[Traduction] Mythes populaires par rapport à l’abolitionnisme démystifiés.

(Traduction de l’article de Rob Johnson et Professeur Corey Lee Wrenn, « Popular myths about abolitionism debunked« , paru dans le 3e numéro de The Abolitionist)
Les fausses idées par rapport à l’abolitionnisme sont abondantes et méritent d’être appréhendées de manière critique ; cependant, ces discussions se concentrent principalement sur le véganisme, la réalité de l’utilisation des animaux non-humains, et l’importance des droits. Vu que l’approche abolitionniste croît en popularité, elle a remis en question les idéologies dominantes dans le mouvement des droits des animaux non-humains. Par conséquence, beaucoup de vegans perpétuent des contre-vérités par rapport à l’abolitionnisme justifiant une brève réponse de clarification.


« Une société plus aimable peut créer une société plus sensible au véganisme »

Certaines personnes clament que les réformes de bien-être aident à créer une société « plus aimable » et donc nous rapprochent plus du véganisme. Pourtant, on oublie de réaliser que l’utilisation des animaux non-humains est intrinsèquement violente et qu’aucune quantité de réforme ne peut significativement compenser cette réalité. La violence inhérente de l’exploitation est en réalité une barrière importante à l’accroissement de l’ « amabilité ». Par exemple, une étude récente a montré que la présence d’un abattoir dans une communauté est liée à une augmentation de crimes brutaux. (1)


D’un autre côté, les propriétaires d’exploitations moins intensives pourraient penser être parfaitement aimables malgré le fait qu’ils bâtissent un moyen de subsistance basé sur l’exploitation systématique d’animaux non-humains. Beaucoup de fermiers se décrivent comme bénévoles et croient qu’ils veillent aux meilleurs intérêts de leurs propriétés non-humaines. Ils pensent avoir un bon élevage et un gardiennage responsable. En réalité, l’histoire dispose de nombreux exemples de personnes pourtant aimables agissant de concert pour faire des choses atroces. Par exemple, la politique d’aide étrangère américaine a en réalité exacerbé l’inégalité globale et favorisé la dépendance du tiers-monde et l’ethnocentrisme. L’amabilité ne détruit pas nécessairement le capitalisme, elle n’éradique pas la pauvreté, et elle ne remet pas vraiment en question le spécisme. Le changement significatif provient de la promotion d’un changement de compréhension et de paradigme ; pas en augmentant le « facteur d’amabilité » subjectif et impossible à mesurer.


La plupart des gens sont d’accord avec le fait que les non-humains ont un intérêt à éviter la souffrance inutile ; en effet, beaucoup de personnes se considèrent comme des « amoureux des animaux ». Cependant, les normes sociales obscurcissent l’inconsistance de nos croyances et attitudes. Nous avons besoin d’un changement significatif de paradigme qui élimine l’inconsistance entre nos préoccupations pour les animaux non-humains et l’utilisation continue inutile qu’on fait d’eux. Une société ‘plus aimable’ sera tout aussi ignorante par rapport aux intérêts des animaux non-humains sans un tel changement de paradigme.


“L’abolitionnisme est fondamentaliste”


Beaucoup cataloguent l’abolitionnisme comme étant fondamentaliste, mais ce n’est pas nécessairement négatif. Dans de nombreux cas d’immoralité, une opposition fondamentale est nécessaire. Nous ne sommes par exemple pas dans l’erreur en ayant la position que le viol ou le meurtre sont fondamentalement immoraux, l’abolitionnisme n’est pas dans l’erreur en ayant la position que l’utilisation d’animaux non-humains est fondamentalement immorale. En effet, une question morale où on ne trouve pas de réponse fondamentalement juste est une rareté.


“Les campagnes ciblées peuvent fonctionner et aider l’éducation végane.”


Il est utile de clarifier la différence entre les problèmes uniques et les campagnes ciblées. Les problèmes uniques impliquent de tirer parti d’un problème particulier, souvent populaire, afin d’aborder la question plus fondamentale du véganisme et de l’abolition. Un exemple est la fameuse lettre de Gary Francione au Philadelphia Daily News qui utilisa l’intérêt du public pour le cas de combats de chien organisés par Michael Vick, afin d’attirer l’attention sur l’utilisation sociétale problématique des animaux non-humains dans son entièreté (2). Les campagnes ciblées, cependant, entraînent une implication continue par rapport à un problème unique qui aborde rarement, si jamais, le problème de fond de l’utilisation des animaux non-humains. Un exemple est la campagne de VIVA! pour protéger les kangourous. VIVA! nous demande de les aider dans leur croisade visant à interdire les produits provenant du kangourou dans l’Union Européenne, mais n’aborde pas le système d’oppression subjuguant les kangourous et tous les autres animaux non-humains. Et on ne trouve aucune mention du véganisme, partie intégrante d’un changement sérieux et durable pour les non-humains. Les abolitionnistes sont d’accord qu’utiliser un problème unique peut être utile pour attirer l’attention et initier une discussion importante, mais les abolitionnistes considèrent la fixation sur un type d’exploitation sans une application explicite, continue, de considération égale envers tous les non-humains comme extrêmement problématique.


Certains déclarent que les campagnes ciblées conservent une utilité car elles pourraient « accrocher » les gens par rapport au véganisme. Elles sont, c’est déclaré, destinées à « accrocher » les gens qui font preuve d’empathie envers le problème et à leur demander de seulement continuer à être contre ce problème unique. Les campagnes ciblées visent également ceux sans véritable intérêt pour la question qui sont donc plus faciles à persuader. On peut voir des exemples dans les campagnes pour bannir la fourrure, mettre fin à la chasse au phoque, et abolir les calèches. Ces campagnes ont tendance à choisir des problèmes qui sont facilement soutenus et se concentrent sur des non-humains qui sont relativement populaires ou « mignons ». Elles visent des problèmes qui sont arbitrairement définis comme significatifs, ignorant généralement les problèmes plus vastes, plus intègres. En faisant cela, elles perpétuent l’idée que les problèmes plus vastes (ex, l’utilisation des animaux non-humains) doivent être ignorés, et que les symptômes (ex : cas spécifiques de l’exploitation des animaux non-humains) sont ce sur quoi nous devons focaliser notre attention.


Cependant, nous pouvons facilement utiliser des problèmes uniques pour interpeler les gens sans avoir à subir les problèmes fatals des campagnes ciblées. Les éducateurs abolitionnistes peuvent initier une discussion démarrant sur la fourrure et immédiatement relier ce problème unique à la solution du véganisme plutôt qu’à la solution de ce problème/campagne unique. Sans un lien au véganisme, se concentrer sur un problème unique ne réussira pas à créer un changement significatif ou durable, car cela n’abordera pas le problème des fondations structurelles qui perpétuent ces problèmes uniques. De manière similaire, une promotion de ces campagnes implique une promotion de l’idée que l’utilisation animale en soi n’est pas problématique et qu’un changement de paradigme n’est pas la réponse souhaitée. Cela renforce l’idéologie maintenant que le véganisme n’est pas nécessaire, donc elles ne peuvent pas être vues comme une approche travaillant main dans la main avec l’éducation végane. Elles se sapent mutuellement.


“Division, division, division…”


Si vous militez pour les intérêts des animaux non-humains (qui n’ont pas droit à la parole dans le débat) et pensez qu’une approche qui déclare que « tout plaidoyer aide » leur fait du tort, alors la réponse nécessaire est de causer une division. La division est nécessaire pour mettre une limite entre l’approche viciée et l’approche plus appropriée. Ici, la nouvelle faction grandit avec un regain d’intérêt qui s’oppose au cadre d’action précédemment accepté. Par exemple, les vegans sont sources de division dans la société : ils veulent détruire les normes sociales unifiées qui ferment les yeux sur notre utilisation des animaux non-humains et les rediriger vers celles qui accordent un respect égal aux non-humains. De manière similaire, les abolitionnistes sont sources de division car ils veulent détruire les normes sociales unifiées des réformes de bien-être et de campagnes ciblées. Ces deux formes de division sont vitales si nous voulons aider les animaux non-humains. Critiquer les vegans et les abolitionnistes précisément parce qu’ils sont ‘sources de division’ ne remet pas en cause le spécisme, car cela maintient intacte la hiérarchie humaine sur les non-humains. L’union n’est pas une option si c’est avec une approche connue pour faire des dégâts aux autres.


“L’éducation végane est une approche tout-ou-rien ”


Une raison importante pour laquelle beaucoup de militants se concentrent sur les réformes de bien-être est parce qu’ils assument que cela apporte une avancée incrémentale vers l’abolition de l’utilisation des animaux non-humains. Les recherches inlassables de Gary Francione sur le welfarisme, cependant, ne trouvent aucun fondement appuyant cette affirmation. Par exemple, le welfarisme rend en réalité les gens plus à l’aise par rapport à l’utilisation des animaux non-humains. Donc, le welfarisme a plus de chance d’augmenter, ou au moins de renforcer notre utilisation des non-humains. L’éducation végane apporte un véritable mouvement incrémental vers l’abolition. Le véganisme crée un changement sociétal graduel en déplaçant les gens de la complaisance de l’utilisation des animaux non-humains vers son rejet. L’augmentation graduelle du nombre de vegans est la seule action qui constituerait une véritable avancée incrémentale vers l’abolition de l’utilisation des animaux non-humains.


“On ne peut pas être certain de ce qui fonctionne, donc parfois on devrait choisir le welfarisme”


Peut-être le plus grand mythe sous-entendant l’opposition actuelle à l’abolitionnisme est l’idée que l’abolitionnisme est juste une opinion, donc on ne peut pas être certain que cela fonctionnera. Le changement social ressemble souvent à une boule de neige, gagnant force et vitesse à mesure qu’elle progresse et grandit. Le welfarisme promeut la consommation de produits d’animaux non-humains et ignore largement l’importance du véganisme, bloquant ainsi l’élan dont le véganisme a besoin pour grandir. De manière similaire, les campagnes ciblées ne contribuent en rien à l’élan nécessaire. C’est parce qu’elles différencient arbitrairement une utilisation par rapport à d’autres, dépeignant certaines utilisations d’animaux non-humains comme étant « mauvaises » alors que les autres sont soulignées comme étant plus souhaitables ou carrément ignorées. Cette différenciation est une caractéristique nécessaire d’une campagne recueillant un soutient non-vegan.


Les critiques protestent que nous ne savons pas ce qui fonctionnera, donc nous devons garder un esprit ouvert à toutes les théories et tactiques. Cependant, comme nous l’avons vu, on trouve certains obstacles structurels au changement social. Le welfarisme et militantisme de campagnes ciblées a échoué par le passé et il est peu probable qu’il réussisse dans l’avenir. Ce sont des problèmes structurels, nous savons qu’ils existent. Nous savons ce qui ne fonctionne pas.


L’éducation végane se présente comme un moyen approprié, car elle vise à saper le spécisme ainsi que le rejet de la consommation d’animaux non-humains. Elle est compatible avec le changement social que nous cherchons à atteindre. Nous savons que le véganisme est compatible avec l’abolition de l’utilisation des animaux non-humains, alors pourquoi ne pas donner à l’éducation végane et au discours de libération le soutien dont elle a besoin pour prospérer ?


“Les abolitionnistes pensent qu’il est acceptable que les animaux non-humains souffrent maintenant ”


Parce qu’on pense que les réformes de bien-être ont un impact immédiat dans la réduction de la souffrance des non-humains et parce que l’abolitionnisme s’oppose aux réformes de bien-être, on imagine que les abolitionnistes soutiennent la souffrance continue des non-humains. Rien ne peut être plus éloigné de la réalité. En effet, l’abolitionnisme reconnait que les réformes de bien-être ne rendent pas seulement les gens plus à l’aise par rapport à la consommation de non-humains, mais qu’elles augmentent également la productivité et l’efficacité. Des cages légèrement plus grandes et des méthodes d’étourdissement plus efficaces ne réduisent pas significativement la souffrance d’un individu qui a été exploité pendant l’entièreté de sa vie. Il n’y a aucune raison de supposer qu’un individu gagnerait quoi que ce soit par rapport à une réduction si infime de souffrance dans le grand schéma d’une institution si horrible. Francione utilise souvent l’analogie du rembourrage du siège de torture. Est-ce que cela réduit la souffrance ? Peut-être un petit peu. Est-ce une amélioration significative ? Non. Est-ce que cette réforme pose une remise en question du système que nous visons  à abolir ? Absolument pas.


Vu cette réalité, on ne devrait pas être surpris que les abolitionnistes s’opposent aux efforts welfaristes. Le militantisme welfariste en réalité ne réduit pas la souffrance des animaux non-humains d’une quelconque manière significative. En outre, ces efforts dilapident les précieuses petites ressources et créent l’illusion qu’on s’occupe des intérêts des animaux non-humains. Le welfarisme, donc, ne fait rien pour aider les animaux « là maintenant » mais exacerbe en réalité leurs souffrances. Précisément car nous voulons aider les non-humains « là maintenant », les abolitionnistes s’opposent aux réformes contreproductives et se concentrent à la place sur le véganisme. Le véganisme aide les animaux ‘maintenant’ en réduisant la demande et en créant un changement idéologique indispensable.


“Les abolitionnistes promeuvent un paradoxe – que les gens sont assez intelligents pour voir au-delà du welfarisme, mais assez stupides par rapport au fait que le welfarisme soit la norme sociétale.”


On a critiqué l’abolitionnisme pour avoir eu l’air de présumer que le public est à la fois stupide (se conformant sans esprit critique aux campagnes welfaristes) et intelligent (il peut voir au-delà des campagnes de bien-être et reconnaître que le véganisme et l’abolition de l’utilisation des animaux non-humains sont nécessaires).


Cette dichotomie n’est pas tout à fait exacte. Prenons l’élevage intensif par exemple : on peut dire que la majorité du public est d’accord avec le fait que l’élevage intensif soit problématique, vu les sondages d’opinion publique et les critiques régulières des médias. A de nombreux égards, cela est l’une des campagnes welfaristes les plus réussies qui ait jamais été lancée. Mais cette campagne est menée depuis des dizaines d’années et les ventes de produits d’élevage intensif ne diminuent pas significativement. Pourquoi donc ?


Les campagnes contre l’élevage intensif sont basées sur le dégoût. Elles promeuvent l’horreur et la répugnance de l’élevage intensif pour tenter de convaincre le public de voir cela négativement. Cependant, les organisations welfaristes ne donnent pas de raisons convaincantes pour le boycotter. Donc sur le plan social, les gens déclarent être contre l’élevage intensif, mais ils ne cherchent pas plus que cela à éviter d’acheter des produits d’élevage intensif vu qu’on ne leur a pas donné de raison pour laquelle ils devraient ressentir plus que du dégout. Le dégout est un outil formidable pour polariser l’opinion sociale, mais n’est pas utile pour construire une compréhension personnelle et donc échoue à toucher la majorité des choix et valeurs personnelles des consommateurs.


Si on présente aux gens un message vegan abolitionniste, clair, il n’y a aucune raison pour qu’ils ne le comprennent pas et l’acceptent avec le temps. Malheureusement, les groupes welfaristes présument que le public serait rebuté par un message vegan fort, donc ils incitent les gens à adopter des mesures médiocres comme le végétarisme ou le réformisme. Et vu que le welfarisme reste l’idéologie dominante dans le mouvement, lorsqu’une personne est exposée pour la première fois aux idées de l’exploitation des non-humains, il est probable qu’elle rencontrera en premier cette idéologie confuse. Donc, les abolitionnistes présument que le public est malin, mais que le public est aveuglé par la contre-idéologie welfariste dominante qui est une idéologie de polarisation sociale plutôt que de compréhension et transformation personnelle.


Comme développé par Francione, un ‘welfariste’ est quelqu’un qui promeut des réformes de bien-être ou autres méthodes de réduction de l’exploitation des animaux non-humains et qui évite de promouvoir le véganisme et l’idéologie de libération. Alternativement, ceux qui promeuvent seulement le véganisme et visent l’abolition de l’exploitation des animaux non-humains sont étiquetés comme ‘abolitionnistes’. En outre, un ‘neo-welfariste’ est quelqu’un qui utilise des tactiques welfaristes dans le but de soit abolir l’utilisation des animaux non-humains ou soit la réduire considérablement plus que ce que vise un welfariste.


Il n’y a rien d’insultant par rapport au terme ‘welfariste’ tout comme les termes ‘abolitionniste’ ou ‘vegan’ ne sont pas dignes d’éloge. Ce sont des descriptions qui qualifient des variations de tactiques et buts dans le mouvement des droits des animaux non-humains. L’injure survient car beaucoup veulent réellement voir l’abolition de l’utilisation des animaux non-humains et donc veulent s’appeler ‘abolitionnistes’ malgré leur implication dans des campagnes de régulation du bien-être. C’est l’équivalent de quelqu’un voulant s’appeler ‘vegan’ juste parce qu’il veut abolir les produits d’animaux non-humains de son régime alimentaire : c’est absurde et pas concret. Les étiquettes et termes associés au mouvement des animaux non-humains se réfèrent à des actions mesurables : ceux qui utilisent des tactiques abolitionnistes et promeuvent le véganisme sont ‘abolitionnistes’ ; ceux qui se concentrent sur des réformes et campagnes ciblées sont ‘welfaristes’ ; et ceux qui s’engagent dans ces dernières mais visent à atteindre le premier, sont ‘neo-welfaristes’. Si les welfaristes et neo-welfaristes se sentent insultés parce qu’ils s’engagent dans un militantisme moralement problématique, soit, mais les termes en soi sont simplement catégoriques.


“L’activisme abolitionniste ne se fait que sur Internet”


Beaucoup d’abolitionnistes dédient une grande partie de leur temps dans l’activisme de terrain, face-à-face. Les abolitionnistes enseignent dans des hautes écoles et universités, sauvent des animaux non-humains, sont volontaires dans des sanctuaires, organisent des présentations de rue et stands d’information, écrivent des éditoriaux, et préparent des repas-partages. Les abolitionnistes utilisent en effet une grande partie de leurs ressources de militantisme pour combattre l’idéologie neo-welfariste. Cela est dû au fait que le militantisme neo-welfariste est vu comme tout aussi préjudiciable aux animaux non-humains que l’idéologie spéciste du grand public. En fait, le neo-welfarisme rend notre progrès vers l’abolition significativement plus difficile. Donc, les abolitionnistes, par nécessité, dédient une bonne partie de leur militantisme à des activités de contre-cadrage.


Qui plus est, l’activisme en ligne a été injustement discrédité. Les forums en ligne permettent un accès considérable à cout réduit. Augmenter le recours social sur internet ne fera que rendre l’activisme en ligne plus important à l’avenir.


“L’abolitionnisme (ou en effet tout mouvement social minoritaire qui contre l’idéologie dominante de manière rationnelle) est un culte.”


L’approche abolitionniste est unique dans le mouvement des droits des animaux non-humains dans le sens où elle fut formulée initialement par un théoricien : Gary Francione. Par contraste, l’approche welfariste fut part de l’idéologie dominante depuis plus de 200 ans et a eu un nombre incalculable de contributions apportées par de nombreux théoriciens. Puisque l’abolitionnisme est nouveau, on ne trouve que très peu de contributions significatives à la théorie que Francione a définie à l’origine (bien que beaucoup se penchent maintenant dessus – comme ce magazine en témoigne). Qui plus est, puisque Francione est relativement actif dans le mouvement, il est capable d’engager les activistes et conseiller les adhérents par rapport à son approche.


Pour finir, l’approche abolitionniste est une théorie rigide. Elle reconnaît qu’en vue d’atteindre l’abolition de l’utilisation des animaux non-humains, nous pouvons seulement accepter des moyens non-violents qui ne compromettent pas notre morale et nos idéaux. L’approche est simple : faire la promotion du véganisme, rester non-violent, et rejeter les tactiques qui compromettent ces valeurs. La simplicité de la théorie et la position sans équivoque envers la non-violence créent une rigidité qui pourrait être (mal) interprétée comme une dévotion sectaire par ceux qui sont investis dans l’idéologie dominante qu’elle menace, mais ce n’est tout simplement pas le cas.

(1) Fitzgerald, A. J., L. Kalof, and T. Dietz.  “Slaughterhouses and Increased Crime Rates:  An Empirical Analysis of the Spillover from ‘The Jungle’ into the Surrounding Community.”  Organization & Environment 22(2):  158-184.
(2) Francione, G. 2009. “Francione: We’re all Michael Vick.” Philadelphia Daily News August 14.


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[Traduction] Le mythe de la vache sacrée indienne et de l’exploitation respectueuse.

(Traduction de l’article de Corey Wrenn, « The myth of India’s sacred cow and reverent exploitation« )

  
L'Inde est souvent citée comme un lieu d'harmonie et de respect entre les animaux humains et nonhumains. La vache étant considérée comme sacrée par les hindous, beaucoup en Inde renoncent à manger du bœuf et tirent une inspiration religieuse de la vache. Faire du mal ou tuer une vache peut même entraîner l'emprisonnement ou d'autres actions punitives. Malheureusement, le rôle plus précis que joue la vache dans la culture indienne remet en question cette notion de coexistence respectueuse.

La réalité est que les vaches indiennes restent des propriétés, et donc, leurs intérêts sont invariablement secondaires à ceux des animaux humains, peu importe leur frivolité. Vu l'augmentation exponentielle de la consommation de produits d'animaux nonhumains du à l'occidentalisation, l'exploitation de la vache indienne augmente également alors que les protections traditionnelles pour la vache s'effritent.

Viande.

L'abattage du bétail est en réalité légal dans beaucoup d'états indiens. Au pays de la vache sacrée, au moins 14 millions de tête de bétail ont été abattues pour la viande en 2004. Tous ces animaux abattus pour la viande sont des animaux laitiers et utilisés pour le travail, fatigués ou leur progéniture. Qui plus est, au fur et à mesure que le régime alimentaire occidental se normalise et est subsidié en Inde, la consommation de chair de vache devient de moins en moins taboue.

Produits laitiers.

L'élevage industriel devient la norme en Inde pour répondre à la demande croissante créée par une population grandissante et par l'évolution du goût et des marchés de la globalisation. Cela signifie que de plus en plus d'animaux nonhumains sont élevés et exploités en tant que ressources. Les vaches indiennes utilisées pour les produits laitiers souffrent de façon très similaire par rapport à celles utilisées en occident. Les vaches indiennes doivent endurer les maladies, les infections, les injections hormonales, la production excessive de lait, la séparation immédiate avec leur progéniture, l'insémination artificielle et de multiples grossesses. Les veaux sont séparés de leurs mères et se voient refuser le lait maternel. Les veaux mâles sont souvent laissés à l'agonie avec leur pattes et leurs bouches entravées pour prévenir leur échappée ou qu'ils pleurent ce qui distrairait leurs mères travailleuses. D'autres sont simplement attachés, ce qui mène souvent à l'étranglement lorsque les bébés s'emmêlent en s'efforçant de rejoindre leurs mères. Beaucoup de veaux sont laissés à l'abandon ou sont utilisés pour leur peau et leur viande. Malheureusement, la forte signification religieuse du lait de vache et l'aggravation occidentale de la demande en lait pourraient aggraver les efforts pour contester la dépendance humaine aux produits d'animaux nonhumains.

Cuir.

L'Inde est un des plus grands producteurs de cuir au monde. Le traitement du bétail indien utilisé pour le cuir a été fortement documenté et publié par PETA. Le bétail est souvent délibérément blessé ou empoisonné vu que le bétail sain n'est pas légalement éligible pour l'abattage. Le transport vers l'abattoir implique des marches exténuantes et un transport exigu en véhicule dans des chaleurs épouvantables sans nourriture ou eau. Les vaches sont forcées à obéir à l'aide de bâtons, fouets, en leur brisant la queue, et en frottant des piments sur leurs yeux. A la fin du voyage, le bétail est abattu à la vue de tous les autres.

Errants.

Le bétail errant est souvent laissé à l'abandon dans les rues et taudis de grandes villes. Le bétail en liberté sont soumis à des blessures par automobiles, à la malnutrition, et à l'absence de soins vétérinaires. De plus en plus, ces animaux sont considérés comme une nuisance et rassemblés pour être éliminés.

Le mythe de l'utilisation respectueuse

L'image de la vache sacrée indienne est exemplaire de la relation idéalisée entre les animaux humains et nonhumains qui perpétuent la fantaisie que les animaux nonhumains apprécient en quelque sorte leur exploitation ou en tirent du bénéfice. En réalité, les vaches indiennes (et autres animaux nonhumains supposés "respectés" ou "révérés" par les humains dans toutes les cultures) restent des propriétés et sont de plus en plus traitées comme de simples ressources. Qui plus est, le petit traitement préférentiel qui est attribué à la vache n'est pas fourni aux autres espèces. L'Inde a des problèmes critiques de surpopulation d'animaux de compagnie, d'extinction de la faune, d'animaux nonhumains utilisés pour le tourisme, le divertissement, et une consommation mendiée et grandissante d'autres animaux nonhumains et de leurs produits. La globalisation continue à remettre en cause la culture indienne, désintégrant les traditions religieuses et autres styles de vie qui ont le potentiel de respecter les animaux nonhumains en tant que personnes. Vu ces difficultés, nous devons être particulièrement attentifs aux normes occidentales envahissantes de domination et d'exploitation et méfiants vis-à-vis des notions imaginaires de l'animal nonhumain joyeusement exploité, traité respectueusement ou utilisé humainement.

Au lieu de glorifier des exemples fautifs comme la vache indienne, qui ne servent qu'à masquer et perpétuer l'exploitation, nous devrions au lieu de ça promouvoir le véganisme. Le véganisme respecte les animaux nonhumains comme des personnes et refuse leur exploitation peu importe l'endroit, la religion, la culture ou l'espèce. Et, la compassion et la justice, partie intégrante du véganisme, ne sont pas un mythe.
 
Corey Wrenn 

[Traduction] Vegan Outreach: le but ultime n’est pas le véganisme.

(Traduction de l’article de Corey Wrenn, avec son accord, « Why does PETA euthanize?« ) 

Dans leur newsletter du 17 décembre, intitulée “VO Feedback : se rappeler du but ultime », Vegan Outreach déclare explicitement que leur « but ultime », paradoxalement, n’est pas la promotion du véganisme. Ceci est clarifié dans une déclaration référencée par le co-fondateur et directeur exécutif, Matt Ball :

[ . . . ] « rappelez-vous tout le temps de votre but ultime. Pour ma part, c’est l’atténuation de la souffrance. »


Selon la documentation de Vegan Outreach, « atténuation de la souffrance » peut vouloir dire n’importe quel comportement spéciste : réductionnisme, végétarisme, participation aux réformes de bien-être, etc. Ce « but ultime » est déconcertant, puisque juste dix jours auparavant, Vegan Outreach avait fait cette déclaration sur leur blog :

« Mais de plus en plus d’entre nous ne sont pas satisfaits avec un monde qui semble un peu moins mauvais. Nous voulons un monde qui soit fondamentalement différent, dans lequel les animaux ne sont pas vus comme de la nourriture. »


Comment parviendront-ils à ce changement fondamental s’ils insistent à soutenir la consommation spéciste qui, au fait, continue à percevoir les animaux nonhumains comme de la nourriture ? Comment parviendront-ils à ce changement fondamental s’ils mentionnent le véganisme en tant qu’un moyen parmi d’autres options potentielles ? Qui plus est, Vegan Outreach dérape souvent en présentant le véganisme négativement. Par exemple, dans une présentation en 2009, que Vegan Outreach fait circuler ces derniers temps, le président et co-fondateur Jack Norris décrit le véganisme comme « coincé » et « difficile ». Par ailleurs, met-il en garde, se concentrer sur le véganisme porte atteinte aux dons. Comme nous le savons, les dons sont très importants pour des organisations comme Vegan Outreach. Sans dons, Vegan Outreach ne pourrait pas se permettre de continuer à imprimer de la documentation anti-vegan, et ne pourrait pas se permettre de recruter des utilitaristes « vegans » pour distribuer cette documentation afin d’impressionner les jeunes sur les campus. C’est un système très confus et autonome.

Le véganisme, critique Norris, est une approche « tout-ou-rien ». C’est un triste état de choses quand une organisation qui se nomme Vegan Outreach nous dit que la nonviolence n’est pas du tout-ou-rien. Au contraire, je soutiens que personne ne devrait jamais soutenir le viol, le meurtre, la pédophilie, l’exploitation d’animaux nonhumains, ou toute autre forme de violence : sous aucune circonstance ou à n’importe quel degré. Dénoncer la violence est du tout-ou-rien. Nous n’avons rien à tirer en tolérant n’importe quelle contre les humains et, de même, contre les nonhumains. Mais encore une fois, on devait s’y attendre venant d’un groupe dont le but ultime est la réduction de la souffrance, pas l’élimination de la souffrance.

A la fin de sa présentation, Norris déclare :

« Si vous êtes veg* pour éviter la souffrance animale, dites-le. Au plus les gens entendront cela, au plus tôt ils considéreront cela comme légitime. »

Si seulement il pouvait tenir compte de ses propres paroles et adopter le véganisme. Nous ne pourrons jamais nous attendre à voir apparaître le véganisme comme moins optionnel ou moins « difficile » aussi longtemps que le visage organisationnel du véganisme le présente comme tel. Nous le devons aux animaux nonhumains, de promouvoir sans équivoque le véganisme comme le minimum que nous puissions faire dans notre combat pour mettre fin à la violence et à l’inégalité. Et, comme le dit Norris, au plus les gens l’entendront, au plus tôt ils considéreront cela comme légitime.

[Traduction] Pourquoi est-ce que PETA euthanasie ?

(Traduction de l’article de Corey Wrenn, avec son accord, « Why does PETA euthanize?« )

 

La politique d’euthanasie* de PETA n’est un secret pour personne. Alors que l’organisation fait massivement campagne pour réduire la surpopulation, PETA n’hésite pas à tuer des nonhumains qui ont vraisemblablement un intérêt à continuer à vivre. PETA préfère montrer des images de nonhumains sévèrement malades comme exemple pour expliquer pourquoi ils euthanasient, mais ceux-ci ne sont pas nécessairement les candidats typiques de la liste d’abattage de PETA. PETA euthanasiera des nonhumains « de toute évidence souffrants et misérables », mais ils euthanasieront également des nonhumains qui ont besoin « de bons soins vétérinaires et de resocialisation » ainsi que des nonhumains sauvages. C’est une question de ressources disponibles. Tout à coup, PETA apparait moins comme un ange de la miséricorde mais plutôt comme une entreprise commerciale calculatrice et axée sur l’efficacité. Pourquoi est-ce qu’une organisation des droits des animaux nonhumains s’engagerait dans ce massacre ? Est-ce que ce serait éthique de régler le problème de surpopulation humaine grâce à l’euthanasie ? Certainement pas. Alors pourquoi est-il acceptable d’imposer la mort à des individus nonhumains sentients ?
Nathan Winograd a longtemps critiqué les organisations de sauvetage des nonhumains pour leur recours systématique à l’euthanasie. Winograd affirme que l’abattage d’animaux de compagnie nonhumains n’est pas nécessaire et exhorte les collectivités à adopter des programmes sans euthanasie. Les collectivités sans euthanasie peuvent répondre aux intérêts des nonhumains sans abri et peuvent également créer un changement de paradigme indispensable qui respecte les intérêts des animaux nonhumains, s’occupe de la surpopulation, et remette en cause l’institution problématique de la domestication.

On pourrait assumer que PETA soutienne les initiatives des refuges sans euthanasie. Ce n’est pas le cas. Dans sa mise à jour de leur blog le 14 novembre 2011, PETA critique ce qu’ils appellent « la propagande « sans euthanasie » :

 « si vous pensez que chaque animal – ou même un sur vingt – puisse être placé, alors vous rêvez éveillé » […]

Malheureusement, nous vivons dans un rêve – un cauchemar en réalité – dans lequel des organisations qui prétendent se battre pour les « droits » des animaux nonhumains tuent également des animaux nonhumains.

« Certains sont trop brisés, trop vieux, ou tout simplement indésirables et ne seront pas adoptés. L’euthanasie fut et reste une délivrance pour beaucoup d’animaux, bien que cela brise le cœur à ceux qui choisissent de faire ce geste de bonté ».

Ce genre de remarque illustre un manque regrettable d’ambition. Il n’y a aucune raison de présumer que ces nonhumains resteront à jamais indésirables. Petev, mon vieux Chihuahua, par exemple, a attendu 3 ans dans un refuge sans euthanasie à cause de son mauvais tempérament et de son âge. Il est une joie dans ma vie et je suis tellement reconnaissante vis-à-vis de mon refuge local de l’avoir sauvé. Il n’y a également aucune raison de présumer que nous ne pouvons pas remettre en cause les conditions structurelles qui créent les problèmes auxquels sont confrontés les refuges. Les collectivités sans euthanasie sont l’avant-poste de ce changement.

Derrière l’hypocrisie flagrante d’une organisation des droits se lançant dans le massacre, la politique d’euthanasie de PETA est problématique pour trois raisons supplémentaires. 

Premièrement, PETA est une organisation multi-millionaire. Peut-être que PETA pourrait détourner certaines des ressources perdues en réformes de bien-être contreproductives, en campagnes ciblées, et publicités sexistes, vers les besoins des nonhumains qu’ils prétendent protéger. Tuer des animaux nonhumains alors qu’ils déversent des millions de dollars dans des campagnes inutiles et souvent idiotes ou offensives est une mascarade.

Deuxièmement, PETA perpétue activement la nécessité de l’euthanasie. Il est réellement déchirant que le visage des « droits » des animaux nonhumains dénonce les efforts des refuges sans euthanasie qui travaillent pour sauver des vies et remettent en cause l’idéologie spéciste. Si seulement PETA le voulait, ils pourraient rediriger des ressources vers des solutions nonviolentes et devenir un allié puissant du mouvement sans euthanasie. Mais, lorsque le visage des droits des animaux nonhumains dénonce systématiquement l’option sans euthanasie, il agit à la place comme barrière puissante pour le mouvement sans euthanasie.
Troisièmement, l’hypocrisie de la politique d’euthanasie de PETA ne passe pas inaperçue aux yeux du public. Cela lui donne une raison supplémentaire de discréditer le mouvement des droits des animaux nonhumains comme inconsistant, vicié et carrément fou.
PETA a abandonné le combat, mais il y a encore beaucoup de choses que nous pouvons faire en tant qu’individus pour aider les nonhumains maintenant. Si vous avez les ressources, s’il-vous-plaît adoptez. Si vous ne pouvez pas donner un toit à un chat ou à un chien, soyez s’il-vous-plaît conscient que des lapins, des gerbilles, des hamsters, des poissons, etc sont également dans le besoin. Si vous avez un espace limité, ou peu de temps ou de ressources, appelez votre refuge et demandez s’il y a un nonhumain là-bas qui réponde à vos conditions. ** Si vous le pouvez, adoptez s’il-vous-plaît des individus ayant des besoins particuliers. Si vous ne pouvez pas vous engager à long terme, considérez la famille d’accueil. Plus important, que vous puissiez adopter ou non, vous pouvez aider les animaux nonhumains aujourd’hui en devenant vegan. Devenir vegan signifie réduire la demande pour les produits tirés de l’exploitation des animaux nonhumains et représente également une position politique importante envers l’exploitation de tous les nonhumains.

* Je reconnais que le terme “euthanasie” est problématique. Beaucoup des nonhumains que PETA « euthanasie » ont très vraisemblablement un intérêt à continuer à vivre. PETA pense qu’ils s’engagent dans l’abattage compassionnel, ce qui expliquerait l’utilisation du terme « euthanasie », mais le mot utilisé de cette façon est on ne peut plus euphémique.

** Ce fut certainement le cas pour moi, je vivais dans un studio et je n’étais pas souvent chez moi. Ca s’est avéré être un vrai cadeau pour Petey, qui est vieux, a horreur des promenades et aime dormir toute la journée.

MISE A JOUR

Moins de 24 heures après la publication de cet article, Chris Holbein, directeur adjoint des projets spécifiques a mis à jour le blog de PETA avec un commentaire intitulé : « Pourquoi je ne travaillerai pas dans un refuge ‘sans euthanasie’ »

Holbein fustige les refuges sans euthanasie par rapport à leurs ressources limitées. C’est intéressant puisque PETA n’est certainement pas limité par les ressources, et, comme visage des droits des animaux nonhumains, a le pouvoir de remettre en question l’idéologie pro-euthanasie. PETA  se repose sur des millions de dollars et des milliers de volontaires. Refuser de soutenir les associations sans euthanasie de même qu’un rejet catégorique de ces associations ne peut que signifier plus de morts.
La présomption utilitariste de PETA que les animaux nonhumains n’ont pas un intérêt à continuer à vivre est choquante. Nous ne tuons pas des enfants humains sans abri, malgré le manque d’habitations et le « manque de ressources », alors pourquoi tuons nous des nonhumains ? Pourquoi ne pouvons pas travailler à changer l’idéologie pro-euthanasie et trouver des solutions vivifiantes ? PETA assassine des nonhumains et dégrade ceux qui sauvent des vies : quel mouvement tordu nous avons là. Si PETA ne souhaite pas nous aider dans notre combat pour les droits des animaux nonhumains, ils seraient plus utiles si ils restaient en dehors de ça.

Corey Wrenn.

[Traduction] Compassion Over Killing et Quorn collaborent, les animaux nonhumains perdent

(Traduction de l’article de Corey Wrenn, avec son accord, « Compassion Over Killing and Quorn collaborate, nonhuman animals lose« )


Compassion Over Killing et Quorn collaborent, les animaux nonhumains perdent.

Depuis maintenant quelques années, Compassion Over Killing (ndt : COK) travaille avec de grandes sociétés d’aliments transformés, faisant campagne pour qu’elles incluent plus d’options véganes ou pour réduire leur utilisation d’œuf. Dans leur newsletter du 8 décembre 2011, COK annonce une victoire en convainquant Quorn d’éliminer globalement 3 millions d’œufs de leur production annuelle et d’ajouter une option végane à leur gamme de produits. COK définit l’action de Quorn comme « humaine » et une « décision compassionnelle ». 


« La décision compassionnelle de Quorn d’utiliser moins d’œufs et d’offrir une nouvelle galette végane démontre le leadership de la compagnie dans l’apport de choix de nourriture plus saine et plus humaine sur le marché. »



Est-ce que réduction signifie nécessairement succès ?


L’essentiel est que Quorn est une entreprise qui vend des produits d’animaux nonhumains. Ils font du profit sur la souffrance et la mort. Oui, éliminer 3 millions d’œufs peut sembler réduire la souffrance, mais lorsque un groupe de « droits » des animaux nonhumains fait la promotion de Quorn comme « humain » et « compassionnel », les consommateurs ne sont pas remis en question par rapport à leur consommation continue de ces produits d’animaux nonhumains. En fait, Quorn apparait soudainement comme s’ils étaient concernés par le problème. C’est une bonne affaire. Cette campagne fait également paraître COK comme accompli. Sans surprise, les boutons pour les dons sont idéalement placés à côté de cette mise à jour « succès » sur le site web de COK.


COK déclare que les 3 millions d’oeufs éliminés signifie que 14.000 poules seront épargnées. Au contraire, en renforçant la présence de Quorn et en leur donnant leur cachet d’approbation de société des droits des animaux nonhumains, COK ne fait que renforcer les affaires de Quorn. Cela garantit que les millions de poulets restant continueront à souffrir et que les générations futures continueront à souffrir. Qui plus est, au fur et à mesure que l’entreprise prenne de l’ampleur (grâce aux éloges de COK), encore plus de poulets seront introduits dans le processus de production pour répondre à la demande croissante. Lorsque les consommateurs peuvent se sentir bien en achetant des produits intrinsèquement cruels parce qu’un groupe appelé « Compassion Over Killing » déclare que l’entreprise est « humaine » et « compassionnelle », on ne peut qu’imaginer que les 14.000 poules « épargnées » seront rapidement surpassées vu que plus de produits se vendront. Comment COK peut-il s’attendre à provoquer un réel changement alors qu’on ne demande à personne d’éliminer entièrement les produits immoraux et de devenir vegan ?


Pourquoi collaborer avec les exploitants d’animaux nonhumains ?


Assurément, une disponibilité et une présence accrue de produits vegan est bénéfique pour notre mouvement. Cependant, nous avons plusieurs entreprises entièrement vegan déjà en activité. Il est troublant que COK persiste à collaborer avec des exploitants d’animaux nonhumains alors qu’elle pourrait faire la promotion d’entreprises morales. La réalité est que Quorn fait du profit sur la souffrance et sur la mort. A moins que COK puisse convaincre Quorn de devenir une entreprise végane (ce qui est peu probable et reste une utilisation inefficace de précieuses rares ressources), leur affiliation avec l’entreprise ne fait qu’améliorer son image publique. COK servirait mieux le mouvement si elle se concentrait sur la sensibilisation végane pour augmenter le nombre de vegan. Les produits vegan augmenteront naturellement en parallèle à la demande d’une population vegan grandissante. Mais, si COK persiste à détourner des ressources vers l’augmentation de la disponibilité de produits, il serait sage de consacrer leur énergie à la promotion d’entreprises éthiques qui ne font pas du profit sur l’exploitation.


*Note intéressante : En faisant des recherches pour cet article, j’ai découvert que sur la page « A propos de nous » de Quorn, ils déclarent être « sans cholestérol » :

« Nos ingrédients (comme l’émincé et les morceaux de Quorn) ne contiennent absolument aucun cholestérol : parfait pour un régime alimentaire sain pour le cœur. En fait, des études récentes suggèrent que manger des mycoprotéines pourrait aider à réduire le cholestérol. »

Ceci est choquant et délibérément trompeur. Tous les produits de Quorn, sauf un, contiennent des ingrédients d’animaux nonhumains qui sont intrinsèquement chargés en cholestérol. Je suppose qu’ils se réfèrent à l’apport myco-protéinique qu’ils utilisent comme étant sans cholestérol, mais leurs produits finis ne sont certainement pas sans cholestérol ! L’approbation de Compassion Over Killing n’aide certainement pas à dissiper la confusion par rapport aux préoccupations éthiques (et de santé) de cette entreprise non-végane.


Corey Wrenn