre vegan n’est pas difficile. La nourriture est délicieuse et nourrissante de façon optimale.

Cependant, aussi délicieuse que soit la nourriture vegan, le plus important est que les animaux que nous abattons pour notre plaisir gustatif sont tout comme nous. Ils connaissent les mêmes plaisirs, mêmes douleurs, et désirs de confort et sécurité que nous. La seule différence est qu’ils n’utilisent pas de langage parlé ou écrit ou des symboles de pensées et de communication (ce qui n’implique PAS qu’ils ne communiquent pas efficacement de manière non-verbale) et cette différence de communication écrite ou parlée est complètement non-pertinente par rapport à la question morale de l’utilisation qu’on fait d’eux.

Compte tenu de nos similitudes et de notre parenté avec les animaux, ce que nous leur faisons et l’envergure de ce que nous leur faisons (53 milliards annuellement, dans le monde) est une atrocité pire que toute atrocité jamais commise par les humains dans l’histoire de notre espèce. Nous devons nous réveiller de ce coma moral en tant qu’individus et en tant que société.

L’essence de notre réveil de ce coma moral est de devenir vegan et de s’engager dans l’éducation végane. L’éducation végane implique tout, depuis les programmes à grande échelle sponsorisés et payés par nos plus grands groupes jusqu’à parler individuellement aux gens du véganisme durant notre vie. Nous devons mettre un terme au relativisme moral et à la timidité à tout niveau de notre action de sensibilité, sans être agressif ou ennuyeux. Nous devons promouvoir le véganisme sans ces espèces de publicités embarrassantes pour lesquelles PETA est bien connu. Quand le sujet du véganisme apparait, nous devons être honnête et sans équivoque dans notre contribution à ce sujet, ce qui revient à dire que nous voyons l’abattage d’animaux innocents tout aussi immoral que l’abattage d’humains innocents. Si les gens sont offensés par la comparaison animal-humain, c’est parce qu’ils sont les victimes d’une culture sociale énormément spéciste et acceptent l’anthropocentrisme comme dogme incontesté. Nous devons contester le dogme. Il faut que nous amenons soigneusement les gens à se questionner et à réfléchir à l’idée que les êtres non-humains sensibles sont identiques aux humains, quelles différences il y a, et qu’est-ce qui est moralement pertinent : les similitudes ou les différences. Si nous prenons une position impartiale, objective, il est flagrant que les similitudes sont moralement pertinentes et que les différences sont totalement non-pertinentes.

Pour plus d’information sur l’éducation vegan, cet essai est un bon départ.

[Traduction] Campagnes ciblées, spécisme et compartimentation.

(Traduction de l’essai de Dan Cudahy, avec son accord, « Single Issue Campaigns, Speciesism, and Compartmentalization « )

Compartimentation spéciste

La compartimentation est la séparation de personnes (incluant les personnes nonhumaines), choses, idées, attitudes, ou comportements en catégories ou compartiments. Parfois il est rationnel de compartimenter (par exemple en biologie) ; d’autres fois il est irrationnel de compartimenter (par exemple pour la race ou préjugé des espèces)

Le spécisme (comme le racisme, sexisme et hétérosexisme) est le préjugé irrationnel consistant à favoriser une ou plusieurs espèces par rapport à d’autres espèces sans une caractéristique moralement pertinente pouvant le justifier. Du point de vue de l’irrationnel, le préjugé injustifié ignorant la caractéristique moralement pertinente de l’intelligence pour empêcher certaines classes d’humains d’obtenir une éducation, est le même que celui consistant à ignorer les caractéristiques moralement pertinentes de la sentience afin d’exploiter et de tuer des animaux nonhumains pour la nourriture, l’habillement, la recherche et le divertissement (aucunement nécessaires). Le spécisme est une forme de compartimentation irrationnelle et préjugée.

Un exemple de compartimentation spéciste est lorsque nous caressons et aimons un chien alors que le corps entier d’un cochon est occupé de tourner au-dessus d’un feu. Pourquoi est-ce que ce n’est pas l’inverse ? Mieux encore, pourquoi est-ce que nous ne caressons et n’aimons pas le chien ET le cochon ?

D’autres exemple de compartimentation spéciste sont les campagnes ciblées. Pourquoi est-ce que nous protestons et écrivons des « lettres ouvertes » pour la fourrure, mais ignorons le cuir ? Pourquoi est-ce nous partons en croisade contre la « chasse » au phoque, la « chasse » aux oiseaux et la chasse en battue mais gardons le silence sur la pêche et tant d’autres « chasses » (toutes aussi cruelles, à sens-unique et lâches) ?

Puisque les campagnes ciblées elles-mêmes sont des cas de compartimentation spéciste, de telles campagnes renforcent logiquement la compartimentation préjugée. Juste à cause de ça, nous devrions les éviter. Si nous insistons pour protester contre un cirque animal ou un magasin de fourrure, nous devrions placer l’éducation du véganisme au centre et en premier plan de cette manifestation. Si nous écrivons une « lettre ouverte » à Johnny Weir, cela devrait être une lettre ouverte plaidant pour le véganisme et pour le rejet de l’exploitation de tous les animaux, pas seulement les mignons à fourrure.

Maladies et symptômes.

Les campagnes ciblées, en plus d’être contreproductives en renforçant fortement la compartimentation spéciste et en rendant le public confus (la plupart du « public » remarque cette inconsistance mieux que les activistes eux-mêmes), sont inutiles dans le sens où elles s’attaquent aux symptômes du spécisme sans s’attaquer à la maladie elle-même du spécisme. De là, les campagnes ciblées, quand elles sont les « plus efficaces » (une scène pathétique), servent de soulagement temporaire à l’un des nombreux symptômes du spécisme. Dès que la campagne est terminée, les choses redeviennent « comme avant » parce qu’il n’y a jamais eu aucun traitement de la maladie rampante du spécisme.

La seule manière de combattre le spécisme en tant que maladie est par une éducation vegan. Lorsque les gens prennent les intérêts des animaux assez sérieusement pour se diriger vers le veganisme, le spécisme a au moins été majoritairement éliminé dans leur cas, et ils ne contribuent plus aux milliers de variétés des symptômes. Pour utiliser une métaphore que j’ai employé dans un essai bien plus compréhensible sur les campagnes ciblées, Cueillir le fruit à portée de main : Qu’est-ce qui ne va pas avec les campagnes ciblées ?, l’arbre du spécisme a été coupé à sa base chez les vegans et il ne produira plus de « fruits à portée de main » que les campagnes ciblées attaquent : fourrure, foie gras, aller au cirque à animaux, aller au zoo, etc…

Deux changements de paradigme.

Il  y a deux changements de paradigme que les gens expérimentent, chacun d’eux réduisant le spécisme : premièrement, accepter le veganisme ; deuxièmement, accepter les principes abolitionnistes. Accepter le veganisme signifie rejeter le spécisme de par son attitude, sa manière de penser, sa manière de s’exprimer et son comportement. Au minimum, c’est éviter l’exploitation des animaux et l’utilisation de produits animaux dans sa vie. Accepter les principes abolitionnistes signifie le rejet des campagnes ciblées et welfaristes et son engagement dans l’éducation vegan à la place. Le veganisme est la manifestation personnelle d’un engagement à éliminer les préjudices spécistes et à prendre sérieusement en compte  les intérêts des animaux. L’abolitionnisme est la manifestation publique et politique d’un engagement à éliminer les préjudices spécistes et à prendre sérieusement en compte les intérêts des animaux