Notre Parcours et Notre Militantisme : Là où les deux chemins divergent

final

Traduction de Our Journey and Advocacy : Where the two roads diverge par Emilia Leese

On pourrait être amené à penser que les vegan·es forment un groupe itinérant de par toutes les références aux « parcours », « chemins » et « voyages » présents dans des expressions du genre « cela dépend où iel en est dans son voyage vers le véganisme » ou « c’est mon chemin vers le véganisme ». Je suis pour les voyages et les découvertes. Cependant, lorsque nous parlons de « notre parcours vegan », ce que nous faisons réellement passer comme message c’est que « nous » sommes le centre de notre véganisme, pas les animaux.

Chacun·e d’entre nous est arrivé·e au véganisme à la suite d’une expérience. Nous pourrions avoir vu un film, lu un livre, eu une conversation ou avoir été influencé·e par une campagne. Nous avons peut-être traversé un processus de réflexion, eu des inquiétudes par rapport à notre santé ou l’environnement ou eu une révélation soudaine, un moment de clarté, ou fait le lien entre notre nourriture, nos vêtements ou autres et leurs répercussions dévastatrices. Ça nous a peut-être pris des années pour devenir végan·e ou peut-être était-ce un choix pris tôt dans notre vie. Nous avons peut-être observé les Journées sans Viande pendant un certain temps. Nous avons peut-être même été végétarien·nes avant de réaliser que les produits laitiers et les œufs étaient tout aussi cruels que la viande. Ces expériences sont valides et importantes car elles définissent nos histoires individuelles et collectives et font partie de notre parcours de vie. Elles nous aident aussi à nous identifier aux autres et à leur manière de réfléchir ou d’envisager le véganisme. Cependant, elles n’ont pas plus ou moins de valeur que cela.

Que ça doit directement ou par implication, nous sommes tou·tes d’accord que nous étions égaré·e·s avant de devenir végan·e et que l’exploitation animale est injuste. Je n’ai toujours pas rencontré de végan·e qui ne m’ait pas dit quelque chose du genre « c’est la meilleure décision que j’ai pris·e » et/ou « j’aurais aimé le devenir plus tôt ». Il est évident pour nous que l’injustice envers les animaux est au cœur du véganisme. Et pourtant, lorsque nous militons pour le véganisme, nous ne sommes pas clairs.

Nous rétrogradons l’injustice au lieu de parler clairement pour les animaux. Nous mettons de côté la souffrance de 60 milliards d’animaux terrestres et de billions d’animaux aquatiques par an pour éviter à notre audience un peu d’inconfort temporaire. Nous promouvons la réduction de consommation de produits animaux, les petits pas, les améliorations du bien-être etc., et nous rationalisons une telle promotion à cause de notre « parcours ». Nous déplaçons l’attention loin des victimes et sur l’expérience culinaire des humain·e·s à la place, comme si le goût était plus important que la mort des animaux. Ferions-nous cela si nous discutions de violence physique ? Dirions-nous à un groupe d’agresseur·euse·s, « s’il-vous-plaît arrêtez d’agresser une fois par semaine » parce que nous pensons qu’autrement le groupe d’agresseur·euse·s pourrait ne pas écouter ou se laisser convaincre d’arrêter leurs coups ? Non. Nous ne le ferions pas car en ce faisant nous trahirions et renierions la souffrance des victimes. Nous pourrions ne pas atteindre tous les agresseur·euse·s ou les convaincre d’arrêter leurs coups, mais au moins nous ne leur donnons pas un laissez-passer pour continuer leur comportement, peu importe qu’ils réduisent la fréquence ou améliorent leurs méthodes. Qu’un individu modifie ou non son comportement est l’affaire de cet individu, mais notre message doit rester le même.

Les gens apprécient les messages clairs. Ce principe de base s’applique aux non-vegan·es que nous pourrions atteindre par notre militantisme. Si iels sont récepti·ves à nos discours concernant le sort des animaux, alors iels seront récepti·ves pour entendre un message clair sur le véganisme. J’ai eu des conversations avec des personnes me disant qu’elles ne mangeaient plus un animal en particulier ou ont sensiblement diminué leur consommation de produits d’origine animale et je leur demande pourquoi elles font cette distinction ou pourquoi elles limitent leur consommation de produits animaux à un jour. Je suis toujours clair que même s’il est « mieux » de causer moins de tort que d’en causer plus, je ne militerai pas pour moins que le véganisme. Bien souvent, ce genre de conversations débouche sur d’autres discussions et ce n’est jamais perdu. A vrai dire, il est clair selon moi que beaucoup de personnes seraient devenues véganes plus tôt si elles avaient entendu un message clair à propos du véganisme, au lieu des messages de « réduction de la consommation » ou d’« exploitation heureuse » que beaucoup de « militant·e·s de la cause animale » promeuvent.

Nos expériences personnelles sont précieuses car nous comprenons d’où viennent les non-végan·es. Ce sont des outils utiles que nous pouvons utiliser pour communiquer de manière amicale et réfléchie nos expériences communes, pour éduquer, bannir les idées fausses, répondre aux questions et démystifier le véganisme. Mais elles ne sont pas la ligne de base à partir de laquelle nous devrions militer pour le véganisme. Le sort des animaux devrait être notre balise inébranlable car ils en paient le prix ultime, et c’est le minimum que nous puissions faire pour eux.

Publicités