[Traduction] La liberté de subir un préjudice.

(Traduction de l’article de Rob Johnson, « The Freedom to be prejudice »)
 
Liberté d’expression

Une chose est claire lorsque vous discutez avec des militants des animaux – la liberté d’expression est un concept important. N’importe quel militant pour le compte des non-humains doit être d’accord avec de telles idées pour deux raisons :

a)   Les humains sont des animaux, et donc on ne devrait pas leur refuser les droits fondamentaux que leurs intérêts requièrent, et
b)   Le militantisme pour les animaux pourrait largement être réduit au silence sans de telles libertés. La majorité des personnes dans notre société marque son accord sur l’exploitation animale de manière générale, et la liberté d’expression défend principalement la liberté de s’exprimer par rapport à une position impopulaire.

Où nous limitons nos libertés individuelles

La liberté d’expression s’arrête là où d’autres droits, plus vitaux, sont enfreints. Nous ne permettons pas aux gens de proférer des slogans racistes ou homophobes quand ça leur chante, par exemple, vu les dégâts que cela provoque. Nous voyons toujours des gens assassinés parce qu’ils étaient de la mauvaise couleur, et des écoliers se suicidant parce qu’ils étaient attirés par le mauvais sexe. Défendre le droit des gens à proférer des slogans racistes ou homophobes au visage des autres est donc un extrême de la liberté d’expression que beaucoup rejetteront sur base rationnelle. Oui nous devrions avoir le droit de dire ce que nous pensons avoir de l’importance – mais pas lorsque ce discours est irrationnel, et constitue quelque chose qui fait du tort à d’autres personnes de manière substantive.

Mettre une limite

La ligne tracée entre la liberté d’expression et le discours haineux (les exemples utilisés plus haut) est fort mince. La seule garantie que l’étiquetage d’un commentaire soit correcte, est lorsque nous engageons cette opinion et écoutons les réactions. Par exemple, nous avons écouté le point de vue que les noirs ont moins le droit d’être au Royaume-Uni que les blancs, nous n’avons trouvé aucune preuve soutenant cela (quelle preuve pourrait-il y avoir ? Rien d’autre si ce n’est le préjugé est fourni), et par la suite nous devrions rejeter et/ou contrer les incidences en conséquent.

Cette étape d’engagement est cependant importante. Nous devons engager ces positions, sinon nous maintenons seulement nos préjugés personnels pour les détruire. C’est le problème, pas la solution. Cependant, une fois que nous savons qu’une position est résolument immorale (comme le commentaire par rapport aux noirs ayant moins de droit de résider au Royaume-Uni que les blancs) nous n’avons pas à nous sentir obligés de l’entendre à nouveau. Et en effet, si nous commençons à l’engager encore et encore, à créer des forums en public où nous discutons avec des racistes connus sur le sujet, à écrire des articles dans lesquels nous considérons la question, ou à promouvoir la personne clamant cela afin de démarrer un débat, nous faisons totalement fausse route.

Cette erreur est née d’un malentendu par rapport au fonctionnement de la société. Ce n’est pas une déclaration controversée de supposer que les humains, de manière générale, gravitent vers ce qui est moralement juste (une fois que c’est découvert). Cependant, si cette chose moralement juste est déformée jusqu’à être promue comme une différence d’opinion, plutôt qu’une différence entre le préjudice et la rationalité comme c’est réellement le cas, alors vous ne donnez automatiquement aux gens qui maintiennent cette croyance aucune raison de changer d’avis. De manière similaire, vous donnez aux nouvelles personnes entrant dans le débat, sans réelle opinion, l’idée que leurs propres préjugés sur la question peuvent être maintenus de manière acceptable.

La tyrannie de la majorité des ‘défenseurs des animaux’

Cela nous enseigne quelque chose par rapport à l’éthique animale. En particulier, cela nous apprend quelque chose par rapport au débat abolitionniste-neo welfariste.

Le neo-welfarisme est aujourd’hui la norme. Tous les grands groupes promeuvent le neo-welfarisme, et ce malgré le fait que cela ne crée pas un grand nombre de vegans ( < 00,5% de la société est végane à un moment donné – donc ça ne parle pas aux non-vegans), la plupart des vegans sont donc d’accord avec le discours neo-welfariste ‘toute action pour les animaux est bonne à prendre’ et au moins cela ‘fait de la publicité pour le sort des animaux’. Ils pensent cela, de manière compréhensible, à cause de leurs propres anecdotes, ils sont devenus vegan de cette manière, ou par rapport à d’autres vegans qu’ils connaissent qui le sont devenus de cette manière. Ils ne considèrent pas la théorie de l’abolitionnisme, qui pointe les raisons pour lesquelles le neo-welfarisme crée un mur entre le véganisme et 99.5% de la société – et ils n’ont pas besoin de le faire car le neo-welfarisme reste la norme et est encore promu/perpétué par la plupart des militants des animaux.

Vu l’irrationalité du neo-welfarisme, (comme discuté en long et en large sur ce site, avec des articles traitant du problème des campagnes ciblées jusqu’aux articles traitants des campagnes de régulation du bien-être), on pourrait être pardonné de le pointer comme l’un des grands problèmes de la société – et d’estimer qu’il s’effondrera  rapidement et naturellement au fur et à mesure que les gens apprendront la vérité. Il y a beaucoup à dire par rapport à cette prédiction (si les militants informés sont actifs pour y arriver), et le fait que l’abolitionnisme soit passé d’un mouvement marginalisé inconnu à un mouvement social bourgeonnant est peut-être un signe de changement. Cependant, il y a une grande différence entre la question animale en gros, et tous les autres changements sociaux de l’histoire.

La tyrannie de ceux ayant voix

Pensez à l’abolition de l’esclavagisme dans le monde occidental, l’octroi de droits égaux aux femmes et aux gens de couleur, la dé-stigmatisation progressive de l’homosexualité…ils fournissent tous des niveaux de liberté aux êtres humains. Pour toutes ces questions, les gens ont commencé à abandonner leur volonté de s’accrocher à des préjugés, et ont abandonné leur foi en leurs diverses preuves anecdotiques qui, pensaient-ils, prouvaient qu’ils ‘avaient raison d’avoir ces préjugés’. Ils ont fait cela (du moins en partie) parce qu’il devenait socialement intolérable d’avoir à défendre un préjugé et donc de faire du tort à votre réputation sociale (les interactions sociales étant manifestement précieuses dans toute culture humaine), mais qui plus est, ces mouvements d’égalité se sont répandus car les personnes souffrant dans n’importe lequel de ces groupes oppressés pouvaient aborder l’oppresseur par rapport à cela. Comment défendez-vous votre propre préjugé directement face à la personne contre laquelle vous l’avez ? Au fur et à mesure que les femmes, personnes de couleur et homosexuels exprimaient de plus en plus leurs intérêts, cela créa toutes sortes de penchants sociaux pour faire ce qui est juste. Et à le faire rapidement.

Le problème que nous avons avec les animaux est qu’ils ne parlent pas le langage humain. Il est peu probable qu’un cochon vous approche pour vous parler de votre préjugé le considèrant comme un morceau de viande à manger, plutôt que comme un individu qui mérite sa propre vie. Ainsi, il incombe à ceux d’entre nous ayant voix de commencer à parler. Cependant, vu l’absence de voix venant des oppressés du  spécisme, cela crée toutes sortes de problèmes qui nous demandent d’aborder l’abolition du spécisme d’une manière légèrement différente que si nous nous élèverions contre le racisme. La similitude cruciale cependant est d’être sans équivoque dans la manière dont nous condamnons le préjudice.

Ce qui est le plus problématique pour les animaux n’est, ironiquement, pas ceux qui sans le savoir se livrent au spécisme en consommant des produits animaux (ce sont les symptômes du spécisme, et cèderont au fur et à mesure que l’antispécisme grandira, et que l’éducation végane maintiendra sa croissance – c’est de la théorie sociale de base). Ce qui est le plus problématique ce sont les militants qui reconnaissent le problème du spécisme et qui pourtant n’adoptent pas une position sans équivoque, ne sont pas des antispécistes sans équivoque et donc finissent par ralentir tout mouvement pour l’égalité. Ce sont les cas problématiques pour les animaux. La seule chose dont nous soyons certains par rapport au changement social est qu’il agisse comme une boule de neige – si un mouvement est rationnel, alors au fur et à mesure que des personnes s’impliqueront, au plus de personnes seront susceptibles de s’impliquer dans une question sociale. Il se déplace comme une boule de neige, gagnant de l’allure. Les gens qui promeuvent des réformes de bien-être ou des campagnes ciblées freinent cette boule de neige. De même, les gens qui cherchent à accroitre le dialogue au nom du welfarisme et des campagnes ciblées sans constamment pointer leur irrationalité finissent par légitimer les normes, et nous maintiennent au même endroit moral.

Utiliser les idéaux libéraux humains à tort

Ce problème ne s’est jamais présenté de manière significative auparavant pour de nombreuses questions de changement social, car les oppressés pouvaient toujours revendiquer leurs intérêts eux-mêmes – ils ne devaient pas donner les pleins pouvoirs aux militants privilégiés pour faire des réclamations douteuses en leur nom, et donc ralentir ou entraver le mouvement pour leur égalité. Martin Luther King n’a pas dû laisser les gens blancs de classe moyenne décider de faire campagne seulement contre les attitudes racistes dans les transports publics pour leurs propres raisons stratégiques – à la place, les oppressés prirent eux-mêmes la parole, et dénonçaient le préjugé pour ce qu’il était.

Mais voici ce qui se passe pour les droits des animaux. Les animaux ne peuvent pas parler et dire ‘Des plus grandes cages ? Sortez-moi de cette fichue cage !’ ou ‘Mettre fin à l’exploitation de la fourrure ? Quid de toute l’exploitation, je n’ai pas moins de valeur qu’un phoque !’. Et donc les militants des animaux ne sentent manifestement pas le besoin d’avoir à écouter les intérêts des animaux. Ils incluent en conséquence le spécisme dans leur militantisme, sur le plan tactique, basé sur leur propre preuve anecdotique qu’ils sont devenus vegan avec ce genre de campagnes etc.

Et qui plus est, puisque les animaux ne peuvent pas demander qu’on entende leurs propres intérêts par rapport au militantisme, les militants en font une question de propres droits libéraux, plutôt que de droits des animaux. Par exemple, lorsque des tactiques spécistes sont saluées, ou débattues comme si elles étaient parfaitement légitimes, toute atteinte à cette louange/légitimité est susceptible d’être cataloguée comme ‘fasciste’, ‘censure’, ou autre accusation antilibérale. Ces militants défendent leur droit de ‘penser par eux-mêmes’, et l’utilisent comme un droit à ne pas prendre en compte toute critique. Certains maintiennent être abolitionnistes, voir même antispécistes tout en valorisant leurs propres intérêts comme étant plus importants que ceux des autres animaux.

Si la raison nous apprend quoi que ce soit, c’est que le discours rationnel n’est pas seulement agréable à avoir, mais dans un mouvement pour des individus qui n’ont pas la parole, il est primordial d’avoir un discours rationnel. Et pas un militantisme ‘tout est permis’ qui favorise vos propres opinions au détriment des animaux, pas d’interviews où nous ‘apprenons’ quelque chose des personnes intrinsèquement spécistes qui veulent ‘aider’ les animaux d’une certaine manière plutôt que de les contester à chaque occasion. Seul le discours rationnel fonctionnera.

Rob Johnson

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[Traduction] Mythes populaires par rapport à l’abolitionnisme démystifiés.

(Traduction de l’article de Rob Johnson et Professeur Corey Lee Wrenn, « Popular myths about abolitionism debunked« , paru dans le 3e numéro de The Abolitionist)
Les fausses idées par rapport à l’abolitionnisme sont abondantes et méritent d’être appréhendées de manière critique ; cependant, ces discussions se concentrent principalement sur le véganisme, la réalité de l’utilisation des animaux non-humains, et l’importance des droits. Vu que l’approche abolitionniste croît en popularité, elle a remis en question les idéologies dominantes dans le mouvement des droits des animaux non-humains. Par conséquence, beaucoup de vegans perpétuent des contre-vérités par rapport à l’abolitionnisme justifiant une brève réponse de clarification.


« Une société plus aimable peut créer une société plus sensible au véganisme »

Certaines personnes clament que les réformes de bien-être aident à créer une société « plus aimable » et donc nous rapprochent plus du véganisme. Pourtant, on oublie de réaliser que l’utilisation des animaux non-humains est intrinsèquement violente et qu’aucune quantité de réforme ne peut significativement compenser cette réalité. La violence inhérente de l’exploitation est en réalité une barrière importante à l’accroissement de l’ « amabilité ». Par exemple, une étude récente a montré que la présence d’un abattoir dans une communauté est liée à une augmentation de crimes brutaux. (1)


D’un autre côté, les propriétaires d’exploitations moins intensives pourraient penser être parfaitement aimables malgré le fait qu’ils bâtissent un moyen de subsistance basé sur l’exploitation systématique d’animaux non-humains. Beaucoup de fermiers se décrivent comme bénévoles et croient qu’ils veillent aux meilleurs intérêts de leurs propriétés non-humaines. Ils pensent avoir un bon élevage et un gardiennage responsable. En réalité, l’histoire dispose de nombreux exemples de personnes pourtant aimables agissant de concert pour faire des choses atroces. Par exemple, la politique d’aide étrangère américaine a en réalité exacerbé l’inégalité globale et favorisé la dépendance du tiers-monde et l’ethnocentrisme. L’amabilité ne détruit pas nécessairement le capitalisme, elle n’éradique pas la pauvreté, et elle ne remet pas vraiment en question le spécisme. Le changement significatif provient de la promotion d’un changement de compréhension et de paradigme ; pas en augmentant le « facteur d’amabilité » subjectif et impossible à mesurer.


La plupart des gens sont d’accord avec le fait que les non-humains ont un intérêt à éviter la souffrance inutile ; en effet, beaucoup de personnes se considèrent comme des « amoureux des animaux ». Cependant, les normes sociales obscurcissent l’inconsistance de nos croyances et attitudes. Nous avons besoin d’un changement significatif de paradigme qui élimine l’inconsistance entre nos préoccupations pour les animaux non-humains et l’utilisation continue inutile qu’on fait d’eux. Une société ‘plus aimable’ sera tout aussi ignorante par rapport aux intérêts des animaux non-humains sans un tel changement de paradigme.


“L’abolitionnisme est fondamentaliste”


Beaucoup cataloguent l’abolitionnisme comme étant fondamentaliste, mais ce n’est pas nécessairement négatif. Dans de nombreux cas d’immoralité, une opposition fondamentale est nécessaire. Nous ne sommes par exemple pas dans l’erreur en ayant la position que le viol ou le meurtre sont fondamentalement immoraux, l’abolitionnisme n’est pas dans l’erreur en ayant la position que l’utilisation d’animaux non-humains est fondamentalement immorale. En effet, une question morale où on ne trouve pas de réponse fondamentalement juste est une rareté.


“Les campagnes ciblées peuvent fonctionner et aider l’éducation végane.”


Il est utile de clarifier la différence entre les problèmes uniques et les campagnes ciblées. Les problèmes uniques impliquent de tirer parti d’un problème particulier, souvent populaire, afin d’aborder la question plus fondamentale du véganisme et de l’abolition. Un exemple est la fameuse lettre de Gary Francione au Philadelphia Daily News qui utilisa l’intérêt du public pour le cas de combats de chien organisés par Michael Vick, afin d’attirer l’attention sur l’utilisation sociétale problématique des animaux non-humains dans son entièreté (2). Les campagnes ciblées, cependant, entraînent une implication continue par rapport à un problème unique qui aborde rarement, si jamais, le problème de fond de l’utilisation des animaux non-humains. Un exemple est la campagne de VIVA! pour protéger les kangourous. VIVA! nous demande de les aider dans leur croisade visant à interdire les produits provenant du kangourou dans l’Union Européenne, mais n’aborde pas le système d’oppression subjuguant les kangourous et tous les autres animaux non-humains. Et on ne trouve aucune mention du véganisme, partie intégrante d’un changement sérieux et durable pour les non-humains. Les abolitionnistes sont d’accord qu’utiliser un problème unique peut être utile pour attirer l’attention et initier une discussion importante, mais les abolitionnistes considèrent la fixation sur un type d’exploitation sans une application explicite, continue, de considération égale envers tous les non-humains comme extrêmement problématique.


Certains déclarent que les campagnes ciblées conservent une utilité car elles pourraient « accrocher » les gens par rapport au véganisme. Elles sont, c’est déclaré, destinées à « accrocher » les gens qui font preuve d’empathie envers le problème et à leur demander de seulement continuer à être contre ce problème unique. Les campagnes ciblées visent également ceux sans véritable intérêt pour la question qui sont donc plus faciles à persuader. On peut voir des exemples dans les campagnes pour bannir la fourrure, mettre fin à la chasse au phoque, et abolir les calèches. Ces campagnes ont tendance à choisir des problèmes qui sont facilement soutenus et se concentrent sur des non-humains qui sont relativement populaires ou « mignons ». Elles visent des problèmes qui sont arbitrairement définis comme significatifs, ignorant généralement les problèmes plus vastes, plus intègres. En faisant cela, elles perpétuent l’idée que les problèmes plus vastes (ex, l’utilisation des animaux non-humains) doivent être ignorés, et que les symptômes (ex : cas spécifiques de l’exploitation des animaux non-humains) sont ce sur quoi nous devons focaliser notre attention.


Cependant, nous pouvons facilement utiliser des problèmes uniques pour interpeler les gens sans avoir à subir les problèmes fatals des campagnes ciblées. Les éducateurs abolitionnistes peuvent initier une discussion démarrant sur la fourrure et immédiatement relier ce problème unique à la solution du véganisme plutôt qu’à la solution de ce problème/campagne unique. Sans un lien au véganisme, se concentrer sur un problème unique ne réussira pas à créer un changement significatif ou durable, car cela n’abordera pas le problème des fondations structurelles qui perpétuent ces problèmes uniques. De manière similaire, une promotion de ces campagnes implique une promotion de l’idée que l’utilisation animale en soi n’est pas problématique et qu’un changement de paradigme n’est pas la réponse souhaitée. Cela renforce l’idéologie maintenant que le véganisme n’est pas nécessaire, donc elles ne peuvent pas être vues comme une approche travaillant main dans la main avec l’éducation végane. Elles se sapent mutuellement.


“Division, division, division…”


Si vous militez pour les intérêts des animaux non-humains (qui n’ont pas droit à la parole dans le débat) et pensez qu’une approche qui déclare que « tout plaidoyer aide » leur fait du tort, alors la réponse nécessaire est de causer une division. La division est nécessaire pour mettre une limite entre l’approche viciée et l’approche plus appropriée. Ici, la nouvelle faction grandit avec un regain d’intérêt qui s’oppose au cadre d’action précédemment accepté. Par exemple, les vegans sont sources de division dans la société : ils veulent détruire les normes sociales unifiées qui ferment les yeux sur notre utilisation des animaux non-humains et les rediriger vers celles qui accordent un respect égal aux non-humains. De manière similaire, les abolitionnistes sont sources de division car ils veulent détruire les normes sociales unifiées des réformes de bien-être et de campagnes ciblées. Ces deux formes de division sont vitales si nous voulons aider les animaux non-humains. Critiquer les vegans et les abolitionnistes précisément parce qu’ils sont ‘sources de division’ ne remet pas en cause le spécisme, car cela maintient intacte la hiérarchie humaine sur les non-humains. L’union n’est pas une option si c’est avec une approche connue pour faire des dégâts aux autres.


“L’éducation végane est une approche tout-ou-rien ”


Une raison importante pour laquelle beaucoup de militants se concentrent sur les réformes de bien-être est parce qu’ils assument que cela apporte une avancée incrémentale vers l’abolition de l’utilisation des animaux non-humains. Les recherches inlassables de Gary Francione sur le welfarisme, cependant, ne trouvent aucun fondement appuyant cette affirmation. Par exemple, le welfarisme rend en réalité les gens plus à l’aise par rapport à l’utilisation des animaux non-humains. Donc, le welfarisme a plus de chance d’augmenter, ou au moins de renforcer notre utilisation des non-humains. L’éducation végane apporte un véritable mouvement incrémental vers l’abolition. Le véganisme crée un changement sociétal graduel en déplaçant les gens de la complaisance de l’utilisation des animaux non-humains vers son rejet. L’augmentation graduelle du nombre de vegans est la seule action qui constituerait une véritable avancée incrémentale vers l’abolition de l’utilisation des animaux non-humains.


“On ne peut pas être certain de ce qui fonctionne, donc parfois on devrait choisir le welfarisme”


Peut-être le plus grand mythe sous-entendant l’opposition actuelle à l’abolitionnisme est l’idée que l’abolitionnisme est juste une opinion, donc on ne peut pas être certain que cela fonctionnera. Le changement social ressemble souvent à une boule de neige, gagnant force et vitesse à mesure qu’elle progresse et grandit. Le welfarisme promeut la consommation de produits d’animaux non-humains et ignore largement l’importance du véganisme, bloquant ainsi l’élan dont le véganisme a besoin pour grandir. De manière similaire, les campagnes ciblées ne contribuent en rien à l’élan nécessaire. C’est parce qu’elles différencient arbitrairement une utilisation par rapport à d’autres, dépeignant certaines utilisations d’animaux non-humains comme étant « mauvaises » alors que les autres sont soulignées comme étant plus souhaitables ou carrément ignorées. Cette différenciation est une caractéristique nécessaire d’une campagne recueillant un soutient non-vegan.


Les critiques protestent que nous ne savons pas ce qui fonctionnera, donc nous devons garder un esprit ouvert à toutes les théories et tactiques. Cependant, comme nous l’avons vu, on trouve certains obstacles structurels au changement social. Le welfarisme et militantisme de campagnes ciblées a échoué par le passé et il est peu probable qu’il réussisse dans l’avenir. Ce sont des problèmes structurels, nous savons qu’ils existent. Nous savons ce qui ne fonctionne pas.


L’éducation végane se présente comme un moyen approprié, car elle vise à saper le spécisme ainsi que le rejet de la consommation d’animaux non-humains. Elle est compatible avec le changement social que nous cherchons à atteindre. Nous savons que le véganisme est compatible avec l’abolition de l’utilisation des animaux non-humains, alors pourquoi ne pas donner à l’éducation végane et au discours de libération le soutien dont elle a besoin pour prospérer ?


“Les abolitionnistes pensent qu’il est acceptable que les animaux non-humains souffrent maintenant ”


Parce qu’on pense que les réformes de bien-être ont un impact immédiat dans la réduction de la souffrance des non-humains et parce que l’abolitionnisme s’oppose aux réformes de bien-être, on imagine que les abolitionnistes soutiennent la souffrance continue des non-humains. Rien ne peut être plus éloigné de la réalité. En effet, l’abolitionnisme reconnait que les réformes de bien-être ne rendent pas seulement les gens plus à l’aise par rapport à la consommation de non-humains, mais qu’elles augmentent également la productivité et l’efficacité. Des cages légèrement plus grandes et des méthodes d’étourdissement plus efficaces ne réduisent pas significativement la souffrance d’un individu qui a été exploité pendant l’entièreté de sa vie. Il n’y a aucune raison de supposer qu’un individu gagnerait quoi que ce soit par rapport à une réduction si infime de souffrance dans le grand schéma d’une institution si horrible. Francione utilise souvent l’analogie du rembourrage du siège de torture. Est-ce que cela réduit la souffrance ? Peut-être un petit peu. Est-ce une amélioration significative ? Non. Est-ce que cette réforme pose une remise en question du système que nous visons  à abolir ? Absolument pas.


Vu cette réalité, on ne devrait pas être surpris que les abolitionnistes s’opposent aux efforts welfaristes. Le militantisme welfariste en réalité ne réduit pas la souffrance des animaux non-humains d’une quelconque manière significative. En outre, ces efforts dilapident les précieuses petites ressources et créent l’illusion qu’on s’occupe des intérêts des animaux non-humains. Le welfarisme, donc, ne fait rien pour aider les animaux « là maintenant » mais exacerbe en réalité leurs souffrances. Précisément car nous voulons aider les non-humains « là maintenant », les abolitionnistes s’opposent aux réformes contreproductives et se concentrent à la place sur le véganisme. Le véganisme aide les animaux ‘maintenant’ en réduisant la demande et en créant un changement idéologique indispensable.


“Les abolitionnistes promeuvent un paradoxe – que les gens sont assez intelligents pour voir au-delà du welfarisme, mais assez stupides par rapport au fait que le welfarisme soit la norme sociétale.”


On a critiqué l’abolitionnisme pour avoir eu l’air de présumer que le public est à la fois stupide (se conformant sans esprit critique aux campagnes welfaristes) et intelligent (il peut voir au-delà des campagnes de bien-être et reconnaître que le véganisme et l’abolition de l’utilisation des animaux non-humains sont nécessaires).


Cette dichotomie n’est pas tout à fait exacte. Prenons l’élevage intensif par exemple : on peut dire que la majorité du public est d’accord avec le fait que l’élevage intensif soit problématique, vu les sondages d’opinion publique et les critiques régulières des médias. A de nombreux égards, cela est l’une des campagnes welfaristes les plus réussies qui ait jamais été lancée. Mais cette campagne est menée depuis des dizaines d’années et les ventes de produits d’élevage intensif ne diminuent pas significativement. Pourquoi donc ?


Les campagnes contre l’élevage intensif sont basées sur le dégoût. Elles promeuvent l’horreur et la répugnance de l’élevage intensif pour tenter de convaincre le public de voir cela négativement. Cependant, les organisations welfaristes ne donnent pas de raisons convaincantes pour le boycotter. Donc sur le plan social, les gens déclarent être contre l’élevage intensif, mais ils ne cherchent pas plus que cela à éviter d’acheter des produits d’élevage intensif vu qu’on ne leur a pas donné de raison pour laquelle ils devraient ressentir plus que du dégout. Le dégout est un outil formidable pour polariser l’opinion sociale, mais n’est pas utile pour construire une compréhension personnelle et donc échoue à toucher la majorité des choix et valeurs personnelles des consommateurs.


Si on présente aux gens un message vegan abolitionniste, clair, il n’y a aucune raison pour qu’ils ne le comprennent pas et l’acceptent avec le temps. Malheureusement, les groupes welfaristes présument que le public serait rebuté par un message vegan fort, donc ils incitent les gens à adopter des mesures médiocres comme le végétarisme ou le réformisme. Et vu que le welfarisme reste l’idéologie dominante dans le mouvement, lorsqu’une personne est exposée pour la première fois aux idées de l’exploitation des non-humains, il est probable qu’elle rencontrera en premier cette idéologie confuse. Donc, les abolitionnistes présument que le public est malin, mais que le public est aveuglé par la contre-idéologie welfariste dominante qui est une idéologie de polarisation sociale plutôt que de compréhension et transformation personnelle.


Comme développé par Francione, un ‘welfariste’ est quelqu’un qui promeut des réformes de bien-être ou autres méthodes de réduction de l’exploitation des animaux non-humains et qui évite de promouvoir le véganisme et l’idéologie de libération. Alternativement, ceux qui promeuvent seulement le véganisme et visent l’abolition de l’exploitation des animaux non-humains sont étiquetés comme ‘abolitionnistes’. En outre, un ‘neo-welfariste’ est quelqu’un qui utilise des tactiques welfaristes dans le but de soit abolir l’utilisation des animaux non-humains ou soit la réduire considérablement plus que ce que vise un welfariste.


Il n’y a rien d’insultant par rapport au terme ‘welfariste’ tout comme les termes ‘abolitionniste’ ou ‘vegan’ ne sont pas dignes d’éloge. Ce sont des descriptions qui qualifient des variations de tactiques et buts dans le mouvement des droits des animaux non-humains. L’injure survient car beaucoup veulent réellement voir l’abolition de l’utilisation des animaux non-humains et donc veulent s’appeler ‘abolitionnistes’ malgré leur implication dans des campagnes de régulation du bien-être. C’est l’équivalent de quelqu’un voulant s’appeler ‘vegan’ juste parce qu’il veut abolir les produits d’animaux non-humains de son régime alimentaire : c’est absurde et pas concret. Les étiquettes et termes associés au mouvement des animaux non-humains se réfèrent à des actions mesurables : ceux qui utilisent des tactiques abolitionnistes et promeuvent le véganisme sont ‘abolitionnistes’ ; ceux qui se concentrent sur des réformes et campagnes ciblées sont ‘welfaristes’ ; et ceux qui s’engagent dans ces dernières mais visent à atteindre le premier, sont ‘neo-welfaristes’. Si les welfaristes et neo-welfaristes se sentent insultés parce qu’ils s’engagent dans un militantisme moralement problématique, soit, mais les termes en soi sont simplement catégoriques.


“L’activisme abolitionniste ne se fait que sur Internet”


Beaucoup d’abolitionnistes dédient une grande partie de leur temps dans l’activisme de terrain, face-à-face. Les abolitionnistes enseignent dans des hautes écoles et universités, sauvent des animaux non-humains, sont volontaires dans des sanctuaires, organisent des présentations de rue et stands d’information, écrivent des éditoriaux, et préparent des repas-partages. Les abolitionnistes utilisent en effet une grande partie de leurs ressources de militantisme pour combattre l’idéologie neo-welfariste. Cela est dû au fait que le militantisme neo-welfariste est vu comme tout aussi préjudiciable aux animaux non-humains que l’idéologie spéciste du grand public. En fait, le neo-welfarisme rend notre progrès vers l’abolition significativement plus difficile. Donc, les abolitionnistes, par nécessité, dédient une bonne partie de leur militantisme à des activités de contre-cadrage.


Qui plus est, l’activisme en ligne a été injustement discrédité. Les forums en ligne permettent un accès considérable à cout réduit. Augmenter le recours social sur internet ne fera que rendre l’activisme en ligne plus important à l’avenir.


“L’abolitionnisme (ou en effet tout mouvement social minoritaire qui contre l’idéologie dominante de manière rationnelle) est un culte.”


L’approche abolitionniste est unique dans le mouvement des droits des animaux non-humains dans le sens où elle fut formulée initialement par un théoricien : Gary Francione. Par contraste, l’approche welfariste fut part de l’idéologie dominante depuis plus de 200 ans et a eu un nombre incalculable de contributions apportées par de nombreux théoriciens. Puisque l’abolitionnisme est nouveau, on ne trouve que très peu de contributions significatives à la théorie que Francione a définie à l’origine (bien que beaucoup se penchent maintenant dessus – comme ce magazine en témoigne). Qui plus est, puisque Francione est relativement actif dans le mouvement, il est capable d’engager les activistes et conseiller les adhérents par rapport à son approche.


Pour finir, l’approche abolitionniste est une théorie rigide. Elle reconnaît qu’en vue d’atteindre l’abolition de l’utilisation des animaux non-humains, nous pouvons seulement accepter des moyens non-violents qui ne compromettent pas notre morale et nos idéaux. L’approche est simple : faire la promotion du véganisme, rester non-violent, et rejeter les tactiques qui compromettent ces valeurs. La simplicité de la théorie et la position sans équivoque envers la non-violence créent une rigidité qui pourrait être (mal) interprétée comme une dévotion sectaire par ceux qui sont investis dans l’idéologie dominante qu’elle menace, mais ce n’est tout simplement pas le cas.

(1) Fitzgerald, A. J., L. Kalof, and T. Dietz.  “Slaughterhouses and Increased Crime Rates:  An Empirical Analysis of the Spillover from ‘The Jungle’ into the Surrounding Community.”  Organization & Environment 22(2):  158-184.
(2) Francione, G. 2009. “Francione: We’re all Michael Vick.” Philadelphia Daily News August 14.


[Traduction] Le rôle du welfarisme et du neo-welfarisme dans la fabrication du consentement pour l’utilisation des animaux.

 
Introduction
Comme introduction, je pense qu’il sera utile d’expliquer un petit peu plus les prémisses et définitions que cet essai comporte.
La fabrication du consentement
Lorsque nous parlons d’affaires et de gouvernement, la théorie de Chomsky nous fournit des idées sur le fait que le consentement de la société pour des problèmes divers n’est pas seulement donné par les individus de la société, mais ‘fabriqué’ par l’institution (et en particulier les médias) qui a besoin du consentement afin de s’épanouir.1
Aujourd’hui, ce n’est pas une théorie qui est aussi peu intuitive qu’elle l’ait été lors de la publication du séminal de Chomsky et Herman ‘La fabrication du consentement : l’économie politique des médias’ en 1988. Nous sommes maintenant conscients des annonceurs et psychologues recrutés par les entreprises pour commercialiser des produits pour nous – un procédé qui a beaucoup de débouchés, la résultat principal étant soit de nous rendre attentif à un produit que nous pourrions vouloir consommer, mais plus vraisemblablement de fabriquer un désir en nous pour quelque chose pour lequel nous n’avions auparavant aucun désir.
De cette position, il est aisé de se rendre compte que la réalisation de notre consentement n’est pas automatiquement assuré par rapport à certaines questions. Que ça soit un nouveau produit pour lequel les annonceurs créent en nous un désir à cause de l’efficacité de leur commercialisation, ou le vote que nous donnons aux partis politiques du à l’information favorable que la presse fournit ; le consentement, à son niveau de compréhension le plus profond, est fortement influencé par ceux qui contrôlent ce que nous savons et ne savons pas, ou ceux à des postes en qui nous avons confiance.
Les Animaux non-humains dans les médias
Le but de cet article est de prendre les idées mises en avant par cette position Chomskyenne, et de les appliquer aux intérêts des animaux non-humains (ici référencés en tant qu’ ‘animaux’).
La question des animaux est presque entièrement unique. Alors qu’avec les questions humaines, les gouvernements et les médias ont des raisons et des agendas à suivre, avec les animaux ces raisons et agendas ne sont pas si clairs. Il y a certainement des moments où il est profitable de fournir une information dans les médias au détriment des animaux (par ex, lorsque les intérêts des animaux sont dans le chemin d’un profit économique direct, ou de la popularité d’un gouvernement). Cependant, dans l’ensemble, ces situations sont moins reconnaissables, car les forts intérêts d’entreprises/gouvernements profitent également des alternatives à l’utilisation animale, les rendant donc quasiment nulles en matière de partialité. En conséquence, les médias semblent bien plus neutres dans leur manière de présenter les animaux dans l’ensemble, et paraissent plus souvent du côté des animaux dans des cas de cruauté ‘excessive’, etc.. plutôt que des institutions qui profitent de cette situation. Mais je ne me pencherai pas plus en détail sur cette partialité potentielle (ou manque de partialité) car ce n’est pas le but de cet article ; je vois juste ça comme un point intéressant.
L’une des choses qui est, cependant, claire lorsqu’il s’agit d’animaux, est que nous donnons un plus grand pouvoir aux groupes qui semblent se soucier de leurs intérêts. Tandis que pour les histoires d’intérêts humains, nous tendons à nous faire notre propre opinion, et avons nos opinions influencées seulement par la couverture médiatique, pour les animaux cela est présenté de manière légèrement différente. Une poignée de groupes ‘patronaux’ pour animaux sont cités et utilisés, dépendant largement de la question, et on leur donne donc ‘autorité’ par rapport à ce que sont les intérêts des animaux. Dans un ordre quelconque, au Royaume-Uni ces groupes sont normalement constitués de la RSPCA, Animal Aid, VIVA !, et (de manière moins fréquente ces derniers temps) d’autres groupes plus petits avec des agendas plus ciblés, comme la Coalition pour l’abolition du marché de la fourrure.
Ce sont les agendas et les décisions de ces groupes qui tendent à être promus, car ils sont vus comme les autorités par rapport à ce que les animaux doivent obtenir, moralement parlant. Les médias choisiront généralement ce qui est le plus susceptible d’attirer l’attention, ou utilisent un angle donné lorsqu’ils interagissent avec ces groupes. Mais, il semble qu’ils soient beaucoup plus susceptibles (selon la campagne) de prendre parti pour les intérêts des animaux selon ce que l ’autorité » dit à ce propos. Cela donne, à son tour, plus de ‘poids’ aux histoires de la presse dans l’opinion publique, et un sens plus élevé de l’importance pour attirer le public.
Il est important de noter que ces groupes semblent être appelés à donner leur ‘verdict’ sur des situations basées sur les animaux plus souvent lorsque la situation comporte des intérêts économiques ou institutionnels. Par ex, nous entendrons l’opinion de VIVA ! sur l’abattage ‘Halal’ dans les abattoirs 2, ou l’opinion d’Animal Aid sur la mort de chevaux pendant le Grand National 3, cependant nous ne les entendons pas toujours cités lorsqu’il s’agit de violence isolée – par exemple l’abus d’animaux de compagnie. Pourtant, nous voyons parfois des groupes patronaux référencés par rapport à cela aussi, les patrons principaux étant ceux qui sont perçus comme se souciant des intérêts des isolés, comme la RSPCA.
Welfarisme et neo-welfarisme
Le welfarisme est un terme qui réfère à la croyance que nous avons un droit d’utiliser les animaux à nos fins, mais  que nous devons respecter leur ‘bien-être’ et les traiter ‘correctement’ si nous le faisons. Le neo-welfarisme réfère à la croyance que nous n’avons aucun droit d’utiliser les animaux pour quoi que ce soit (ou du moins pas de façon conventionnelle), cependant une approche de ‘welfarisme’ (par ex des campagnes de bien-être) fournira des ‘avancées’ vers la réduction ou l’abolition de l’utilisation animale ; avancées qui nous permettent également d’ ‘aider les animaux maintenant’. D’autres avancées utilisées dans le neo-welfarisme incluent les campagnes ciblées, dans lesquelles les groupes font campagne pour l’abolition d’une forme particulière d’utilisation animale ou de méthode de traitement.
Tous les grands groupes promouvant les intérêts des animaux semblent tomber dans l’une de ces deux catégories, bien que la limite entre les deux devienne de plus en plus, et peut-être intentionnellement, floue. Il est profitable pour les groupes ‘patronaux’ de faire appel à ceux qui croient aussi bien au welfarisme qu’au neo-welfarisme (augmentant le soutien pour les campagnes et les dons), et dès lors brouiller les frontières au niveau public est un moyen d’augmenter sa popularité.
Welfarisme
  1. Les gens de la RSPCA suivent une position welfariste, et tendent à se concentrer sur des campagnes visant des idées subjectives comme la ‘cruauté excessive’, et cherchent à éliminer les traitements ‘pires que tout’ infligés aux animaux. Cette approche est viciée pour un certain nombre de raisons, l’essentiel étant : les animaux sont vus comme des produits (pas comme des personnes) selon la loi, et donc un appel à leur bien-être est inefficace. C’est pourquoi les campagnes fructueuses tendent à seulement réussir à rendre leur exploitation plus efficace. Par exemple, les campagnes se concentrent sur le gain financier si l’industrie interdisait une certaine pratique cruelle, etc.., afin de recueillir plus de participation de l’industrie. En conséquence, les groupes militants finissent souvent par faire des campagnes basées purement sur ces facteurs, afin d’obtenir un plus grand succès. Cela signifie qu’aucun intérêt des animaux en question n’est mis sur le tapis, résultant en des changements principalement esthétiques, qui n’ont souvent très peu (voir pas du tout) de valeur pragmatique pour les animaux en question.
  2. Les campagnes de bien-être sont anthropocentriques. Elles se concentrent sur de ‘légères’ améliorations (principalement à cause du point a) et s’appuient sur le fait qu’il soit mieux d’exploiter les animaux de cette façon qu’auparavant. Les partisans des œufs au sol, par exemple, déclarent souvent quelque chose du genre est-ce que tu ne préfèrerais pas avoir un peu plus de place si tu étais en cage? 4. Ce n’est pas pertinent pour n’importe quel animal sauf pour les humains, et c’est donc nettement anthropocentrique. Les animaux ne sont pas conscients que les choses pourraient être meilleures ou pires s’ils ne l’ont jamais expérimenté (tout comme les hommes ne le pourraient pas), et leur souffrance est 100% réelle pour eux à l’instant où ils le vivent – donc les campagnes de bien-être font très peu, si quoi que ce soit, pour améliorer la vie des animaux actuels visés par ces campagnes, elles rendent simplement les gens plus à l’aise car cela parait ou semble mieux de notre point de vue humain (c’est surtout pertinent car les lois de bien-être prennent des années à être appliquées, et d’ici là les animaux emprisonnés ne connaitront pas les conditions précédentes – en soi aucun individu animal n’aura été aidé ou aura vu ses conditions s’améliorer).
  3. Les campagnes de bien-être fabriquent explicitement le consentement. Les gens sont préoccupés par les horreurs endurées par les poulets dans les fermes industrielles, par exemple. Cependant, des labels (tels que ‘freedom food’) sont mis sur le marché créant des poules plus heureuses, et donc ils réussissent à apaiser la préoccupation des consommateurs 5. Très peu, ou rien du tout, n’a été amélioré pour les animaux, et pourtant le consentement est donné pour leur exploitation. C’est une méthode classique de fabrication du consentement pour une action immorale, et pourrait directement prendre place dans un modèle de propagande de Chomsky. 6 

Dans tous les cas, une campagne de bien-être échoue par son incapacité à souligner ce qui améliorerait en réalité la vie d’un non-humain, et par une méconnaissance de l’idée que la plupart, si pas toutes, des campagnes qui pourraient réellement améliorer la situation des non-humains pour nos utilisations, sont rendues impossibles du à leur statut de propriété aux yeux de la loi, et de nos opinions sociétales 7. Qui plus est, ces campagnes apaisent la véritable préoccupation des consommateurs par rapport à notre utilisation des animaux, et donc elles finissent par fabriquer du consentement pour une action immorale en fournissant une image illégitime de ‘bien-être’. Cela, à son tour, ne fait rien pour satisfaire la nature de la préoccupation identifiée par les consommateurs, dû à l’incapacité mentionnée ci-avant à améliorer quoi que ce soit pour les animaux actuels. Nous pouvons mettre en évidence des cas de welfarisme à travers des concepts comme les produits animaux « plein air », « bio », « humain » et, le pire de tous, « heureux » qui sont mis sur le marché comme alternatives à la cruauté excessive offerte dans l’utilisation animale ‘normale’ ou ‘industrielle’.

Neo-welfarisme
La plupart de la société est en accord avec la position welfariste, dû au fait que les médias en font la promotion, vu que c’est la méthode la plus facile et donc la plus populaire pour solutionner la culpabilité de l’exploitation animale. Cependant, beaucoup de groupes militant pour les animaux réalisent qu’il est difficile de s’occuper des intérêts des animaux tout en adoptant une position welfariste (un bref résumé des problèmes des tactiques welfaristes a été soulevé dans la section précédente).
En conséquence, divers groupes se tournent vers le neo-welfarisme, acceptant le fait que nous n’avons aucun droit d’utiliser les autres animaux, et en effet aucun moyen de les utiliser humainement sans violer leurs intérêts fondamentaux. Tous pourtant, jusqu’à un certain degré, utilisent le welfarisme dans leur tactique, comme un ‘pas’ vers une société plus gentille et plus consciencieuse.
Utiliser le welfarisme en soi semblerait contre-productif, vu le raisonnement donné précédemment. Le welfarisme ne fait rien pour les animaux en plus d’aider à fabriquer le consentement pour leur exploitation. Ce n’est ni un pas pour le bien-être des autres animaux, ni un pas vers plus de désaccord avec leur utilisation – en fait dans le dernier cas, c’est le contraire. Donc, l’utilisation du welfarisme par les groupes neo-welfaristes est aussi déroutante que contre-productive, vu leur position pour l’abolition de l’utilisation animale. S’ils adoptaient la position welfariste de groupes comme la RSPCA, alors il serait juste d’au moins leur accorder l’ignorance. Mais vu leur insistance sur l’utilisation immorale des animaux, nous devons commencer à questionner à quel point ces groupes sont efficaces/sincères. Après tout, ils prétendent voir les problèmes du welfarisme, en étant pro-abolition par rapport au sujet, et pourtant utilisent le welfarisme pour lequel ils constatent des problèmes, comme méthode pour arriver à la solution qu’ils identifient comme la bonne direction à suivre. C’est paradoxal, autant de manière hypothétique que pragmatique.
C’est ce genre de groupes (neo-welfaristes) sur lequel je me pencherai principalement dans cet essai. Ce genre de groupes, Animal Aid, PETA, VIVA ! 8, etc., ont de l’influence dans les médias, tout en étant neo-welfaristes. Mon but est simple – je souhaite établir que ces groupes jouent un grand rôle dans la fabrication continue du consentement pour l’exploitation des animaux.
Education végane et abolitionnisme
Comme point de départ, il est utile de rappeler que tous les neo-welfaristes semblent être en accord avec une chose – le véganisme est l’idéal, et l’éducation végane est utile. Le véganisme comprend l’abolition de l’utilisation animale dans sa vie, et le refus de manger, porter ou d’utiliser des animaux, dans la mesure du possible. Le but déclaré et pratique d’un groupe neo-welfariste est que tout le monde choisira, ou devrait choisir le véganisme au final. Ils voient simplement le welfarisme et les campagnes ciblées comme un moyen d’y arriver.
L’abolitionnisme est l’autre option, si vous voulez. La théorie abolitionniste (écrite initialement par Gary L. Francione 9) soulève beaucoup des points évoqués dans cet essai par rapport à la nature contre-productive du welfarisme, et fournit des raisons impérieuses d’éviter les campagnes ciblées. Elle fournit des arguments pour montrer que l’éducation végane créative et non-violente, associée à une campagne abolitionniste basée sur les droits des animaux, est le chemin pour un changement effectif, durable, significatif pour les autres animaux.
Avec ça en tête, si on est d’accord avec les problèmes mis en avant pour la façon neo-welfariste de faire les choses, on ne devrait donc pas sentir inutile quant à la façon d’effectuer des changements. Bien que je ne m’étendrai pas sur l’entièreté de la théorie abolitionniste pour le moment, il est important de se rappeler qu’il y a une autre option avant qu’on commence – et donc il devrait être plus facile de garder un esprit ouvert par rapport à l’efficacité du neo-welfarisme. Il est également important de se rappeler que les neo-welfaristes ne sont pas en désaccord avec l’éducation végane la plupart du temps, ils pensent simplement qu’ils ont également besoin de leurs méthodes welfaristes et des campagnes ciblées. C’est au lecteur de décider si c’est le cas après lecture des pages suivantes, ou si elles ne sont non seulement pas nécessaires, mais également nuisibles par leurs effets sur les animaux.
Campagnes de bien-être : l’ ‘angle’ neo-welfariste
Les bases
Il y a d’énormes arguments qui pèsent contre les campagnes de bien-être, et ceux-ci sont établis dans des domaines académiques tels que la loi, l’économie et bien entendu la philosophie. Comme mentionné plus tôt, Gary L. Francione fut peut-être le premier académicien à commencer l’analyse de ceux-ci en littérature écrite. Le livre ‘Rain without Thunder : The ideology of the animal rights movement’ de 1996 commença à expliquer pourquoi les défenseurs des animaux n’allaient nulle part avec de telles campagnes.
Francione a inventé les termes ‘welfarisme’ et plus tard ‘neo-welfarisme’ pour décrire les croyances idéologiques différentes par rapport aux animaux, et par la suite la nature problématique de ces deux croyances. Le problème du welfarisme résidait dans son incapacité à faire quoi que ce soit de significatif pour réduire la souffrance des animaux, et également son refus anthropocentrique de considérer la sentience comme raison de ne pas prendre une vie inutilement en premier lieu (et à la place de se pencher sur des aspects non-pertinents de la manière dont on devait traiter la vie et la prendre). Les problèmes du neo-welfarisme découlaient d’une source similaire, mais incluaient également le fait que le welfarisme était, et est toujours, un outil de l’industrie pour maintenir les ventes, ainsi qu’un outil que l’industrie animale utilise régulièrement pour rendre l’exploitation des animaux plus efficace, pas moins. Donc voir le welfarisme comme un pas vers l’abolition revient simplement à ignorer les faits.
L’ ‘angle’
Il semble que les partisans du neo-welfarisme soient, à un certain point, conscients de cela. Par exemple, dans la plupart des campagnes welfaristes d’Animal Aid, on peut trouver la phrase étrange qui nous fait penser qu’ils essayent de rendre les gens conscients du véganisme – c’est ce que je décris comme l’angle neo-welfariste.
L’angle est la méthode par laquelle un groupe neo-welfariste introduira une simple phrase, ou un sentiment isolé, qui rejette l’exploitation animale dans son ensemble, ou promeut le véganisme dans son ensemble, à l’intérieur d’une campagne contre une utilisation unique .10
L’industrie accepte  en réalité le welfarisme et l’utilise dans ses campagnes commerciales, et le voit comme un outil permettant une augmentation des profits et un niveau plus élevé d’utilisation animale. Lorsqu’on fait remarquer cela, un neo-welfariste pointera rapidement l’angle comme défense – une manière de dire ‘Je suis d’accord jusqu’à un certain degré, mais nous disons explicitement aux gens que le véganisme est meilleur/que toute utilisation animale est immorale’. Bien que cela soit une réponse qui sonne bien, et donne aux neo-welfaristes une sorte de bouclier avec lequel défendre leurs exploits, ça ne tient pas la route du point de vue pratique. Examinons la manière dont fonctionnent ces campagnes, ce qu’elles visent, et comment elles cherchent à réussir. Au final, toutes ces choses peuvent se résumer en deux mots – les médias.
Les médias ont un agenda prépondérant, même lorsqu’il s’agit de la question la moins menaçante de l’utilisation animale. Ils veulent battre la concurrence – vendre plus de journaux que leurs rivaux, avoir plus de spectateurs que les autres chaines, etc. De là, les médias ont tendance à maintenir les normes de la société, en cherchant à être les meilleurs par rapport à ce que les gens veulent entendre, car c’est de là que proviennent les bénéfices pour les entreprises médiatiques.
Donc lorsqu’un groupe animal, comme Animal Aid, arrive avec une campagne de bien-être pour attirer l’attention des médias, disons leurs campagnes pour le placement de vidéosurveillance dans tous les abattoirs (pour surveiller les travailleurs et éliminer la cruauté ‘excessive’), ils fournissent souvent un angle qui, selon eux, contre le problème du welfarisme. Dans cet exemple particulier, l’angle sur leur site web était ‘Animal Aid croit que peu importe si c’est ‘bio’, ‘traditionnel’, ‘kasher’ ou ‘halal’, tout abattage est dispensable et immoral, et la seule manière de prévenir une telle souffrance est de se passer de viande.11
Nous ignorerons un instant qu’ils ont dit ‘se passer de viande’ alors qu’ils pensent également que les produits animaux tel que les produits laitiers et les œufs causent des problèmes moraux.12  Si nous revenons au point précédent, nous réalisons que les médias veulent maintenir la norme dans la société, ou seulement fournir des remises en question populaires, de manière à bien se vendre. Mais publier des campagnes entières sur des problèmes uniques est excessivement détaillé et impopulaire. Et, par ailleurs, quoi que ce soit qui implique la publication d’un défi par rapport à la croyance majoritaire serait risqué à moins que l’éditeur ait une raison de croire qu’un changement immédiat serait à venir de manière à les soutenir (et donc de récolter des bénéfices de ces efforts). Donc les médias seraient heureux de promouvoir le message welfariste sûr, court, que nous devrions faire ce léger changement, insignifiant, consistant à placer des caméras dans les abattoirs. Et, en effet, Animal Aid crie victoire en ayant atteint les médias dans ce sens – maintenant beaucoup de supermarchés ont commencé à acheter de la viande provenant seulement d’abattoirs disposant de caméras.
Cependant, les médias ne montreront pas la campagne entière. Et l’angle est exactement ce qu’ils omettent, car il contient le petit morceau du message qui est impopulaire. Donc, bien que les groupes neo-welfaristes utilisent cet angle comme argument pour contrer les problèmes du neo-welfarisme, ils ne réussissent pas par rapport à leurs propres opinions de manière pratique. Et comment pourraient-ils ? Les médias ne sont pas conçus de cette manière. Ils enlèveront toujours les parties qui ne recueilleront pas l’aval de leur audience. L’angle est aussi vicié idéologiquement que l’était l’approche neo-welfariste en premier lieu. Il est clairement mieux de fournir un angle que de ne pas en fournir du tout, mais ça ne résout pas les problèmes visés. S’ils voulaient éviter ces problèmes de tactiques welfaristes, leur solution aurait été d’abandonner la campagne, ou de fournir un angle qui faisait tellement partie de la campagne que les médias ne l’auraient pas touché en premier lieu (vu qu’il est trop controversé et hors-sujet par rapport à l’audience des médias). Ce qui devrait être clair après cette analyse de cette campagne, et cette phrase finale, est que le welfarisme, de par sa nature profonde, crée des problèmes pour les animaux qu’il ne peut pas résoudre par ses propres moyens – donc c’est pourquoi les groupes neo-welfaristes ne s’identifient pas au welfarisme au départ.
Avec ce que nous connaissons à propos des médias, et ce que nous connaissons à propos du welfarisme, si une campagne est un succès, il est naturel de faire la supposition que c’est contre-productif. Les médias chercheront des patrons étant d’accord avec le consensus de la société, qui est pour l’instant la pensée welfariste. Fournir un angle pour essayer de contrer cela est futile, au mieux, aussi longtemps qu’on fournit un problème qui est facilement séparable de l’angle au départ. Une campagne qui vise la réalisation d’une loi de bien-être unique, ou d’une action de bien-être unique (comme la campagne visant à installer des caméras dans les abattoirs) est de toute évidence différentiable des quelques lignes de la campagne incitant les gens à envisager le véganisme (ou, plutôt, le végétarisme, dans le cas d’Animal Aid, qui pose d’autres problèmes comme discuté plus tard). Ce n’est pas un problème caché ; il est clair que les médias ne mettent pas en avant l’angle, tout comme il est clair que les ressources d’Animal Aid qui promeuvent ce genre de campagnes n’impliquent pas l’angle en tant qu’élément essentiel, mais plutôt comme moyen optionnel. Ce point n’incite pas seulement à arrêter ce genre de campagnes, il nous incite également à nous poser des questions sur les vraies intentions de groupes comme Animal Aid – vu que l’angle est utilisé soit parce que le groupe ne comprend pas le problème convenablement au départ, soit parce qu’il souhaite avoir un moyen de défense lorsque les gens leur demandent pourquoi il s’engage dans des mesures welfaristes contre-productives. Vu le véritable marketing et l’expertise médiatique impliqué dans ses groupes de nos jours, on doit être prudent d’affirmer que ces groupes ne sont pas conscients des dégâts qu’ils causent.
Campagnes ciblées
La différence
Les campagnes ciblées (CCs) sont soutenues par la grande majorité de ceux qui sont en désaccord avec les tactiques welfaristes, et pourtant font très peu pour éviter les mêmes problèmes – ce qui est un autre phénomène déconcertant. Alors qu’on peut critiquer une CC visant la promotion de tactiques welfaristes (comme dans l’exemple d’Animal Aid ci-dessus, où ils ont mené une campagne visant l’installation de caméras dans les abattoirs), les partisans les défendent selon le motif qu’elles peuvent également être ‘abolitionnistes’.
Par cela, ils veulent dire qu’on peut mener une campagne ciblée pour s’opposer à une utilisation animale entière, par ex la plus populaire, l’industrie de la fourrure13. Ceci est différent d’une campagne de bien-être normale, car elle vise à abolir une utilisation, plutôt que de la rendre plus douce, ou plus humaine. En conséquence, beaucoup pensent que ces campagnes sont une perspective différente, et sont réellement utiles dans leurs démarches. En effet, certains pourraient prétendre ne pas du tout être neo-welfariste.
Le lien neo-welfariste
On doit se pencher sur le role que les CCs jouent dans la fabrication du consentement afin de voir pourquoi elles restent toujours intrinsèquement neo-welfaristes par nature. Retournons aux médias.
Tout comme avec le welfarisme, les médias sont le plus grand outil de la réussite des CCs. Ce que nous avons déjà établi est que les médias neutralisent facilement les messages ouvertement ‘abolitionnistes’ ou ‘vegan’ pour à la place faire la couverture des parties plus populaires des campagnes, s’ils trouvent un moyen de le faire. Pourtant, les campagnes de bien-être ne sont pas la seule forme populaire du plaidoyer des droits des animaux dans les médias, et il n’est pas rare de voir des campagnes contre la fourrure, ou contre la chasse à la baleine, ou peut-être même contre le foie gras, recevoir un nombre significatif de lignes dans les journaux. La raison à cela est que ces utilisations d’animaux sont perçues comme ‘extrêmes’ par la société, et donc les campagnes sont populaires vu les changements insignifiants qu’elles demandent aux gens de faire dans leur vie (même dans le cas où elles appellent au boycott, cela a tendance à être réduit, insignifiant, comme pour la fourrure ou le foie gras que les gens n’achètent pas souvent de toute manière).
Les campagnes contre les utilisations ‘extrêmes’ sont soutenues par beaucoup pour les mêmes raisons que les tactiques welfaristes, et présentent de nombreux résultats semblables. Premièrement, les gens se sentent coupables lorsqu’ils voient l’exploitation animale, et les CCs visent à fournir de l’apaisement, excepté le véganisme, tout comme une campagne welfariste. La fourrure, la chasse à la baleine, et le foie gras, par exemple, sont des cas classiques que presque tout le monde soutient. Et pourtant, la plupart des gens ne soutenaient pas ces industries en premier lieu. De manière plus générale, voici comment les CCs fonctionnent cependant – elles fournissent un nombre d’utilisations ‘extrêmes’ contre lesquelles les gens peuvent être contre, de manière à ce que les gens ne doivent pas vraiment faire quoi que ce soit, et se sentent mieux malgré tout par rapport au sujet – tout comme lorsque les gens peuvent acheter des produits ‘plein air’ de temps en temps, et se sentent alors mieux car ils ‘font quelque chose’. Les médias les adorent également, car elles fournissent des articles populaires pour lesquels les gens peuvent ‘être contre’ quelque chose sans faire grand-chose en réalité, voir rien du tout, tandis que les groupes de défense les adorent car ça leur rapport des dons à un rythme alarmant de gens qui, de manière similaire, ne veulent pas faire quoi que ce soit si ce n’est donner de l’argent ou être en colère contre un problème pour apaiser leur conscience.
A quel niveau ces campagnes aident-elles en réalité les animaux cependant ? Les groupes de défense des animaux brandissent l’exemple de la campagne anti-fourrure, dès qu’on mentionne l’inefficacité des CCs. Elles font référence au fait que la production de fourrure fut interdite au Royaume-Uni 14, et donc la campagne fut une réussite, et les animaux ont été aidés. Ils omettent de référencer tous les faits cependant. La fourrure n’a jamais été particulièrement populaire au départ – elle n’atteignait pas les ventes des autres peaux plus populaires, comme le cuir, et donc c’était facile pour les gens de la rejeter puisque cela n’impliquait peu ou aucune action de leur part. La campagne en elle-même déplaça la production à l’étranger (avec une aide financière du gouvernement pour aider les entreprises de fourrure à se délocaliser, car il n’y avait pas d’objection solide à la pratique en termes légaux15), mais n’a pas fait baisser énormément la demande de fourrure16. On peut remarquer que les militants ont eu ce qu’ils voulaient (par ex, une interdiction de certains élevages à fourrure anglais – les lapins peuvent toujours être élevés pour la fourrure), et se réjouissent et référencent cela en conséquence. Cependant, les animaux n’ont vu aucune amélioration puisque le nombre d’animaux utilisés n’a pas baissé de manière significative (et comme le montre la référence précédente, cela augmente de manière continue). Ils sont toujours demandés, et sont toujours utilisés.
Manque de compréhension.
Le problème de la fourrure nous amène parfaitement au deuxième grand problème des CCs. Ces dernières années, il a été largement prouvé que la fourrure revient en force en matière de ventes.17  La raison pour cela peut être directement liée à un problème structurel des CCs.
Les CCs sont différentes de l’éducation végane dans le sens où elles veulent faire un procès contre certaines (peut-être plus extrêmes) utilisations d’animaux, comme étape, plutôt que de progressivement éduquer au sujet de l’utilisation des animaux et du véganisme, comme étape. Le réel problème moral contre l’utilisation d’animaux, réside dans l’idée que nous n’avons aucun droit de les utiliser au départ. Tous les êtres sentients méritent le droit de ne pas être traités et exploités comme des choses, et les arguments pour clamer le contraire trouvent leurs racines dans le même préjugé que le racisme et le sexisme – le spécisme.
Évidemment, une CC pourrait en faire un élément principal de la campagne, cependant elle devrait alors renoncer à son statut et ses avantages de CC. Après tout, le but d’une CC est un résultat immédiat, ou rapide dans ce domaine par étape. La façon d’y parvenir, est de ne pas remettre en question toute l’utilisation des animaux, le spécisme, ou l’utilisation plus normale des animaux à laquelle une personne se livre, mais plutôt de s’attaquer à ‘une utilisation à la fois’ – surtout les utilisations plus extrêmes, et les moins soutenues.
Pour cela, une CC doit faire l’implication explicite à son audience que l’utilisation d’animaux au centre de cette campagne est si différente des utilisations normales, que cela doit être abandonné et opposé (vu que l’audience soutient actuellement l’utilisation normale des animaux – faire référence à cela comme étant immoral serait inefficace). Inhérent à cela est la justification de l’utilisation normale des animaux comme moins problématique, et donc il y a une poursuite des normes de la société, qui appuie cela de toute manière.
En différenciant cette utilisation des autres, nous perdons la force de l’argument des droits des animaux au départ – puisque, si l’utilisation normale des animaux est ok, alors il ne peut y avoir de problème moral à ne pas prendre en compte la sentience, à cautionner le spécisme, ou à utiliser d’autres animaux contre leur volonté pour nos plaisirs frivoles. En conséquence, la CC se concentre sur le choc à court terme et l’aversion, plutôt que sur la progression et la compréhension à long terme.
Et à partir de là, il est aisé de voir pourquoi les ventes de fourrure retrouvent une seconde jeunesse. En effet, aussi longtemps que nous mènerons des CCs au lieu d’utiliser ces problèmes comme point d’accroche pour l’éducation végane, il est peu plausible qu’une utilisation soit affectée en quoi que ce soit, excepté un changement cyclique comme celui-ci. Les CCs se concentrent sur les résultats à court-terme – se concentrant sur des idées subjectives comme la ‘cruauté excessive’, et des vidéos horribles et ‘gores’ – et donc on ne devrait pas être surpris qu’après une certaine période le public oublie cela, et retourne à leurs croyances basiques à propos de l’utilisation des animaux, qui n’ont pas changées à un niveau fondamental.
Un autre point à soulever est que bien qu’une CC puisse créer des changements mineurs à court-terme (tous nuisibles de manière générale), la plupart du temps elle est très inefficace pour ce faire. J’ai déjà mentionné pourquoi elle échoue à forger une compréhension de l’immoralité de l’utilisation animale dans l’esprit des gens visualisant la campagne, mais cela limite également son efficacité à court-terme. Alors que les gens s’opposent dans l’ensemble aux élevages à fourrure, très peu sont en réalité motivés pour y faire quoi que ce soit – ils agiront normalement seulement si on leur demande des changements de toute façon insignifiants, voir nuls dans leur vie – vu que la campagne ne forge aucune raison pour laquelle ils devraient avoir une préoccupation rationnelle. Et donc la CC réussit seulement à souligner ce contre quoi les gens sont déjà – n’imprimant ainsi aucun changement, et en opérant simplement un changement d’approvisionnement (comme la délocalisation de l’utilisation animale à l’étranger, ou poussant les gens à acheter des peaux de bovins plutôt que de chiens – ou peut-être en ne les faisant même pas boycotter l’utilisation en question, mais plutôt de les amener à être d’accord avec le boycott dans des situations sociales).
Donc la campagne en elle-même est utilisée pour défendre certaines normes dépeignant l’utilisation ‘extrême’ des animaux comme le problème, la cruauté ‘excessive’ étant le seul problème moral, etc., et qui plus est, elle échoue à motiver l’action en premier lieu. Un autre exemple est la campagne contre l’élevage industriel avec laquelle nous pouvons constater que, bien que celui-ci soit condamné presque unanimement par la société, les ventes de viande, œufs et produits laitiers provenant de ces élevages ne baissent pas fortement. Même lorsque nous pouvons démontrer qu’elles baissent, elles sont remplacées par des produits de ‘bien-être’ dénués de sens 18, vu que cela implique des changements insignifiants que les gens accepteront par rapport à un problème sur lequel ils n’ont pas été amenés à réfléchir de manière rationnelle. Donc bien qu’à court-terme ces campagnes puissent être populaires dans les médias, elles ne font rien en termes de changements pour les animaux en question. Pour cela, il faut que les gens commencent à comprendre la raison pour laquelle l’utilisation des animaux est immorale, ou la manière de réellement aider les autres animaux. Les campagnes ciblées, par leur nature structurelle, ne peuvent même pas commencer à faire cela.
Différencier les utilisations d’animaux
La différenciation entre les utilisations d’animaux pose peut-être le plus grand des problèmes, lorsqu’il s’agit du rôle des CCs dans la fabrication du consentement.
Si nous rassemblons tout ce qui a été mentionné sur les CCs jusqu’à maintenant, il y a un certain nombre de conclusions que nous pouvons tirer. Les médias sont attirés par les CCs pour défendre les normes de la société, ou seulement pour les remettre en question de manière ‘sure’ (un exemple pourrait être la remise en question des fermes industrielles de production d’œufs dans les médias ces derniers temps). L’agenda neo-welfariste des groupes de défense animale s’emboite ici parfaitement avec les médias. Les médias se soumettent fondamentalement aux normes welfaristes de la société, et ils utilisent les groupes neo-welfaristes pour soutenir et s’adapter à celles-ci, de manière à trouver des patrons sincères des intérêts animaux, tout en étant en mesure de maintenir leur soutien aux normes de l’utilisation acceptable des animaux dans la société.
Donc bien que le groupe de défense pense être extrêmement pragmatique en utilisant les médias pour faire avancer son propre agenda, il est plus probable qu’il remplisse le rôle de différencier les utilisations extrêmes d’animaux par rapport aux utilisations normales (sans faire grand tort aux utilisations ‘extrêmes’ de toute manière), et offrant par conséquent l’outil de satisfaction morale facile sans aucune action réelle de la part de l’audience. Le groupe pense que son angle sur les campagnes (qu’ils soient welfaristes ou non) efface d’une certaine manière ce problème. Mais, comme je l’ai montré ici, au mieux l’angle fournit un moyen de faire valoir les dons et le soutien d’un abolitionniste, mais il ne fait rien pour réellement agir en tant qu’angle dans les médias.
Voir au-delà des ‘masques rationnels’
Les groupes neo-welfaristes avancent souvent diverses raisons pour expliquer qu’ils ne font rien de mal, et pourquoi ils doivent continuer sur cette voie. Certaines ont déjà été examinées (par ex, l’utilisation de l’angle, qui selon eux neutraliserait le problème du welfarisme ou des CCs). Cependant, je pense qu’il est possible de montrer que chacune de ces autres raisons ne sont rien d’autre qu’un ‘masque rationnel’ – par lequel je veux dire une moyen de défendre une action avec un discours rationnel, sans en réalité vraiment croire à ce qu’on dit. Il y a, je pense, des raisons rationnelles pour lesquelles les groupes neo-welfaristes continuent dans cette voie du neo-welfarisme, et je discuterai de cela dans la prochaine partie. Mais premièrement, quelles raisons les groupes neo-welfaristes avancent-ils pour défendre leur utilisation continue du welfarisme et des CCs ?
Tout plaidoyer animal aide
D’abord et avant tout, presque toujours, vient la croyance que ‘tout est bon à prendre’. Peut-être défini plus clairement, cela réfère à la croyance que même si une campagne est néfaste ou inefficace, elle met au moins en avant les intérêts des animaux nonhumains et/ou fait connaître leur sort.
Il devrait être plutôt évident que c’est un argument infondé, après avoir lu ce qui, j’espère jusqu’à présent, a été une explication des raisons pour lesquelles le neo-welfarisme aide à jouer un rôle dans la fabrication du consentement d’un public initialement préoccupé par l’exploitation animale. Cependant, nous pouvons nous pencher plus en profondeur sur les raisons d’une telle allégation.
Cela fait avancer l’idée que la prise de conscience en soi est une bonne chose, et que malgré les énormes problèmes du neo-welfarisme, au moins les gens deviennent conscients des abus animaux dans l’industrie. Il est utile d’examiner la manière dont la défense animale fonctionne afin de mettre en avant les vices de ce point. Comme expliqué précédemment, les CCs (welfaristes, ou neo-welfaristes) ne parviennent pas à obtenir un bon niveau de compréhension par rapport au problème moral de l’utilisation des animaux. En conséquence, comme démontré sans aucun doute par la CC la plus longue et perçue comme la plus réussie, celle contre l’industrie de la fourrure, l’incapacité à forger cette compréhension dans le public a eu pour résultat un effet cyclique en terme de succès (ex, une légère baisse des ventes, suivi d’un retour retentissant au premier plan une fois les effets à court-terme de la campagne dissipés).
De manière similaire, si nous mentionnons le fait que la grande majorité du public soit déjà consterné par l’élevage industriel, mais n’y fait pourtant rien, nous pouvons facilement  identifier le problème du discours ‘tous les défenseurs des animaux aident’. La défense des animaux requiert deux facteurs pour réussir – la mise en avant du sort des animaux exploités, et une compréhension de son immoralité.19
Ce que nous pouvons également nettement soutenir, étant donné l’hypothèse des points précédemment mentionnés sur la fourrure et l’élevage industriel, c’est que ce dernier facteur est bien plus important – au moins dans la société dans laquelle nous vivons. Tout le monde, de manière presque unanime, est déjà conscient de l’élevage industriel et de ses horreurs, et dès lors la plupart en sont dégoutés20. Et pourtant, ca ne s’est pas traduit en baisse significative des ventes, sauf où les produits d’élevages humains anthropocentriques ont augmentés (tel que référencé précédemment). Nous sommes au point de saturation par rapport à la connaissance du calvaire des animaux, et pourtant à un niveau presque nul de compréhension dans notre société sur les raisons pour lesquelles c’est immoral. Déclarer que ‘faire connaitre leur sort aide’, une fois que nous savons cela, revient à ignorer la plus basique de nos capacités rationnelles.
L’idée que toute défense des animaux aide est grandement viciée en référence à la réalité, et ignore l’approche fondamentale à deux facteurs que l’analyse la plus basique du plaidoyer animal exigerait que nous suivions – la sensibilisation couplée à la compréhension.
Mesures progressives
Il a aussi été question de cela tout au long – l’idée que nous devons être neo-welfariste dans notre approche, étant donné que nous devons faire ça par étape : tout le monde ne deviendra pas vegan du jour au lendemain, alors nous devons faire ça par étape pour y arriver.
La preuve contre cela a été soulevée quelques fois dans cet essai. Le neo-welfarisme ne fournit pas de passerelle pour quoi que ce soit ; il aide à maintenir les normes actuellement en place. Il est l’accomplissement d’un rôle sociétal important en fournissant la différenciation autoritaire de l’utilisation normale des animaux par rapport à l’utilisation ‘extrême’ inacceptable. Donc l’idée qu’il fournisse une passerelle est totalement incompréhensible.
Dans une société où les animaux sont vus comme des propriétés, et des choses, le moyen de surmonter cela réside dans la mise en avant de leur sentience, et en fournissant les raisons pour lesquelles la sentience demande un respect moral aussi bien en termes de souffrance que d’intérêt continu à vivre. Tous ce que nous avons pour l’instant dans le neo-welfarisme est la compréhension qu’ils sont ‘mal’ traités, et la solution en découlant est que nous pouvons éviter cela en évitant les mauvaises parties de l’industrie, et en optant pour une utilisation plus ‘normale’ ou ‘humaine’.
La véritable passerelle en soi consiste en un mouvement progressif, à effet boule de neige, pour le véganisme. Cependant, le neo-welfarisme sape énormément le véganisme. Il fournit bien une faible publicité au calvaire des animaux d’exploitation, mais propose pourtant des solutions qui n’impliquent pas le véganisme (que ça soit le boycott d’une industrie comme pour la fourrure, ou le boycott d’une certaine utilisation comme celle des poules en batterie). Donc même s’il sensibilise le public par rapport à leur ‘sort’, il contre rapidement tout effet positif que ça pourrait avoir pour le véganisme en le neutralisant, en faisant passer le véganisme comme une étape ‘extrême’, en promouvant l’étape directe, sensible du boycott de cela.
Si le neo-welfarisme fournit des étapes via sa publicité pour la souffrance animale, il les ignore immédiatement de par sa nature même en fournissant des étapes vers des solutions alternatives, qu’il est bien plus facile d’emprunter pour ceux s’adonnant à l’exploitation animale. Au pire, il nuit de par son rôle dans la fabrication du consentement, au mieux il inverse tout bénéfice qu’il pourrait faire de par son ignorance du véganisme comme seule solution progressive.
Fabriquer la confusion – le véritable agenda
Confusion
Un dernier rôle que joue le neo-welfarisme, est basé autour de ses propres défaillances structurelles dans la création d’une idéologie cohérente.
Comme souligné durant l’exploration de l’idée de l’angle, Animal Aid se fera un plaisir de faire des concessions en faisant connaître le ‘végétarisme’, en sachant pourtant que le végétarisme reste immoral. De même, ils ont demandé aux gens de plutôt acheter de la viande provenant d’animaux abattus dans des abattoirs équipés de caméras de vidéosurveillance, et malgré tout insistent également sur le fait que l’abattage soit immoral.21
Ils ne sont pas les seuls. VIVA ! soutient le véganisme comme la solution22, et pourtant confondent également ce message en utilisant le terme ‘végétarien/vegan’, et utilisant les deux de manière presque interchangeable23. Eux aussi affirment leurs idéaux basés sur ces concepts (ce qui en soi est confus, vu que le végétarisme pourrait inclure plus de souffrance que le mode de vie omnivore ‘normal’, vu sa dépendance aux produits laitiers et aux œufs), et pourtant font campagne pour que les gens agissent moralement en faisant beaucoup moins (comme simplement boycotter l’élevage industriel24).
Tandis que, à un niveau fondamental, ces groupes peuvent défendre ces croyances en pointant leur volonté d’atteindre le véganisme, mais également en ‘prenant des mesures’ et en ‘aidant les animaux maintenant’ (aussi viciées que soient ces idées par rapport au monde réel), cela crée malgré tout une énorme quantité de confusion.
Il y a une attitude négative envers ces groupes émanant de certains milieux de la société, où les gens voient cela comme un espèce d’ ‘agenda caché’ par lequel « bien sûr, les groupes nous demandent de faire cela maintenant, mais la semaine prochaine ils nous demanderont autre chose, et ils ne s’arrêteront pas jusqu’à ce qu’on soit tous vegan ».25 C’est un problème bien réel pour les groupes (car cela menace leur popularité), et en conséquence, on peut supposer, ces groupes brouillent bel et bien les frontières, et cachent souvent ce qu’ils croient en réalité. Cela nous enfonce plus que jamais, car nous voyons des groupes allant si loin qu’ils enlèvent carrément les angles de leur documentation dans certains cas, ou même mentant en utilisant le terme ‘végétarien’ plutôt que ‘vegan’ comme idéal.
Ces groupes arrivent à un stade où ils doivent délibérément cacher leurs croyances, et ignorent ainsi explicitement leur propre but qu’est l’abolition/le véganisme. La position neo welfariste est suffisamment nuisible, et ces groupes peuvent aller jusqu’à cacher même cela afin de pouvoir paraitre plus ‘normaux’, moins ‘vegan’ et donc plus populaires (d’où l’utilisation du terme ‘veg’). Cela se fait de manière pragmatique, mais cela implique une plus grande dévalorisation du véganisme et son rejet en tant que base morale. Ils sont en faveur d’un pragmatisme superficiel, où les résultats immédiats pour leurs campagnes de bien-être et campagnes ciblées sont le but, au détriment de l’énorme nuisance pour le véganisme à long terme (même si c’est leur propre but – de la même manière dont les banques ont mis en péril leurs propres objectifs à long terme de rester en affaire en faveur de la cupidité à court terme). Ainsi, ils utilisent leur propre approche ‘tremplin’ pour s’en prendre au but vers lequel ils sont censés se diriger. La confusion, il semblerait, ne fait pas seulement partie du public, elle semble contrôler les actions mêmes de ces groupes.
Qu’est-ce qu’il se passe réellement ?
Ce qui nous amène à quelque chose qui a été abordé tout au long – l’aspect commercial des organisations neo-welfaristes.
Nous voyons le masque rationnel comme explication aux raisons pour lesquelles le neo-welfarisme continue à être la tactique de choix, malgré les raisons démontrant que ces excuses créent une pléthore de paradoxes et de preuves indiquant le contraire. Pourtant, honnêtement, il y a une explication très simple aux raisons pour lesquelles ils continuent à choisir le neo-welfarisme, et nous pouvons remonter cela à la structure des organisations, et du mouvement.
Les organisations
Les organisations de défense des animaux ne sont généralement rien d’autre que des entreprises – on le voit peut-être mieux lorsqu’il s’agit de grandes organisations internationales, comme PETA. Bien que toujours officiellement dirigées par des règles de défense animale, et d’un statut de bienfaisance, les gestionnaires qu’ils emploient doivent atteindre certains objectifs. Premièrement, cet objectif est de rester en affaires. Elles pensent faire le bien, et ont donc une obligation de rester financièrement à flot (ce qui n’est pas un hasard, protège également l’emploi de tout le monde). La meilleure manière de faire cela est en réalité d’utiliser le genre de CCs et de tactiques welfaristes, qui concernent le plus grand nombre de personnes. Bien que ces campagnes soient rationnellement viciées, et peinent à créer un changement progressif ou même des actes à court terme, et même pointées pour les dégâts qu’elles font aux intérêts des non-humains, elles excellent pour deux choses connexes – engranger des dons, et attirer les médias.
Le premier est avantageux pour des raisons évidentes – les objectifs financiers, et effectivement les objectifs de toute personne impliquée, est de rester à flot, et par conséquent d’engranger des dons. Le dernier est avantageux principalement en relation au premier (une plus grande couverture médiatique fournit plus de revenus financiers) mais il est également important pour comprendre l’une des grandes faiblesses structurelles que l’aspect financier fait peser sur le neo-welfarisme.
Ces groupes (presque sans exception) ont intelligemment nommé des experts en marketing, parfois avec des salaires à six chiffres. Ces gens sont pour la plupart très doués dans leur domaine, bien qu’ils ne soient pas systématiquement référencés par rapport au ‘marketing’ ; leur titre est plus souvent lié à ‘campagne’ comme par exemple ‘coordinateur de campagnes’. Le travail d’un commercial est d’aider une entreprise à réussir – d’aider à attirer l’attention, et donc l’argent. Les gens à ces postes sont souvent ceux bien formés au milieu financier. Ils peuvent vraiment être des professionnels au top, surtout ceux au salaire à six chiffres, et en conséquence les groupes attendent des résultats. Cependant, ‘nous avons éduqué beaucoup de gens par rapport au véganisme ce moins-ci’ ou ‘nous avons mis en place des fondations pour comprendre pourquoi l’utilisation d’animaux est immorale à long terme’ ne va nullement attirer l’argent, ni entrer dans le cadre d’expertise de ces personnes orientées ‘marketing’, ni, par la suite, s’acquitter de la tâche pour laquelle ces personnes ont été engagées.
En conséquence, nous constatons que les campagnes de ces groupes sont élaborées et choisies par des professionnels dont le travail et l’expertise entière est de rendre l »organisation plus attirante, et de rendre la campagne plus populaire, et à la base de rendre l’entreprise plus rentable. Le problème est que dans certains cas ils n’ont aucune connaissance de ce que cela implique moralement parlant (et dans tous les cas, ce n’est pas leur domaine principal d’expertise), et qui plus est, vu que ce sont des objectifs commerciaux qu’ils doivent atteindre, nous voyons des campagnes qui créeraient un changement durable soit ignorées soit réduites au niveau des ‘vœux pieux’ simplement pour apaiser les partisans plus abolitionnistes ou vegan.
Pour l’essentiel, nous constatons les mêmes problèmes au niveau de l’ossature morale des entreprises neo-welfaristes qu’ont les entreprises et les sociétés de manière générale. Les gens impliqués peuvent être bien intentionnés, et les fondations de ces entreprises peuvent avoir été sincères, cependant la structure du modèle économique signifie que les priorités sont mises sur le côté, et que l’idéologie économique soutenue prend le relais. Ce n’est pas rare dans les affaires, lorsque nous voyons des gens de bonne volonté devant se soumettre à une vie entière de consentement par rapport à de mauvaises décisions morales afin d’apaiser les objectifs structurels qui sont nécessaires pour les affaires. Donc nous ne devrions pas être surpris que cela arrive à des organisations de charité, même si l’objectif financier principal est de rester en affaires aussi longtemps que possible, plutôt que de réaliser autant de bénéfices qu’il soit humainement possible. Bien que, malheureusement, les deux sont intimement liés, et partagent beaucoup des mêmes objectifs.
Les défenseurs doivent non seulement prendre garde à l’avertissement que le neo-welfarisme est nécessairement et rationnellement vicié afin de se maintenir, mais ils doivent également prendre conscience que la solution de l’abolitionnisme doit être fondée dans le plaidoyer local autant que possible.
Le ‘mouvement’
Bien que nous pouvons identifier la cause des problèmes, ou l’absence de capacité à les changer au niveau des grandes organisations de défense des animaux, cela n’explique pas pourquoi beaucoup de défenseurs individuels dans le ‘mouvement’ s’opposent à l’idée de s’éloigner du neo-welfarisme. Nous pouvons expliquer cela en termes très simples et très rationnels cependant.
L’institution dominante
La perspective dominante dans la défense des animaux a été le welfarisme depuis de nombreuses années, et maintenant le neo-welfarisme est l’institution montante vu que le welfarisme implique des problèmes théoriques évidents et clairs. La raison à cela est que c’est la manière dont le ‘mouvement’ a démarré, c’est ce qui maintient les grands groupes à flot, et c’est ce qui colle le mieux à ce qu’on nous apprend dans les médias.
Et avant tout, c’est ce qui fait que beaucoup soutiennent cela. L’institution dominante est ce dont les gens entendent parler, et beaucoup ne sont pas encore conscients qu’il puisse y avoir des problèmes avec cela, ou ce que pourraient être ces problèmes (comme l’explique Chomsky par rapport aux médias chez les humains – si les gens étaient conscients des problèmes, ils feraient quelque chose). Surtout parmi les défenseurs actifs, les grands groupes détiennent le pouvoir de ce qu’on entend, et de ce qui peut être publié – jouant le rôle du ‘média de la défense animale’ de la manière dont le font les médias dominants lorsqu’il s’agit de la couverture des nouvelles. Il est dans l’intérêt des ‘médias de défense animale’ que les gens ne commencent pas à entendre parler de l’abolitionnisme et s’y dirigent, et donc ils n’en font pas la promotion.
Les preuves sont là pour appuyer cela. Le genre d’approche abolitionniste des droits des animaux de Francione fut largement ignorée avant l’essor d’internet, où les gens pouvaient tomber dessus et en parler, et malgré le fait qu’elle soit un compte rendu des droits des animaux populaire, sensible, basé sur la sentience, elle fut, et est toujours ignorée par toutes les grandes organisations de défense des animaux.26  Dans le cas de PETA, ils ignorent l’abolitionnisme d’une telle manière qu’ils s’efforcent d’utiliser la théorie de Peter Singer (un philosophe qui ne croit pas aux droits des animaux) comme leur explication de ce que sont les droits des animaux, simplement comme Singer met l’accent sur la sentience. L’idéologie dominante est confuse, mais est puissante en termes de ses effets par rapport à ce que nous entendons. Ce dont nous pouvons être sûrs, cependant, est que l’abolitionnisme gagne en popularité, et que l’idéologie dominante d’aujourd’hui ne sera pas imposée pour toujours – en effet il suffit d’une poignée de solides partisans pour commencer à donner une grande attention à ce message. Le seul obstacle est le manque de sources d’information indépendantes, fiables sur le plaidoyer des non-humains.
Plus de ‘masques rationnels’ ?
L’autre chose qui empêche les partisans de rejoindre l’abolitionnisme sont les genres de ‘masques rationnels’, comme mentionné précédemment par rapport aux organisations de défense des animaux.
Beaucoup de militants sont actifs depuis de nombreuses années, et sont presque attachés passionnément à certains groupes et organismes, et vont jusqu’à penser que la théorie de l’abolitionnisme critique le travail de leur vie. Naturellement alors, ils se rattachent à quelque chose qui semble rationnel pour se défendre sur une base sociale.
Un aspect de cela dont je ne parlerai pas en détail est si oui ou non ces activistes ont des intentions au départ, ou s’ils sont eux-mêmes convaincus de la valeur de vérité des énoncés du ‘masque rationnel’ qui semblent si viciée par rapport à l’analyse rationnelle. Nous devons nous rappeler que de nombreux défenseurs le sont devenus avant que la science sociale ne soit considérée comme un sujet grand public, et à un moment où les non-vegans avaient des croyances bien différentes par rapport à aujourd’hui. Ce n’est pas nécessairement un manque d’intention ciblée sur les non-humains, mais peut-être des croyances d’un autre âge, quand l’abolitionnisme aurait pu ne pas être le concept idéal – ce n’est pas quelque chose que je peux analyser avec précision, et je me concentrerai sur le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui.
Fabriquer le consentement pour l’exploitation humaine
Peut-être pas l’objectif principal de cet essai ou une partie nécessaire du neo-welfarisme, il est intéressant de souligner que le modèle économique du neo-welfarisme dévalorise également souvent la morale basée sur l’humain.
Ceux comme PETA sont connus pour leur position ‘tout pour attirer l’attention’, et comme expliqué plus haut, c’est probablement du au modèle économique auquel ils doivent adhérer. Mais ça ne s’arrête pas à leur rôle dans la fabrication du consentement pour l’exploitation des non-humains. PETA en particulier est célèbre pour leur utilisation de célébrités, souvent partiellement vêtues, surtout quand il s’agit de femmes. PETA, et en fait pas mal d’organisation neo-welfaristes, adhèrent fortement à l’idée que ‘le sexe fait vendre’.27
Bien que je ne vais pas trop m’étendre sur le problème du féminisme dans cet essai, il est assez simple de faire le lien entre l’objectification des femmes, et l’abus et le statut inférieur des femmes aux yeux d’une société patriarcale. Aussi fort que l’on souscrive à cette affirmation, ce que je souhaite montrer est qu’une fois que des groupes de défense concernant n’importe quelle question morale commencent à fonctionner comme une société, ils risquent non seulement de nuire à leurs propres intentions (et sans aucun doute les groupes neo-welfaristes sont-ils tombés dans ce piège), mais ils commencent également à ignorer la question morale dans son ensemble. La nécessité de prioriser le profit est fondamentalement nuisible au plaidoyer relatif à des questions morales d’un nombre de manières qui ne devraient pas être sous-estimées. Aussi longtemps que le neo-welfarisme sera contrôlé et maintenu comme une valeur par un petit nombre de groupes puissants, cherchant le profit, et la solution réside dans le plaidoyer abolitionniste local, ce point restera très pertinent.
Un modèle de propagande – Ou en sommes-nous ?
Une partie intéressante de la théorie chomskyienne peut nous aider à bien résumer où en est la défense des animaux. Chomsky note que les médias jouent le rôle de la fabrication du consentement pour les institutions dominantes et le processus décisionnel dans la société, cependant ce sont les choses comme le sport (et autres divertissements frivoles, générateurs d’attention comme la télé réalité) qui jouent le rôle de neutraliser toute possibilité de révolte, ou de changement progressif, en fournissant un débouché pour la créativité et l’intelligence des gens. Par exemple, les sports traditionnels peuvent comprendre les plus grands cerveaux tactiques de notre génération, mais les maintiennent à pied d’œuvre dans un environnement frivole, et à l’écart de la recherche de la vérité ou de la morale. De même pour l’audience – en les aidant à investir leur temps et leur passion dans autre chose que des processus de prise de décision ou de changement social, afin de les neutraliser.28
Je pense que j’ai démontré que nous pouvons pointer le neo-welfarisme pour son rôle vital dans la fabrication du consentement pour l’utilisation normale, continue des animaux. Il fait cela en aidant à neutraliser les véritables préoccupations pour les animaux, avec une attention pour les campagnes à court terme et inefficaces, mais rentables, tout en fournissant une autorité pour soutenir les normes qui maintiennent l’utilisation normale des animaux comme ne posant pas de problème moralement.
L’analyse de Chomsky démontre, essentiellement, la manière dont les médias et autres divertissements jouent des rôles vitaux dans la fabrication du consentement. Si nous jetons un regard aux intérêts des animaux non-humains, il semblerait que nous pouvons placer le welfarisme directement dans le rôle des médias, et le neo-welfarisme directement dans le rôle du sport et autres divertissements.
Le welfarisme fait très peu de significatif, et la plupart du temps ne fait rien du tout pour les intérêts des non-humains, et malgré tout fabrique le consentement pour leur exploitation et utilisation grâce à un mélange de marketing, de voix autoritaires des grands groupes, et de tromperie connexe explicite. Le neo-welfarisme joue le rôle de neutraliser toute véritable tentative de changement pour les non-humains en fournissant une autre autorité montrant que l’utilisation normale des animaux n’est pas une préoccupation sincère, et en plaçant des ‘étapes’ distrayantes pour la créativité et l’intelligence qui pourraient à la place être utilisées pour créer un véritable mouvement progressif, à effet boule de neige, pour le véganisme.
Aussi accablant que cela puisse être, comme dernière remarque, je souligne quasi la même chose par rapport à la théorie gauchiste de la fabrication du consentement. C’est-à-dire que les problèmes du welfarisme et du neo-welfarisme sont fortement structurels – et que les gens conduisant ces campagnes ne sont pas plus des mauvaises personnes que le sont ceux qui écrivent courageusement contre eux du côté de l’abolitionnisme. Cependant ce manque de mauvaises intentions n’est pas pertinent si nous nous concentrons sur la cible appropriée de notre attention – qui devrait être les animaux non-humains. Bien qu’il soit difficile de dépeindre un individu ayant un point de vue welfariste ou neo-welfariste comme mauvais, il n’est certainement pas infondé de s’opposer à eux, et de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour faire passer le message abolitionniste plutôt que le message du welfarisme ou des campagnes ciblées – en effet c’est pécher par excès de spécisme de dire que les choix de plaidoyer de ces gens méritent plus de respect que les animaux qui souffriront par leur faute. C’est vers cette opposition des normes, et en outre vers plus d’éducation végane créative, non-violente, intelligente que nos attentions devraient être tournées – et il n’y a pas de meilleur moment que maintenant.

References

 

1 Edward S. Herman and Noam Chomsky, Manufacturing Consent. The Political Economy of the Mass Media (New York: Pantheon Books 1988)
4 “Si un seul animal qui se trouve dans une cage à ponte pouvait avoir plus de place pour étendre ses ailes aujourd’hui grâce à quelque chose que vous auriez fait, je pense qu’elle choisirait que cela se passe.” http://www.salon.com/people/conv/2001/04/30/newkirk accédé le 31 juillet 2011. Newkirk ne mentionne pas que les poulets ne peuvent pas faire ce genre de choix, et ne pourraient comprendre le concept – tout ce que les poulets peuvent comprendre est qu’ils souffrent de façon extrême et pas que ça pourrait être mieux ou pire. La souffrance qu’ils ressentent est 100% réelle pour eux à ce moment, et c’est le seul facteur pertinent pour les non-humains
5 http://www.independent.co.uk/life-style/food-and-drink/news/shoppers-opt-for-freedom-food-chickens-1944742.html accédé le 31 juillet 2011.L’article montre que les poulets ‘heureux’ atteignent de meilleures ventes, surpassant les pertes des poulets normaux.
6 Op. cit., Herman and Chomsky, p. 1.
7 Gary L. Francione, Rain Without Thunder: The Ideology of the Animal Rights Movement, (Philadelphia: Temple University, 1996)
8 Il est difficile d’identifier exactement la position de VIVA ! – si ils sont welfaristes ou neo-welfaristes, car ils ne semblent pas rendre cela explicitement clair – peut-être dans le but de brouiller les lignes entre les deux, pour des raisons que j’examinerai plus tard. Pour les besoins de cet essai, j’ai proposé qu’ils soient neo-welfaristes, du à leur promotion occasionnelle du véganisme. Cela ne garantit nullement que ca soit un groupe neo-welfariste, mais pour les arguments que je ferai ici, ce n’est pas important de savoir à quel groupe ils appartiennent – vu que chacun d’eux est vicié pour quasi les mêmes raisons.
9 Gary L. Francione, Introduction to Animal Rights: Your Child or Your Dog (Philadelphia: Temple University, 1999)
10 http://www.animalaid.org.uk/h/n/NEWS/news_slaughter//2498// accédé le 31 juillet 2011. Montre un exemple classique de l’angle à la fin d’une partie d’une campagne ciblée « Bien évidemment, les animaux de ferme souffriront toujours, and Animal Aid continuera à promouvoir un régime alimentaire vegan, sans cruauté, comme seule façon d’arrêter complètement cela. »
12 Je reviendrai sur cela plus tard, mais cet ‘angle’ devrait, selon la théorie que le neo-welfariste fait passer à ce propos, exiger un ‘angle’ pour lui seul, car cela aussi est une déclaration problématique de campagne ciblée qui mentionne seulement le végétarisme et non l’idéal du véganisme. Donc ce paradoxe vicie l’argument neo-welfariste avant même de commencer, dans ce cas.
13 Ces derniers temps, cette campagne a été popularisée grâce à l’appel des célébrités ‘Je préfère être nue que de porter de la fourrure’, utilisé par PETA – exemples trouvables ici : http://www.peta.org/mediacenter/ads/Print-Ads-Skins.aspx accédé le 31 juillet 2011
15 Ibid.
16 http://www.guardian.co.uk/lifeandstyle/2009/nov/22/fur-rather-go-naked accédé le 31 juillet 2011. “En 2007, les ventes mondiales de fourrure ont totalisé £10bn, une augmentation de 11% par rapport à l’année précédente, dont neuf années de croissance continue. L’année derrière, le marché de la fourrure a contribué à £13bn de l’économie globale, et bien que l’élevage à fourrure fut banni en Grande-Bretagne en 2003, le chiffre d’affaire du marché anglais de la fourrure est d’environ £400-500m par an.”
17 http://fashion.telegraph.co.uk/columns/justine-picardie/TMG7005774/Why-fur-is-fashionable-again.html accédé le 31 juillet 2011. « selon l’association britannique du commerce de fourrure, ‘il y a eu une augmentation significative de ventes de fourrure’ au Royaume-Uni, qui fait partie d’une augmentation globale (les ventes mondiales ont totalisé $13 milliards en 2008, une augmentation de presque 60 pourcents comparé à la fin des années 90).”
22 http://www.viva.org.uk/aboutus/index.html accédé le 31 juillet 2011
24 http://www.factoryfarming.org.uk/ accédé le 31 juillet 2011
25 Un exemple informel de cela peut être trouvé ici : http://www.angelfire.com/oh/turkishangora/animalrights/agenda.html accédé le 31 juillet 2011
26 http://www.believermag.com/issues/201102/?read=interview_francione accédé le 31 juillet 2011. “Différents « dirigeants » du mouvement m’ont fait savoir que mon point de vue serait activement supprimé par le « mouvement » et que je ne serai plus invité à parler aux conférences pour les droits des animaux. Les grands groupes arrêtèrent de promouvoir mon travail, et je suis devenu un néant en ce qui concerne le « mouvement ». J’ai continué à donner des conférences dans des universités et évènements communautaires, mais j’ai vraiment perdu tout contact avec le « mouvement » »
27 Op. cit., http://www.peta.org/mediacenter/ads/Print-Ads-Skins.aspx accédé le 31 juillet 2011.
28 Expliqué dans le discours de Chomsky extrait du documentaire ‘Manufacturing Consent: Noam Chomsky and the Media’ trouvé sur http://www.youtube.com/watch?v=Vz1nIHv6P6Q&feature=related le 31 juillet 2011.
 

L’abolitionnisme et la politique des petits pas.

L’approche abolitionniste des droits des animaux établit que l’éducation végane créative et non-violente est le moyen le plus efficace si on souhaite un jour supprimer le statut de propriété des animaux.
Le message dominant transmis actuellement au public est qu’on peut être un omnivore plus consciencieux si on consomme certains produits provenant d’animaux traités « humainement », c’est le message classique transmis par les welfaristes et les grandes associations des « droits » des animaux.
Un autre message que l’on retrouve souvent est qu’il faut viser le véganisme mais qu’en attendant, ou si on pense qu’on aura pas la force d’y arriver, il est préférable de consommer des produits plus humains. Ou qu’être végétarien aide les animaux. Le véganisme est présenté comme un moyen supplémentaire de réduire la souffrance animale et peut-être même optionnel. Comme une sorte d’étape ultime, comme une pureté, qu’il serait difficile d’atteindre et réservé aux gens forts d’esprit. Je trouve personnellement ce point très problématique et c’est ce qui différencie radicalement l’éducation végane abolitionniste du neo-welfarisme.
De là existe une grande incompréhension par rapport à ce qu’est réellement l’éducation végane abolitionniste.
Le point central présenté dans le message abolitionniste est que le véganisme est la norme minimale de décence à adopter si on est pour les droits des animaux et que tous les produits soi-disant « heureux » ne sont qu’une illusion et non seulement n’apportent significativement rien du tout au bien-être animal que les gens s’imaginent mais ne sont en plus pas justifiables moralement si on est pour leurs droits. Il n’y a également pas de promotion du végétarisme car il n’y a aucune distinction morale entre la viande et les produits laitiers/œufs : cela reste de l’exploitation.
Si les gens sont intéressés par le message, ils iront vers le véganisme. Qu’ils veuillent d’abord commencer par supprimer la viande, puis le poisson, puis le lait, ou qu’ils décident plutôt de passer par des produits soi-disant « humains » en attendant (je leur ferai remarquer que tout cela reste de l’exploitation) : cela ne change rien au niveau du message à faire passer. Peut-être qu’ils n’y arriveront pas du jour au lendemain. Peut-être qu’ils n’y arriveront même pas du tout, pour x raisons et excuses invoquées. Ils peuvent adopter la politique des petits pas qu’ils veulent (et les groupes welfaristes et neo-welfaristes encouragement malheureusement cela, en présentant le véganisme comme quelque chose d’optionnel), mais au moins le message principal est passé : l’utilisation des animaux est le problème, le traitement n’en est qu’un symptôme, l’omnivore consciencieux est un mythe, le végétarisme n’est pas moralement justifiable.
Qu’ils deviennent végétariens après 1 mois, abandonnent le fromage après 1 an, pour être au final vegan dans 5 ans, ou font au contraire la transition en 1 semaine, cela ne change rien au point de vue du message à faire passer. Je ne peux pas dire que je suis devenu vegan « du jour au lendemain » mais à partir du moment où j’ai reçu ce message clair, que toute utilisation des animaux ne peut être justifiée moralement et que les produits « heureux », le traitement, sont une illusion si on est pour leurs droits, je m’y suis dirigé à mon rythme (et ça m’a pris au final une semaine le temps de remplacer les produits animaux chez moi, c’est très facile quand on se concentre sur les victimes et non sur soi-même). Et il est tout à fait possible de faire passer ce message de manière créative et non-violente. Ce n’est pas un message agressif.
Un stand de nourriture végane est par exemple une excellente forme d’activisme, permettant aux gens de voir qu’il existe bel et bien des alternatives, qu’on peut manger de bonnes choses en se passant de produits animaux, en les informant par exemple sur la nutrition végane pour démonter le mythe qu’on ne peut pas se passer de produits animaux pour être en bonne santé. Il y a beaucoup de manières de faire passer ce message.
Et l’éducation végane aide les gens dans ce sens, en leur proposant des alternatives aux produits animaux. Et non des produits « heureux » en attendant.
Chaque personne aura son propre parcours vers le véganisme. Certains ne le feront pas et ricaneront, certains s’arrêteront au végétarisme en pensant bien faire et continueront à exploiter les animaux, certains continueront à manger du fromage et participeront également à leur exploitation, là n’est pas la question. Mais le message sera clair : le véganisme sera présenté comme la norme minimale de décence à adopter et non comme un moyen optionnel pour aider les animaux et ne sera plus vu au final comme quelque chose d’extrême mais bien comme la norme si on est pour les droits des animaux.

A lire également :
(31/03/2015 J’ai édité cet article pour plus de clarté) 

[Traduction] Pourquoi est-ce que PETA euthanasie ?

(Traduction de l’article de Corey Wrenn, avec son accord, « Why does PETA euthanize?« )

 

La politique d’euthanasie* de PETA n’est un secret pour personne. Alors que l’organisation fait massivement campagne pour réduire la surpopulation, PETA n’hésite pas à tuer des nonhumains qui ont vraisemblablement un intérêt à continuer à vivre. PETA préfère montrer des images de nonhumains sévèrement malades comme exemple pour expliquer pourquoi ils euthanasient, mais ceux-ci ne sont pas nécessairement les candidats typiques de la liste d’abattage de PETA. PETA euthanasiera des nonhumains « de toute évidence souffrants et misérables », mais ils euthanasieront également des nonhumains qui ont besoin « de bons soins vétérinaires et de resocialisation » ainsi que des nonhumains sauvages. C’est une question de ressources disponibles. Tout à coup, PETA apparait moins comme un ange de la miséricorde mais plutôt comme une entreprise commerciale calculatrice et axée sur l’efficacité. Pourquoi est-ce qu’une organisation des droits des animaux nonhumains s’engagerait dans ce massacre ? Est-ce que ce serait éthique de régler le problème de surpopulation humaine grâce à l’euthanasie ? Certainement pas. Alors pourquoi est-il acceptable d’imposer la mort à des individus nonhumains sentients ?
Nathan Winograd a longtemps critiqué les organisations de sauvetage des nonhumains pour leur recours systématique à l’euthanasie. Winograd affirme que l’abattage d’animaux de compagnie nonhumains n’est pas nécessaire et exhorte les collectivités à adopter des programmes sans euthanasie. Les collectivités sans euthanasie peuvent répondre aux intérêts des nonhumains sans abri et peuvent également créer un changement de paradigme indispensable qui respecte les intérêts des animaux nonhumains, s’occupe de la surpopulation, et remette en cause l’institution problématique de la domestication.

On pourrait assumer que PETA soutienne les initiatives des refuges sans euthanasie. Ce n’est pas le cas. Dans sa mise à jour de leur blog le 14 novembre 2011, PETA critique ce qu’ils appellent « la propagande « sans euthanasie » :

 « si vous pensez que chaque animal – ou même un sur vingt – puisse être placé, alors vous rêvez éveillé » […]

Malheureusement, nous vivons dans un rêve – un cauchemar en réalité – dans lequel des organisations qui prétendent se battre pour les « droits » des animaux nonhumains tuent également des animaux nonhumains.

« Certains sont trop brisés, trop vieux, ou tout simplement indésirables et ne seront pas adoptés. L’euthanasie fut et reste une délivrance pour beaucoup d’animaux, bien que cela brise le cœur à ceux qui choisissent de faire ce geste de bonté ».

Ce genre de remarque illustre un manque regrettable d’ambition. Il n’y a aucune raison de présumer que ces nonhumains resteront à jamais indésirables. Petev, mon vieux Chihuahua, par exemple, a attendu 3 ans dans un refuge sans euthanasie à cause de son mauvais tempérament et de son âge. Il est une joie dans ma vie et je suis tellement reconnaissante vis-à-vis de mon refuge local de l’avoir sauvé. Il n’y a également aucune raison de présumer que nous ne pouvons pas remettre en cause les conditions structurelles qui créent les problèmes auxquels sont confrontés les refuges. Les collectivités sans euthanasie sont l’avant-poste de ce changement.

Derrière l’hypocrisie flagrante d’une organisation des droits se lançant dans le massacre, la politique d’euthanasie de PETA est problématique pour trois raisons supplémentaires. 

Premièrement, PETA est une organisation multi-millionaire. Peut-être que PETA pourrait détourner certaines des ressources perdues en réformes de bien-être contreproductives, en campagnes ciblées, et publicités sexistes, vers les besoins des nonhumains qu’ils prétendent protéger. Tuer des animaux nonhumains alors qu’ils déversent des millions de dollars dans des campagnes inutiles et souvent idiotes ou offensives est une mascarade.

Deuxièmement, PETA perpétue activement la nécessité de l’euthanasie. Il est réellement déchirant que le visage des « droits » des animaux nonhumains dénonce les efforts des refuges sans euthanasie qui travaillent pour sauver des vies et remettent en cause l’idéologie spéciste. Si seulement PETA le voulait, ils pourraient rediriger des ressources vers des solutions nonviolentes et devenir un allié puissant du mouvement sans euthanasie. Mais, lorsque le visage des droits des animaux nonhumains dénonce systématiquement l’option sans euthanasie, il agit à la place comme barrière puissante pour le mouvement sans euthanasie.
Troisièmement, l’hypocrisie de la politique d’euthanasie de PETA ne passe pas inaperçue aux yeux du public. Cela lui donne une raison supplémentaire de discréditer le mouvement des droits des animaux nonhumains comme inconsistant, vicié et carrément fou.
PETA a abandonné le combat, mais il y a encore beaucoup de choses que nous pouvons faire en tant qu’individus pour aider les nonhumains maintenant. Si vous avez les ressources, s’il-vous-plaît adoptez. Si vous ne pouvez pas donner un toit à un chat ou à un chien, soyez s’il-vous-plaît conscient que des lapins, des gerbilles, des hamsters, des poissons, etc sont également dans le besoin. Si vous avez un espace limité, ou peu de temps ou de ressources, appelez votre refuge et demandez s’il y a un nonhumain là-bas qui réponde à vos conditions. ** Si vous le pouvez, adoptez s’il-vous-plaît des individus ayant des besoins particuliers. Si vous ne pouvez pas vous engager à long terme, considérez la famille d’accueil. Plus important, que vous puissiez adopter ou non, vous pouvez aider les animaux nonhumains aujourd’hui en devenant vegan. Devenir vegan signifie réduire la demande pour les produits tirés de l’exploitation des animaux nonhumains et représente également une position politique importante envers l’exploitation de tous les nonhumains.

* Je reconnais que le terme “euthanasie” est problématique. Beaucoup des nonhumains que PETA « euthanasie » ont très vraisemblablement un intérêt à continuer à vivre. PETA pense qu’ils s’engagent dans l’abattage compassionnel, ce qui expliquerait l’utilisation du terme « euthanasie », mais le mot utilisé de cette façon est on ne peut plus euphémique.

** Ce fut certainement le cas pour moi, je vivais dans un studio et je n’étais pas souvent chez moi. Ca s’est avéré être un vrai cadeau pour Petey, qui est vieux, a horreur des promenades et aime dormir toute la journée.

MISE A JOUR

Moins de 24 heures après la publication de cet article, Chris Holbein, directeur adjoint des projets spécifiques a mis à jour le blog de PETA avec un commentaire intitulé : « Pourquoi je ne travaillerai pas dans un refuge ‘sans euthanasie’ »

Holbein fustige les refuges sans euthanasie par rapport à leurs ressources limitées. C’est intéressant puisque PETA n’est certainement pas limité par les ressources, et, comme visage des droits des animaux nonhumains, a le pouvoir de remettre en question l’idéologie pro-euthanasie. PETA  se repose sur des millions de dollars et des milliers de volontaires. Refuser de soutenir les associations sans euthanasie de même qu’un rejet catégorique de ces associations ne peut que signifier plus de morts.
La présomption utilitariste de PETA que les animaux nonhumains n’ont pas un intérêt à continuer à vivre est choquante. Nous ne tuons pas des enfants humains sans abri, malgré le manque d’habitations et le « manque de ressources », alors pourquoi tuons nous des nonhumains ? Pourquoi ne pouvons pas travailler à changer l’idéologie pro-euthanasie et trouver des solutions vivifiantes ? PETA assassine des nonhumains et dégrade ceux qui sauvent des vies : quel mouvement tordu nous avons là. Si PETA ne souhaite pas nous aider dans notre combat pour les droits des animaux nonhumains, ils seraient plus utiles si ils restaient en dehors de ça.

Corey Wrenn.

Never let me go

Ce week-end, j’ai eu l’occasion de visionner un très beau film, « Never let me go », qui raconte l’histoire de 3 enfants parmi d’autres, éduqués dans un établissement qui semble déconnecté de la société, dans un cadre idyllique.

Ils reçoivent une éducation de haut niveau, vivent en communauté et sont dans l’âge de l’insouciance. Mais on leur a appris qu’ils ne doivent surtout pas dépasser les limites de l’établissement car le monde extérieur est cruel et ils pourraient être tués. Ce serait déjà arrivé.
Un jour, un de leur professeur, arrivé depuis peu, pris de scrupules, décide de leur révéler que leur existence est en réalité déjà toute tracée, programmée : ils ont été mis au monde pour être donneurs d’organes, ils ont apparemment été clonés et serviront de donneur en cas de problème avec leur modèle « original ».
Les enfants apprennent la nouvelle avec stupeur et tristesse mais sont encore trop jeunes pour se rebeller contre ce système.
On les retrouve quelques années plus tard et on ne peut qu’éprouver de la peine et de la tristesse pour ces jeunes adultes, victimes de ce monde injuste : les donneurs ne survivent pas longtemps après un don. Certains vivent jusqu’au 3e don mais ça ne va pas plus loin. 
Ils et elles sont des marchandises. Une fois que le don est nécessaire, ils doivent s’y plier et risquer de mourir afin que l’original puisse continuer à vivre. Ils n’ont pas de futur, ils n’auront jamais d’enfant, ils n’auront jamais de famille. La société en a décidé autrement. En soi, leurs conditions de vie ont été bonnes, ils ont reçu une bonne éducation, leur cadre de vie est beau. Ils ont eu une belle vie, avant de mourir.
Ce film tragique m’a immédiatement fait penser au problème actuel du mouvement des droits des animaux.
Je vois mal toute personne décente vivant dans cette société fictive (et pourtant totalement plausible), souhaitant protester contre l’utilisation pure et simple de ces êtres humains sensibles, voulant vivre, éprouvant des émotions comme tous les autres (tout comme les animaux nonhumains), protester contre la qualité des vêtements qu’on fournit aux donneurs, contre le manque de verdure dans leur cadre de vie, demander que leur mort soit la moins douloureuse possible, revendiquer leur droit à pouvoir vivre dans un appartement spacieux avant leur mort. Car en protestant de la sorte, on ne remettrait jamais en cause leur statut de « marchandise », d’objets de rechange pour leur modèle jugé supérieur, on ne remettrait jamais en cause leur utilisation.
Bien sûr que non. Si nous étions réellement contre l’utilisation de ces humains, nous demanderions l’abolition pure et simple de cette pratique, quand bien-même elle serait courante dans notre société, quand bien-même ils aient une belle vie avant de mourir suite au don, quand bien-même cela durerait encore longtemps. Nous demanderions à ce que cela cesse, même si cela voudrait dire d’arrêter de mettre au monde ces donneurs. Nous ne nous battrions par pour le bien-être des donneurs, nous nous battrions pour leur droit fondamental à vivre, sans être utilisé, sans être considéré comme des propriétés.
Le mouvement welfariste actuel ne revendique pas l’abolition de l’utilisation des animaux nonhumains, il tente simplement de réglementer leur traitement, ce qui reviendrait dans le film à réglementer la mise à mort des donneurs, à demander à ce qu’ils aient droit à aller au cinéma, à manger de la glace ou à avoir une véranda. Et à donner des prix aux exploitants. Je répète, on a des groupes de « protection animale », de « droits des animaux » qui décernent des prix aux exploitants d’animaux pour leur traitement « humain ». Dans le film, cela reviendrait à ce qu’une société de défense des droits de l’homme décerne un prix à un établissement de clonage ou à un chirurgien pratiquant l’opération avec le moins de ratés possibles.
Ou alors, dans le cas du mouvement neo-welfariste, on éduque le modèle original et la société par rapport à ce problème tout en lui expliquant en parallèle que s’il ne compte pas se passer de cette pratique (supposons que cette pratique ne soit pas nécessaire car généralement, s’il y a greffe d’organe cela est, à ma connaissance, indispensable), et bien il pourrait alors demander à ce que son donneur ait les meilleures conditions de vie possible. Ce qui revient à envoyer le message qu’on peut être un receveur consciencieux, à partir du moment où l’on veille à ce que son donneur ait eu la meilleure vie possible.
Mais le donneur ne veut pas mourir. Il veut vivre, tout simplement. La pratique reste immorale et doit être abolie.
Dans cette société, les militants ne devraient jamais envoyer le message que l’on peut être un receveur consciencieux, ils ne devraient jamais manifester pour que les donneurs aient plus de verdure dans leur cadre de vie, pour qu’ils aient droit à un bel appartement avant de mourir. Car militer pour ça, c’est marquer son accord sur le fait que les donneurs ne sont que des marchandises. Ce n’est que retarder l’abolition sous prétexte que les donneurs actuels ont besoin d’être aidés maintenant et que leurs conditions de vie doivent être aussi bonnes que possible.
Si d’un côté on éduque le receveur, le modèle original et la société sur l’immoralité de cette pratique mais que d’un autre côté on lui explique implicitement qu’il y a un moyen plus « humain » de traiter son donneur et que c’est ok de continuer cette pratique tant que c’est fait humainement, le message est totalement confus et les chances que la société change sont anéanties.
Et c’est exactement ce que fait la grande majorité du mouvement pour les « droits des animaux ». Il ne milite pas pour leur droit à la vie, il ne milite pas pour l’abolition pure et simple de cette pratique, il milite pour leur bien-être, pour leurs conditions de vie. Il ne demande pas l’abolition pure et simple de l’esclavagisme, il ne pointe pas le doigt sur le problème de l’utilisation, il s’attaque à la place au traitement. Il ne remet pas en cause le statut de propriété des animaux nonhumains.

Lorsque les défenseurs des « droits » des animaux nonhumains, qui sont la seule voix des victimes animales nonhumaines dans cette société spéciste, vont dans le sens de l’industrie en tentant de la réguler ou font croire au public qu’on peut être un omnivore consciencieux, ils trahissent les animaux, ils trahissent les victimes. Les victimes ne veulent pas avoir une cage plus grande, elles ne veulent pas de prison dorée avant de mourir, elles veulent vivre, vivre libres, elles veulent que la société cesse de les voir comme des marchandises.

Le message doit être clair : si on est pour les droits des animaux, alors il faut reconnaître que leur premier droit est celui de vivre. S’ils n’ont pas le droit de vivre, militer pour tout autre droit est tout simplement absurde. Le label « humain » est à balayer du mouvement des droits des animaux. Si on fait passer le message au public qu’il est possible d’être un omnivore consciencieux, à partir du moment où les produits animaux consommés proviennent d’exploitations « humaines », les animaux sont les grands perdants de cette équation. Le mouvement actuel des « droits des animaux », en faisant passer ce message, fait du tort aux animaux, ne les aide aucunement. 
Tant que les animaux seront considérés comme des propriétés en regard de la loi, toute réforme de bien-être n’aura aucun effet, aucun, sur leur droit fondamental.
Dans Rain Without Thunder, Gary Francione a énuméré 5 principes si on souhaitait réformer l’industrie pour respecter les droits des animaux : 
  1. Le changement proposé doit constituer une interdiction
  2. L’interdiction doit être constitutive de l’institution exploitante (cad, une catégorie significative de l’activité) 
  3.  L’interdiction doit reconnaître et respecter un intérêt animal non-institutionnel (cad, les intérêts des animaux qui ne sont PAS aussi les intérêts de l’exploitant) 
  4.  Les intérêts des animaux ne doivent pas être échangeables (cad, l’intérêt animal sera exécutoire et ne tiendra compte d’aucun « bénéfice » humain ou droit de propriété) 
  5.  L’interdiction ne doit pas remplacer une autre forme d’exploitation, supposée plus « humaine » (par ex, elle ne doit pas remplacer les cages par une exploitation « au sol » ou un égorgement/étourdissement électrique par une « mort par atmosphère controllée », mais bien éliminer l’activité entière sans remplacement).
Comme il le reconnaît dans son livre, ces 5 principes seraient tellement dévastateurs pour l’industrie qu’ils n’ont aucune chance d’être appliqués dans une société spéciste comme la nôtre. La seule manière d’y arriver est donc via l’éducation végane : il faut que les gens comprennent pourquoi le devenir et comment (et le rester).
Ce n’est que lorsque la société aura une population végane politiquement viable que les animaux pourront être reconnus en tant que personnes et que des lois pourront être prises en ce sens.

D’aucune manière, aucune, les lois sur le bien-être animal ne s’approcheront d’un semblant de droit fondamental significatif pour les animaux et de l’abolition de leur statut de propriété. Peu importe le nombre de réformes de bien-être qui sont prises, cela restera toujours de l’esclavagisme pur et simple et les animaux n’auront aucun droit fondamental.

Tout cela sans mentionner le problème des campagnes ciblées du mouvement neo-welfariste et welfariste, très bien expliqué dans cet article de Dan Cudahy.

A lire également : Partenaires dans l’exploitation

[Traduction] Abolitionnisme vs Neo-welfarisme: un contraste en théorie et en pratique

(Traduction de l’essai de Dan Cudahy, avec son accord, « Abolitionnisme vs Neo-Welfarisme: Un contraste en théorie et en pratique« )

Un contraste en théorie

L’approche abolitionniste est une approche basée sur les droits qui identifie le cœur du problème de la violence infligée à des êtres sentients innocents dans le fait que ces êtres soient considérés comme des propriétés, des marchandises, et « choses » selon la loi. Ce statut de propriété, marchandise et chose est à la source de notre « schizophrénie morale » en regard des êtres non humains.

Aussi longtemps que les non humains seront considérés comme des « choses » ou marchandises que l’on possède au lieu d’êtres semblables à nous qui ont des intérêts importants dans leur vie, nous continuerons à torturer et tuer des dizaines de milliards d’entre eux alors que nous sommes d’accord que ça serait horrible si quelqu’un faisait cela à de jeunes enfants ou orphelins (malgré les similitudes flagrantes en mentalité, sentience, et innocence entre les êtres non humains et les jeunes enfants). De là, l’approche abolitionniste telle qu’elle est aujourd’hui réclame un seul droit pour les non humains sentients innocents : le droit de ne pas être la propriété de quelqu’un. Mais tant que nous continuerons à consommer la chair et les fluides corporels de ces êtres, ce droit ne pourra jamais être atteint. Donc, le seul moyen dont nous disposons pour briser l’holocauste perpétuel socialement approuvé et la schizophrénie morale ainsi que pour nous approcher de ce droit pour les non humains est de devenir vegan et d’encourager les autres à faire de même. Donc, autant de manière morale que pratique, l’éducation végane est la seule activité qui tombe sous le sens si notre but est d’atteindre une norme minimale de décence et une civilisation concernée par les êtres non humains.

L’approche neo-welfariste, en contraste avec l’approche abolitionniste, est une approche utilitariste et un fatras bizarre et confus de welfarisme traditionnel et de philosophie de « libération animale ». D’un côté, les neo-welfaristes veulent « libérer » les animaux de la tyrannie des « fermes industrielles ». De l’autre côté, les neo-welfaristes voient (incroyablement) la régulation de l’holocauste perpétuel comme un moyen d’atteindre une telle « libération » (malgré 200 ans de welfarisme résultant en une cruauté grandissante, aussi bien en gravité qu’au nombre ahurissant de victimes). Les neo-welfaristes s’engagent dans l’éducation ‘vegan’, mais, parce que le traitement plutôt que l’utilisation est le principal problème selon eux, ils voient généralement le veganisme comme un « boycott (temporaire ?) de la cruauté » et seulement comme un « moyen (optionnel ?) de réduire la souffrance » plutôt que comme norme minimale de décence.

L’Enfer Est Pavé de Bonnes Intentions et un Cycle Economique Permanent Sans but lucratif : Welfaristes « contre » la force de l’Industrie

La force de l’industrie est sa richesse et sa puissance financière, qui se traduit en puissance médiatique, publicitaire et informative, ainsi qu’en puissance politique et législative.

La faiblesse de l’industrie est qu’elle est moralement déplorable et est un désastre environnemental (le désastre écologique deviendra encore plus évident lorsque les marchés asiatiques augmenteront la demande en produits animaux). Nous ne pouvons pas battre un opposant de la taille et de la puissance de l’industrie en évitant généralement ses faiblesses et en tentant d’affronter ses forces, et pourtant c’est exactement ce qu’essaye le mouvement neo-welfariste.

Avec les campagnes de réforme du bien-être, le mouvement neo-welfariste vise à au moins affaiblir l’industrie via la législation, et encore plus ambigu, vise à légiférer et à réglementer l’industrie. La plupart des neo-welfaristes appellent leur approche : approche à « deux voies », et ils pensent que les régulations font partie intégrante du ‘démantèlement’ du géant. Une voie selon eux est l’éducation ‘vegan’ (quand bien même ‘vegan’ étant simplement un ‘boycott’ ou un ‘moyen’) ; l’autre étant la régulation du bien-être.

Mais cette approche consistant à rendre la régulation du bien-être une partie substantielle de l’élimination de l’agriculture animale revient à jouer sur le terrain et sur la force de l’industrie en

  1. Les attaquant là où ils sont forts (en politique, législation, et arrangement ; voir ci-dessus)
  2. Détournant les ressources de leur point faible (détournant les ressources de l’éducation végane)
  3. Renforçant la structure légale et le paradigme des droits de propriété sur lequel est fondé l’exploitation animale

Aussi longtemps que les animaux seront considérés comme des propriétés et des marchandises, il sera impossible d’équilibrer correctement leurs intérêts face aux intérêts humains. Ce n’est pas « simplement de le théorie légale », comme le clament certains neo-welfaristes (quand bien même en théorie légale isolée, le problème du statut de propriété est massivement considéré comme insurmontable du au pouvoir juridique écrasant des droits de propriété par rapport aux régulations, à titre de hiérarchie intrinsèque des concepts légaux [qui ont des conséquences bien réelles]).

En vérité, nous avons également la preuve empirique flagrante que c’est le cas en observant les efforts interminables, des siècles durant, pour réguler l’esclavagisme pur et simple, qui resta vicieusement cruel jusqu’à la fin. Comme preuve supplémentaire, les lois de bien-être animal ont tenté de réguler l’utilisation depuis maintenant 200 ans, et les animaux sont traités plus cruellement et en plus grand nombres que jamais.

Bien que nous n’ayons pas besoin d’un chercheur en histoire de l’esclavage pour attester de l’échec cuisant des lois et réformes de bien-être des esclaves, il y a un éminent chercheur, non-vegan, de l’histoire de l’esclavage, Alan Watson, qui est entièrement d’accord avec Gary L. Francione :

  1. sur ce fait historique empirique
  2. que le problème du statut de propriété empêchera un changement significatif dans l’utilisation et le traitement des animaux tant qu’il n’est pas aboli.

Pour citer le professeur Francione dans Animals as Persons (p. 162),

« Les intérêts des esclaves ne seront jamais considérés comme similaires aux intérêts des propriétaires d’esclaves. Les intérêts des animaux qui sont des propriétés ne seront jamais considérés comme similaires à ceux des propriétaires humains. »

De plus en plus de réglementations ajoute une structure de régulation à l’exploitation animale, soutenue à terme par plus de bureaucratie, plus de jobs d’inspecteur, et plus de « légitimité » pour l’entreprise entière, enfonçant les animaux plus profond que jamais dans le statut de propriété et de marchandise. Il est vrai que plus de réglementation crée une pression à court-terme sur les marges bénéficiaires de l’industrie, mais l’industrie est très résiliente et dispose d’un nombre d’options pour rétablir les marges bénéficiaires, ce qui comprend le déplacement de l’activité dans des juridictions légalement moins restrictives (dont d’autres juridictions internationales).

En plus de renforcer le paradigme propriété/marchandise, nous devons nous demander, quel message ces campagnes de réglementation du bien-être envoient au public ? Le message, quand ces réglementations sont promues par les soi-disant organisations de « droits » des animaux, est que les animaux sont là pour être exploités et tués, nous devons juste le faire plus ‘humainement’ en le réglementant plus. De même, une fois l’accord, le règlement, ou la loi de bien-être approuvée (mais généralement pas appliquée), la perception erronée du public est que nous exploitons et tuons plus ‘humainement’ (donc vous pouvez vous sentir un peu mieux ; après tout, il y a des ‘inspecteurs’ s’inquiétant de chaque animal comme s’il était leur propre fille). Est-ce que ça déplace le paradigme d’une quelconque manière ? Non, il est évident que non. En fait, les gens se sentent plus à l’aise que jamais par rapport aux animaux comme marchandises.

Quelle motivation a une organisation  neo-welfariste à faire ces campagnes ? Victoires ! Et les ‘victoires’ amènent plus de dons, entretenant de façon permanente le cycle économique basique des organisations. Si une campagne est directement ‘contre’ un exploitant particulier, comme dans le cas de KFC Canada et PETA, PETA effectuera en réalité une campagne de relations publique pour le compte de l’exploitant comme partie du deal. PETA gagne et peut crier ‘victoire’ auprès de ses donateurs, entretenant le cycle sans fin de plus de dons et campagnes. KFC Canada gagne l’approbation de PETA. Les clients gagnent le fait d’être joyeusement trompés en pensant que les poulets de KFC sont traités ‘humainement’. Les animaux ? Ben, PETA, KFC Canada, et les clients de KFC ont frappé un grand coup ; qu’est-ce que vous voulez de plus ?

Considérez le cas de HSUS (une organisation de bien-être traditionnelle) et Farm Sanctuary et la proposition 2 californienne en novembre 2008.

HSUS et Farm Sanctuary se sont vantés d’avoir fait passer la proposition 2, qui n’entre pas en application avant 2015, et lorsque elle passera (si elle passe), ça ne se traduira pas en une quelconque baisse significative de souffrance (surtout comparé à la perception publique de la baisse). Pire encore, si certains exploitants n’aiment pas la proposition 2, ils relocaliseront simplement dans un autre état ou au Mexique et enverront par bateau les produits en Californie. Pour plus d’information sur les campagnes ciblées et de bien-être qui sont si populaires parmi ces organisations neo-welfaristes, consultez Cueillir le fruit à portée de main : qu’est-ce qui ne vapas avec les campagnes ciblées ?

Il est intéressant de prendre note que HSUS et PETA vendent leurs réformes de bien-être à l’industrie selon la profitabilité que cela impliquera pour l’industrie, agissant essentiellement en tant que conseillers stratégiques. Certaines réformes de bien-être, comme la « mort par atmosphère contrôlée »  ou l’élimination des cages de gestation, sont des réformes que l’industrie comptait de toute façon faire dans un souci de profit. Pour des preuves solides du partenariat industrie-welfaristes en action, consultez les nombreux liens de l’article Les quatre problèmes du mouvement en faveur du bien-être animal : en résumé

Au final, comme l’a mainte fois dit Gary L. Francione, c’est un jeu de somme nulle. Chaque effort réalisé et chaque dollar dépensé par une organisation vegan ou pro-vegan dans le mouvement de bien-être est un effort et un dollar directement éloigné de l’éducation vegan. Les efforts éducatifs vegan sont causalement connectés aux préoccupations de bien-être, mais l’inverse est faux. Les préoccupations de bien-être ne sont pas connectées à l’éducation vegan. Seul l’éducation vegan en soi crée de nouveaux vegans. Pour l’instant, bien trop d’argent et d’effort du mouvement animal sont dirigés vers le bien-être (pour les abolitionnistes, aucune ressource ne devrait être dirigée vers le bien-être).

Pour plus d’infos à ce sujet, consultez les liens suivants :

Que faire de la proposition 2 ?

Une toute nouvelle approche ou simplement plus de welfarisme?

La grande victoire du neo-welfarisme

TheIndustry-Welfarist Partnership (anglais)

La Route de la Justice est pavée d’éducation végane Créative, Non-violente : Abolitionnistes contre les Faiblesses de l’Industrie

J’expliquais dans la section précédente que la force de l’industrie de l’agriculture animale est sa richesse et sa taille, ce qui se traduit en puissance politique, législative, médiatique et de négociation. Sa faiblesse est qu’elle est moralement déplorable et un désastre environnemental, et que le véganisme est profondément satisfaisant, délicieux et sain. La plupart des gens, cependant, ne sont pas au courant de ce que fait exactement l’industrie ; comme elle est cruelle aussi bien intensivement qu’en magnitude ; ce qu’est le spécisme et comment il est identique au racisme, sexisme, hetero-sexisme et autres préjudices ; et comment, pourquoi et de quelles manières l’industrie est si catastrophique pour l’environnement. La plupart des gens ne sont également pas au courant du fait que la nourriture vegan soit si délicieuse et satisfaisante, surtout en 2009, avec plus de choix que jamais. Les possibilités d’éducation sont immenses, si seulement nous y consacrions plus de ressources.

Il y a trois (ou quatre, selon la manière dont vous les comptez) catégories principales d’éducation végane qui, combinées, fourniraient des raisons exceptionnellement fortes et positives pour insister sur l’élimination permanente de l’agriculture animale, et par rapport auxquelles l’industrie et le public général n’ont pas de réplique adéquate (« mais c’est tellement bon » a l’air si absurde en regard de ces 3 catégories d’éducation végane).

La question morale

Deux personnes d’intelligence approximativement similaire, mais de race ou sexe différent, devraient obtenir une considération égale en regard de leur intérêt important à une éducation universitaire, basé uniquement sur le critère de leur intelligence similaire. Le préjugé culturel irrationnel du racisme et sexisme ignore la similitude moralement pertinente de l’intelligence, et reconnait à la place la différence non-pertinente de la race et du sexe.

De la même manière, deux êtres de sentience approximativement similaire, mais d’espèce différente, devraient obtenir une considération égale en regard de leur intérêt important à ne pas être réduit en esclavage, exploité, ou tué, basé uniquement sur leur sentience similaire. Le préjugé culturel irrationnel du spécisme ignore la similitude moralement pertinente de la sentience, et reconnait à la place la différence non-pertinente de l’espèce.

Nous ne sommes pas très loin en philosophie morale ici. En effet, un enfant stupide de 10 ans ne devrait avoir aucun problème à comprendre l’argument moral ci-dessus. Pourquoi est-ce que le mouvement des droits des animaux et vegan ne diffuse pas cet argument basique et irréfutable constamment pendant des années, tout comme une publicité célèbre, jusqu’à ce qu’il fasse partie du psyché collectif du public général, comme élément majeur de l’éducation vegan. La seule réponse de l’industrie serait de réitérer leur préjugé irrationnel. Certes, à notre époque, le public partage généralement le sectarisme de l’industrie sur cette question, mais avec le temps, cela devrait être de plus en plus difficile d’adopter ce préjugé dans toute discussion sérieuse. Au final, la vérité sur la question pèsera lourdement sur la conscience des personnes décentes, et le changement surviendra, peut-être plus rapidement que ce que la plupart d’entre nous pensent aujourd’hui.

La question environnementale

Comme énoncé dans mon essai intitulé On the Environmental Disaster of Animal Agriculture et les liens importants inclus, il est évident que l’agriculture animale est le pire ennemi de l’environnement et d’un futur durable.

Vu que l’agrobusiness animal croit en Asie et sur d’autres marchés, ajoutant 3 milliards voir plus de personnes comme clients et quadruplant le nombre d’animaux mis au monde, élevés et abattus par rapport au nombre actuel d’approximativement 50 milliards par an, il est clair que les effets à long-terme (peut-être même les effets à court-terme) amèneront la chute de la biosphère de la Terre. Nous ne pouvons simplement pas nous permettre les excès gloutons que l’agriculture animale et la technologie moderne ont permis. Notre survie en tant qu’espèce dépend de notre réveil vis-à-vis de l’impact de l’agriculture animale sur le futur.

Nutrition et nourriture végane

En parallèle au fait que la plupart des gens ignorent complètement les détails choquants et horribles de la vie des ‘animaux de nourriture’, le spécisme, et le désastre environnemental créé par l’agriculture animal, la plupart n’ont aucune idée de ce que les vegans mangent ou des qualités nutritionnelles et satisfaisantes du régime alimentaire végétalien. Heureusement, il y a un grand nombre de blogs sur la nourriture vegan disponibles sur le web de nos jours, et le régime alimentaire végétalien est approuvé par l’association diététique américaine et d’autres organisations importantes et scientifiques. Mais il y a encore une formidable opportunité inexploitée pour l’éducation nutritionnelle et culinaire vegan, notamment l’éducation sur les effets nuisibles  du régime alimentaire standard sur la santé publique, qui est fort en graisses animales dommageables, notamment en cholestérol. Toute personne qui facilite la transition non-vegan > vegan pratique une éducation végane efficace à cet égard.

Éducation végane et neo-welfaristes

Comme expliqué dans la section précédente, les neo-welfaristes s’engagent dans ce qu’ils appellent un « activisme à deux voies », une voie étant l’éducation végane et l’autre étant la réforme du bien-être. Donc, comme deuxième action par rapport au plaidoyer pour le bien-être, les neo-welfaristes s’engagent déjà dans beaucoup d’actions qui tombent dans les catégories ci-dessus. Mais dans la mesure où ils prennent du temps et de l’argent pour des réformes de bien-être ou des campagnes ciblées alors que l’opportunité pour l’éducation vegan est tellement vaste, ils occasionnent un grave cout d’opportunité sur le progrès réel de la société. Sans même mentionner le message confus et contradictoire qu’ils envoient, que j’ai mentionné plus haut, qui n’a pas seulement pour action de renoncer à l’opportunité, mais est contreproductif et régressif.

Pour une analyse plus détaillée du sujet ‘abolitionnisme vs neo-welfarisme, envisagez de consulter les liens suivants :

Quelques réflexions à propos de l’éducation au véganisme

L’éducation végane rendue facile: un pamphlet abolitionniste

Boston Vegan Association’s (excellent) pamphlet

In praise of vegan food blogs

Education vegan – Partie 1

Education vegan – Partie 2