[Traduction] La construction de notre identité de l’espèce.

(Traduction de l’article de Javier Moreno, « The construction of our species identity« )

‘D’où viennent les saucisses ?’ m’a demandé mon fils de 5 ans, récemment.
‘Des cochons’, je répondis. ‘Oui’, dit-il, un petit peu impatiemment… ‘mais d’où est-ce que les cochons les ont ?’
Judy Rumbold, The Guardian, 28.2.2001.
« Une cage est une boite faite de barres en métal ou en bois.
Elle est utilisée pour enfermer des animaux. Le lion est enfermé dans une cage. »
Apprendre à accepter l’esclavagisme animal 
La façon dont nous construisons notre identité, consciemment et inconsciemment, détermine la manière dont nous voyons et interagissons avec les autres. La construction de l’identité sexuelle joue un rôle fondamental dans notre vie. Basé sur cette construction, certains rôles seront associés et influenceront, de façon presque toujours décisive, la forme dans laquelle nous nous voyons et voyons le reste. Cependant, dans ce cas-ci, je ne veux pas me concentrer sur la construction de notre identité sexuelle, mais sur notre identité ‘de l’espèce’ et comment elle détermine la manière dont nous nous voyons et les individus des autres espèces.
« La viande fait partie des animaux que l’on mange.
La viande de bœuf, d’agneau, de poulet et de lapin est vendue chez le boucher. »
Apprendre à accepter notre vision d’eux en tant que nourriture. 
Depuis l’enfance, nous intériorisons l’identité de l’espèce via le processus d’apprentissage et de socialisation, nous différenciant du reste des animaux. Dans cette catégorisation, nous apprenons à faire la différence entre humain/animal ou personne/animal. Cette différenciation fictive, vu que les humains sont aussi des animaux, jouera un rôle essentiel dans la vision que nous avons des autres animaux en tant qu’êtres inférieurs qui sont à notre disposition. En refusant notre animalité, nous construisons une place privilégiée pour notre espèce, qui établit automatiquement une hiérarchie pyramidale dans laquelle les humains sont au sommet, et où tout le reste sera construit sur cette base. Par exemple, chaque animal se verra assigné une fonction pour notre bénéfice : certains seront notre nourriture, d’autres fourniront des vêtements et d’autres seront nos compagnons.
Les livres d’enfants sont de bons exemples pour prouver comment nous intériorisons la vision des animaux comme inférieurs ou comme ressources. Les exercices mettront l’accent sur la différenciation  humain/animal ou personne/animale, ou demanderont à l’enfant de relier la nourriture avec l’animal qui nous la fournit : vache-lait, saucisse-cochon, steak-vache, laine-mouton… Bien que cela puisse paraître « normal », ce processus d’apprentissage est presque déterminant car il fait que nous assumons et intériorisons une vision des animaux en tant que choses et non en tant que sujets. Je ne veux pas continuer à développer l’impact de ces exemples ; jetez juste un œil aux cahiers d’exercices des enfants ou aux exercices d’écriture.
On doit mentionner les visites organisées dans les soi-disant fermes scolaires. Des enfants innocents sont apparemment emmenés dans ces endroits pour y voir les fournisseurs de notre nourriture. Evidemment, on ne les emmène pas aux abattoirs dans lesquels tous les animaux des fermes scolaires finiront ; nous leur ferons voir que les animaux sont heureux de « nous donner » ces produits et qu’ils assument et acceptent ce rôle. 
« Que donnent les poules ? »
Chaque animal « nous donne » un produit.
 L’aspect surprenant de ces cases est l’empathie que beaucoup de filles et garçons montrent envers ces animaux, établissant une relation d’égal à égal et ignorant que le poulet avec lequel ils ont joué ou le veau envers lequel ils ont montré tant d’amour seront massacrés et réduis en pièce pour leur nourriture qui leur sera servie à la maison ou à la cantine. En fait, un enfant peut parfois faire ce lien, résultant habituellement en une sorte de réalisation traumatique. Soudainement, il associe la viande dans son assiette à l’ami avec qui il a joué, et ça devient terrifiant : il refuse de manger son ami. Bien que je connaisse des familles qui ont respecté la décision d’un garçon ou d’une fille dans ce sens, la situation habituelle est que quelques jours après le traumatisme, on l’aidera à comprendre que les animaux ne souffrent pas, mais que c’est nécessaire. En gros, ils sont là pour ça.
Comme le dit Joan Dunayer « nous nous mentons à nous-mêmes et à chacun d’entre nous, à propos de notre espèce et des autres. Un langage trompeur perpétue le spécisme. Comme le sexisme ou le racisme… le spécisme ne peut survivre sans mensonges ».
Et donc nous grandissons, arrivant à un point où nous ne questionnons pas qu’ils soient convertis en nourriture, qu’ils passent leurs vies enfermés dans des zoos ou des cirques pour nous amuser, qu’ils soient séparés de leur famille (oui, ils créent aussi des lien émotionnels, même si vous pouvez penser que c’est incroyable), qu’ils soient dépecés et convertis en vêtements, ou qu’ils soient soumis à toutes sortes de torture et tués derrière les murs de laboratoires pour une base indiscutable de notre avancement scientifique.
Le temps de brûler cet endroit fictif que nous avons construit est arrivé. Il est temps de faire un exercice humble et honnête avec nous-mêmes, et de descendre du sommet sur lequel nous pensons être, et cesser d’accepter, soutenir et financer le plus grand holocauste de tous les temps. Il est temps de nous reconnaître en tant qu’autre animal et reconnaître le reste des animaux comme des sujets qui méritent autant de respect que chacun de nous.
 Il est urgent d’apprendre à désapprendre, et de remettre en question toute cette structure de domination et de soumission que nous avons créé. Le temps compte, et les abattoirs, les fermes et autres centres d’exploitation ne se reposent pas. Les vies de milliards de victimes innocentes en dépendent.
Par Javier Moreno

Co-fondateur d’Animal Equality

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