[Traduction] Le vegan confus

(Traduction de l’article « The confused Vegan » d’Emmy)

Durant les premières années de mon véganisme, j’étais une personne très confuse.

Je croyais en la promotion du véganisme et était passionnée par les droits des animaux. J’étais membre de Peta2 (PETA pour jeunes), et je les supportais, ainsi que quelques autres grandes organisations de « Droits des animaux ». Cependant, beaucoup de leurs actions me laissaient perplexe.

Lorsque SAFE en Nouvelle Zélande a diffusé à la tv le reportage undercover sur l’élevage intensif, je ne pensais pas que c’était une bonne chose. Car il n’y avait aucune mention du véganisme. Seulement la promotion des produits animaux plein-air.

Lorsque PETA a fait campagne contre KFC pour l’utilisation de l' »abattage à atmosphère contrôlée » sur leurs poulets au lieu de leur trancher la gorge, je ne pensais pas que c’était correct. Les poulets perdaient quand même la vie, de toute façon.

Un jour sur les forums Peta2, un fermier se plaignait que nous essayions de lui faire faire faillite. J’étais la première personne à laisser un commentaire, et j’ai dit que je ne cautionnais simplement pas la violence, et que les vies de ces animaux leur étaient tout aussi importantes que les nôtres à nos yeux. Tous les autres sur le forum, cependant, lui ont assuré qu’ils aimaient les petites fermes familiales où les animaux étaient bien traités, et que c’étaient seulement les grandes exploitations industrielles qu’ils essayaient de faire fermer. Je me suis en réalité sentie embarrassée, et je me suis demandée si j’avais dit ce qu’il ne fallait pas.

Est-ce que j’étais une mauvaise militante pour les droits des animaux car je ne cautionnais pas les campagnes de PETA ou SAFE ? Est-ce que je devrai faire la promotion des campagnes de bien-être comme eux ? Je ne pensais pas que ça aiderait les animaux, car ils seraient de toute manière abattus au final, mais on dirait que c’était ce pour quoi tous les vegans et les militants des droits des animaux faisaient campagne. J’étais vraiment très confuse.

Et puis un jour, je suis tombée sur le Professeur Gary Francione sur Twitter. Après avoir lu certains de ses « tweets » je me suis dit, Enfin, quelqu’un qui est logique ! Quelqu’un faisant campagne pour la fin de l’utilisation animale – pas pour un meilleur traitement! J’ai ensuite découvert l’approche abolitionniste des droits des animaux. J’ai rencontré d’autres vegan abolitionnistes sur Twitter. Et soudainement, je ne me sentais plus seule, ou je ne pensais plus être dans le faux.

Maintenant je me demande; combien d’autres personnes ressentent la même chose que moi à l’époque ? Combien de vegan confus supportent PETA et autres parce qu’ils sont soit-disant pour les « droits des animaux », mais ne sont pas d’accord avec leurs campagnes ? Combien de végétariens n’ont pas entendu parler du véganisme car personne ne leur en a parlé ? Combien d’omnivores qui paient de l’argent supplémentaire pour acheter des produits plein-air en pensant aider les animaux ?

C’est la raison pour laquelle je pousse les gens à faire la promotion du véganisme, et à encourager les autres à le promouvoir aussi. Vous n’avez pas besoin de faire partie d’une grande organisation pour le bien-être des animaux pour aider les autres animaux. Parlez aux autres du véganisme, et ne promouvez que le véganisme. Les gens peuvent décider eux-même s’ils opteront pour le plein-air, le végétarisme, ou le véganisme après que vous leur en ayez parlé, mais je ne compromets jamais mon message et ne déclare que rien de moins que le véganisme est ok — ca serait tout simplement spéciste.

Depuis que je suis devenue vegan à 13 ans, j’ai toujours cru à la promotion du véganisme. J’ai toujours vu ça du point de vue de l’animal. Si c’était moi à l’abattoir, si j’étais esclave d’une autre espèce, peu m’importerait une plus grande cage ou d’être gazée à mort au lieu d’avoir la gorge tranchée. Ce que je désirerai le plus, et ce que j’espérerai pour le futur de mes enfants, serait de ne plus être considérée comme la propriété de quelqu’un d’autre. Un individu au contrôle de sa propre vie.

Libre.

Emmy

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[Traduction] L’opposition confirme mon objectif.

(Traduction de l’article de Dan Cudahy et d’Angel Flinn, « Opposition confirms my purpose »)

J’ai écrit cet article avec Angel Flinn, qui est directrice d’éducation pour Gentle World — une communauté d’intention végane et organisation à but non lucratif dont l’objectif est d’aider à construire une société plus paisible, en éduquant le public par rapport aux raisons de devenir vegan, les bénéfices du véganisme, et comment faire la transition.

Cet article fut publié initialement le 29 février 2012 sur Care2.
-Dan Cudahy, auteur de Unpopular Vegan Essays

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« Je trouvais les esprits des gens étrangement indifférents au sujet de l’esclavagisme. Leurs préjugés étaient invincibles—plus forts, si possible, que ceux des esclavagistes. Les objections fusaient de toutes parts ; les excuses pour le système abominable saluaient constamment mes oreilles ; des obstacles étaient industriellement placés sur mon chemin… Ce qui était encore plus décourageant, mes meilleurs amis – sans exception —  me suppliaient d’abandonner mon combat ! Ce n’était pas à moi (soutenaient-ils) à utiliser mon temps, et talents, et services, là où la persécution, le reproche et la pauvreté étaient la seule récompense certaine. Mon projet était visionnaire—fanatique—inatteignable… Mais l’opposition ne servait seulement qu’à augmenter mon ardeur, et confirmer mon objectif. »

~ William Lloyd Garrison (Juillet 14, 1830)

Nous vivons dans un monde où la grande majorité des gens considèrent comme parfaitement acceptable d’oppresser et exploiter d’autres animaux, malgré le fait que nous n’avons aucune justification morale pour ça.

Chaque année aux Etats-Unis, approximativement dix milliards d’animaux terrestres sont tués, après avoir été intentionnellement mis au monde et asservis, tout ça pour le profit humain. Dans le monde, le nombre atteint approximativement 56 milliards annuellement. Lorsque nous comptons les animaux vivant dans l’eau, on ajoute des dizaines ou centaines de milliards chaque année.

Tous ces animaux sont aussi innocents que des enfants, mais nous les traitons comme si le fait d’être né en tant que membre d’une espèce différente est un crime passible de prison à perpétuité, souvent accompagné de torture, et s’achevant par la peine de mort. En réalité, pour la grande majorité d’entre eux, les vies qu’ils sont forcés de vivre sont tellement insupportables qu’une mort prématurée – elle-même n’étant que souffrance – pourrait en théorie servir d’espèce de délivrance miséricordieuse d’une vie de souffrance physique, psychologique et émotionnelle.

Le véganisme généralisé est le seul espoir qu’ont ces êtres non-humains d’atteindre l’émancipation de leur existence brève et brutale. Un tel changement fondamental dans notre société ne sera provoqué que par un changement radical de paradigme moral semblable à ceux qui ont résulté en abolition de l’esclavagisme humain et au droit de vote pour les femmes.

Les changements de paradigme, cependant, ne se produisent pas d’eux-mêmes. Ils sont causés par de petits groupes de gens dans la société – toujours considérés comme « radicaux » à leur époque – qui éduquent de manière persistante les autres sur des dizaines années par rapport à la nécessité de changement. En effet, William Lloyd Garrison fonda The Liberator, un journal hebdomadaire anti-esclavagisme, en 1831, et ce ne fut qu’après 34 ans et une des guerres les plus sanglantes sur le sol des Etats-Unis* que l’esclavagisme fut finalement aboli en 1865. De manière similaire, le porte-parole du mouvement pour le droit de vote des femmes fut John Stuart Mill en 1865, mais les femmes n’obtinrent le droit de vote qu’en 1918 au Royaume-Uni et en 1920 aux Etats-Unis.

* Notons que William Lloyd Garrison, les auteurs de cet article, et l’approche abolitionniste des droits des animaux rejettent la violence et ne supportent seulement que l’éducation non-violente et le dialogue raisonnable comme moyens pour une justice sociale, peu importe la cause.

Dans leurs efforts pour éduquer et s’engager dans la désobéissance civile au nom de nobles causes, les abolitionnistes et suffragistes ont enduré le ridicule, la colère, l’emprisonnement, et des menaces de mort, autant du régime lui-même que des contre-mouvements formés par des citoyens ayant un intérêt à ce que la situation actuelle soit maintenue.

Un abolitionniste ou suffragiste calme n’embêtait personne. Respecter « le choix personnel de chacun » via un silence déférent était considéré comme « modéré et respectable » par ceux dévoués au statu quo. Remettre en cause l’injustice via l’éducation morale était considéré comme « imbu », « offensant », « extrémiste » et « rebutant ».

Prenez, par exemple, la citation suivante de 1847, dans laquelle le partisan de l’esclavagisme humain, Joseph W. Lesesne, critique les militants anti-esclavagisme et le mouvement abolitionniste :

“La conduite des abolitionnistes a été des plus atroces. Aucun mot n’est assez fort pour la dénoncer. L’impudence éhontée avec laquelle ils ont piétiné la constitution, et leurs artifices mesquins et misérables pour nous priver de notre propriété d’esclaves devraient faire l’objet du mépris de toute l’Union.”

Au plus la position d’un militant est directe et sans équivoque, au plus de résistance il ou elle rencontre.

Et il en est ainsi aujourd’hui avec les vegans. Malgré le fait que nous soyons si clairement du côté de la justice pour tous les êtres sentients, nous devons nous attendre à rencontrer de la résistance la plupart du temps. En tant que solides éducateurs et militants vegans, nous devons nous attendre à être rejetés, dénaturés, et à être soumis à toute forme de traitement estimées comme les plus efficaces par ceux qui s’opposent à nous pour décourager nos efforts. Reconnaître et accepter la situation pour ce qu’elle est, et réaliser que d’autres mouvements de justice sociale ont fait face à une résistance et une critique similaire pendant de nombreuses dizaines d’années, peut également nous aider à persister dans nos efforts pendant de nombreuses dizaines d’années.

En dehors du fait d’être simplement du côté justifié d’une cause, une raison majeure pour laquelle les mouvements de justice sociale du passé ont réussi était la persistance. Réaliser que même le militantisme le plus efficace prendra des dizaines d’années, plutôt que des mois ou années, pour voir ses objectifs atteints peut nous donner la perspective dont nous avons besoin pour prévaloir au final en évitant le burnout inhérent à l’activité obsessionnelle, les attentes irréalistes, et l’accent sur le court-terme pour des résultats à court-terme. Nous devrions reconnaître qu’il peut être parfois bénéfique de faire une pause et recharger nos batteries, et que, à côté de notre plaidoyer personnel, il est important que nous nous efforçons de maintenir une bonne santé physique, mentale et émotionnelle, afin d’être aussi efficace que possible dans nos efforts pour éduquer et inspirer les autres.

Alors persistons sans relâche dans la lutte pour la justice à un rythme que nous pouvons maintenir aussi longtemps que nécessaire. Ne mesurons pas nos progrès en « victoires » insignifiante de bien-être, qui, pendant le peu de temps qu’elles durent, ne servent seulement qu’à perpétuer le paradigme de l’exploitation et à rendre plus à l’aise le consommateur par rapport à leurs achats de produits animaux. Mesurons à la place le progrès en terme d’augmentation de vegans éthiques, de diminution de consommation de produits animaux, l’augmentation d’alternatives véganes, et la transformation graduelle de la conscience collective, qui, il y a encore 65 ans , n’avait même pas de mot pour décrire quelqu’un comme étant ‘vegan’.

Avec le temps, la puissance irrépressible de la justice triomphera, lorsque nous surmonterons le préjudice honteux et la discrimination abjecte qui tente de justifier et maintenir le statut moral des animaux comme étant des propriétés économiques et des marchandises échangeables. Avant que ce jour n’arrive, utilisons toute opposition venant à notre rencontre pour renforcer notre ardeur, et confirmer notre objectif.

S’appuyant sur la sagesse d’une des autres grandes voix du mouvement anti-esclavagisme du 19e, Frederick Douglass,

« Ceux qui professent vouloir la liberté, mais refusent l’activisme sont des gens qui veulent la récolte sans le labour de la terre, la pluie sans le tonnerre et les éclairs : ils voudraient l’océan, mais sans le terrible grondement de toutes ses eaux. Le pouvoir ne cède rien qu’on ne lui ait arraché. Il ne l’a jamais fait et ne le fera jamais. »

Dan Cudahy Angel Flinn

[Traduction] La liberté de subir un préjudice.

(Traduction de l’article de Rob Johnson, « The Freedom to be prejudice »)
 
Liberté d’expression

Une chose est claire lorsque vous discutez avec des militants des animaux – la liberté d’expression est un concept important. N’importe quel militant pour le compte des non-humains doit être d’accord avec de telles idées pour deux raisons :

a)   Les humains sont des animaux, et donc on ne devrait pas leur refuser les droits fondamentaux que leurs intérêts requièrent, et
b)   Le militantisme pour les animaux pourrait largement être réduit au silence sans de telles libertés. La majorité des personnes dans notre société marque son accord sur l’exploitation animale de manière générale, et la liberté d’expression défend principalement la liberté de s’exprimer par rapport à une position impopulaire.

Où nous limitons nos libertés individuelles

La liberté d’expression s’arrête là où d’autres droits, plus vitaux, sont enfreints. Nous ne permettons pas aux gens de proférer des slogans racistes ou homophobes quand ça leur chante, par exemple, vu les dégâts que cela provoque. Nous voyons toujours des gens assassinés parce qu’ils étaient de la mauvaise couleur, et des écoliers se suicidant parce qu’ils étaient attirés par le mauvais sexe. Défendre le droit des gens à proférer des slogans racistes ou homophobes au visage des autres est donc un extrême de la liberté d’expression que beaucoup rejetteront sur base rationnelle. Oui nous devrions avoir le droit de dire ce que nous pensons avoir de l’importance – mais pas lorsque ce discours est irrationnel, et constitue quelque chose qui fait du tort à d’autres personnes de manière substantive.

Mettre une limite

La ligne tracée entre la liberté d’expression et le discours haineux (les exemples utilisés plus haut) est fort mince. La seule garantie que l’étiquetage d’un commentaire soit correcte, est lorsque nous engageons cette opinion et écoutons les réactions. Par exemple, nous avons écouté le point de vue que les noirs ont moins le droit d’être au Royaume-Uni que les blancs, nous n’avons trouvé aucune preuve soutenant cela (quelle preuve pourrait-il y avoir ? Rien d’autre si ce n’est le préjugé est fourni), et par la suite nous devrions rejeter et/ou contrer les incidences en conséquent.

Cette étape d’engagement est cependant importante. Nous devons engager ces positions, sinon nous maintenons seulement nos préjugés personnels pour les détruire. C’est le problème, pas la solution. Cependant, une fois que nous savons qu’une position est résolument immorale (comme le commentaire par rapport aux noirs ayant moins de droit de résider au Royaume-Uni que les blancs) nous n’avons pas à nous sentir obligés de l’entendre à nouveau. Et en effet, si nous commençons à l’engager encore et encore, à créer des forums en public où nous discutons avec des racistes connus sur le sujet, à écrire des articles dans lesquels nous considérons la question, ou à promouvoir la personne clamant cela afin de démarrer un débat, nous faisons totalement fausse route.

Cette erreur est née d’un malentendu par rapport au fonctionnement de la société. Ce n’est pas une déclaration controversée de supposer que les humains, de manière générale, gravitent vers ce qui est moralement juste (une fois que c’est découvert). Cependant, si cette chose moralement juste est déformée jusqu’à être promue comme une différence d’opinion, plutôt qu’une différence entre le préjudice et la rationalité comme c’est réellement le cas, alors vous ne donnez automatiquement aux gens qui maintiennent cette croyance aucune raison de changer d’avis. De manière similaire, vous donnez aux nouvelles personnes entrant dans le débat, sans réelle opinion, l’idée que leurs propres préjugés sur la question peuvent être maintenus de manière acceptable.

La tyrannie de la majorité des ‘défenseurs des animaux’

Cela nous enseigne quelque chose par rapport à l’éthique animale. En particulier, cela nous apprend quelque chose par rapport au débat abolitionniste-neo welfariste.

Le neo-welfarisme est aujourd’hui la norme. Tous les grands groupes promeuvent le neo-welfarisme, et ce malgré le fait que cela ne crée pas un grand nombre de vegans ( < 00,5% de la société est végane à un moment donné – donc ça ne parle pas aux non-vegans), la plupart des vegans sont donc d’accord avec le discours neo-welfariste ‘toute action pour les animaux est bonne à prendre’ et au moins cela ‘fait de la publicité pour le sort des animaux’. Ils pensent cela, de manière compréhensible, à cause de leurs propres anecdotes, ils sont devenus vegan de cette manière, ou par rapport à d’autres vegans qu’ils connaissent qui le sont devenus de cette manière. Ils ne considèrent pas la théorie de l’abolitionnisme, qui pointe les raisons pour lesquelles le neo-welfarisme crée un mur entre le véganisme et 99.5% de la société – et ils n’ont pas besoin de le faire car le neo-welfarisme reste la norme et est encore promu/perpétué par la plupart des militants des animaux.

Vu l’irrationalité du neo-welfarisme, (comme discuté en long et en large sur ce site, avec des articles traitant du problème des campagnes ciblées jusqu’aux articles traitants des campagnes de régulation du bien-être), on pourrait être pardonné de le pointer comme l’un des grands problèmes de la société – et d’estimer qu’il s’effondrera  rapidement et naturellement au fur et à mesure que les gens apprendront la vérité. Il y a beaucoup à dire par rapport à cette prédiction (si les militants informés sont actifs pour y arriver), et le fait que l’abolitionnisme soit passé d’un mouvement marginalisé inconnu à un mouvement social bourgeonnant est peut-être un signe de changement. Cependant, il y a une grande différence entre la question animale en gros, et tous les autres changements sociaux de l’histoire.

La tyrannie de ceux ayant voix

Pensez à l’abolition de l’esclavagisme dans le monde occidental, l’octroi de droits égaux aux femmes et aux gens de couleur, la dé-stigmatisation progressive de l’homosexualité…ils fournissent tous des niveaux de liberté aux êtres humains. Pour toutes ces questions, les gens ont commencé à abandonner leur volonté de s’accrocher à des préjugés, et ont abandonné leur foi en leurs diverses preuves anecdotiques qui, pensaient-ils, prouvaient qu’ils ‘avaient raison d’avoir ces préjugés’. Ils ont fait cela (du moins en partie) parce qu’il devenait socialement intolérable d’avoir à défendre un préjugé et donc de faire du tort à votre réputation sociale (les interactions sociales étant manifestement précieuses dans toute culture humaine), mais qui plus est, ces mouvements d’égalité se sont répandus car les personnes souffrant dans n’importe lequel de ces groupes oppressés pouvaient aborder l’oppresseur par rapport à cela. Comment défendez-vous votre propre préjugé directement face à la personne contre laquelle vous l’avez ? Au fur et à mesure que les femmes, personnes de couleur et homosexuels exprimaient de plus en plus leurs intérêts, cela créa toutes sortes de penchants sociaux pour faire ce qui est juste. Et à le faire rapidement.

Le problème que nous avons avec les animaux est qu’ils ne parlent pas le langage humain. Il est peu probable qu’un cochon vous approche pour vous parler de votre préjugé le considèrant comme un morceau de viande à manger, plutôt que comme un individu qui mérite sa propre vie. Ainsi, il incombe à ceux d’entre nous ayant voix de commencer à parler. Cependant, vu l’absence de voix venant des oppressés du  spécisme, cela crée toutes sortes de problèmes qui nous demandent d’aborder l’abolition du spécisme d’une manière légèrement différente que si nous nous élèverions contre le racisme. La similitude cruciale cependant est d’être sans équivoque dans la manière dont nous condamnons le préjudice.

Ce qui est le plus problématique pour les animaux n’est, ironiquement, pas ceux qui sans le savoir se livrent au spécisme en consommant des produits animaux (ce sont les symptômes du spécisme, et cèderont au fur et à mesure que l’antispécisme grandira, et que l’éducation végane maintiendra sa croissance – c’est de la théorie sociale de base). Ce qui est le plus problématique ce sont les militants qui reconnaissent le problème du spécisme et qui pourtant n’adoptent pas une position sans équivoque, ne sont pas des antispécistes sans équivoque et donc finissent par ralentir tout mouvement pour l’égalité. Ce sont les cas problématiques pour les animaux. La seule chose dont nous soyons certains par rapport au changement social est qu’il agisse comme une boule de neige – si un mouvement est rationnel, alors au fur et à mesure que des personnes s’impliqueront, au plus de personnes seront susceptibles de s’impliquer dans une question sociale. Il se déplace comme une boule de neige, gagnant de l’allure. Les gens qui promeuvent des réformes de bien-être ou des campagnes ciblées freinent cette boule de neige. De même, les gens qui cherchent à accroitre le dialogue au nom du welfarisme et des campagnes ciblées sans constamment pointer leur irrationalité finissent par légitimer les normes, et nous maintiennent au même endroit moral.

Utiliser les idéaux libéraux humains à tort

Ce problème ne s’est jamais présenté de manière significative auparavant pour de nombreuses questions de changement social, car les oppressés pouvaient toujours revendiquer leurs intérêts eux-mêmes – ils ne devaient pas donner les pleins pouvoirs aux militants privilégiés pour faire des réclamations douteuses en leur nom, et donc ralentir ou entraver le mouvement pour leur égalité. Martin Luther King n’a pas dû laisser les gens blancs de classe moyenne décider de faire campagne seulement contre les attitudes racistes dans les transports publics pour leurs propres raisons stratégiques – à la place, les oppressés prirent eux-mêmes la parole, et dénonçaient le préjugé pour ce qu’il était.

Mais voici ce qui se passe pour les droits des animaux. Les animaux ne peuvent pas parler et dire ‘Des plus grandes cages ? Sortez-moi de cette fichue cage !’ ou ‘Mettre fin à l’exploitation de la fourrure ? Quid de toute l’exploitation, je n’ai pas moins de valeur qu’un phoque !’. Et donc les militants des animaux ne sentent manifestement pas le besoin d’avoir à écouter les intérêts des animaux. Ils incluent en conséquence le spécisme dans leur militantisme, sur le plan tactique, basé sur leur propre preuve anecdotique qu’ils sont devenus vegan avec ce genre de campagnes etc.

Et qui plus est, puisque les animaux ne peuvent pas demander qu’on entende leurs propres intérêts par rapport au militantisme, les militants en font une question de propres droits libéraux, plutôt que de droits des animaux. Par exemple, lorsque des tactiques spécistes sont saluées, ou débattues comme si elles étaient parfaitement légitimes, toute atteinte à cette louange/légitimité est susceptible d’être cataloguée comme ‘fasciste’, ‘censure’, ou autre accusation antilibérale. Ces militants défendent leur droit de ‘penser par eux-mêmes’, et l’utilisent comme un droit à ne pas prendre en compte toute critique. Certains maintiennent être abolitionnistes, voir même antispécistes tout en valorisant leurs propres intérêts comme étant plus importants que ceux des autres animaux.

Si la raison nous apprend quoi que ce soit, c’est que le discours rationnel n’est pas seulement agréable à avoir, mais dans un mouvement pour des individus qui n’ont pas la parole, il est primordial d’avoir un discours rationnel. Et pas un militantisme ‘tout est permis’ qui favorise vos propres opinions au détriment des animaux, pas d’interviews où nous ‘apprenons’ quelque chose des personnes intrinsèquement spécistes qui veulent ‘aider’ les animaux d’une certaine manière plutôt que de les contester à chaque occasion. Seul le discours rationnel fonctionnera.

Rob Johnson

[Traduction] L’importance d’être vegan

(Traduction de l’article de Dan Cudahy et d’Angel Flinn, « The importance of being vegan)

J’ai écrit cet article avec Angel Flinn, qui est directrice d’éducation pour Gentle World — une communauté d’intention végane et organisation à but non lucratif dont l’objectif est d’aider à construire une société plus paisible, en éduquant le public par rapport aux raisons de devenir vegan, les bénéfices du véganisme, et comment faire la transition.

Cet article fut publié initialement le 8 juillet 2011 sur Care2.

-Dan Cudahy, auteur de Unpopular Vegan Essays

« Si un homme aspire à une vie juste, il doit commencer par s’abstenir de faire du mal aux animaux.”

Leo Tolstoy

Intellectuellement, la plupart d’entre nous s’accordent qu’infliger un mal dispensable est injustifié – que les victimes soient humaines ou pas. Et pourtant, la plupart des mêmes personnes qui souscrivent à cette croyance sont prêtes à fermer les yeux en regard d’un tel préjudice lorsqu’elles perçoivent elles-mêmes une sorte d’avantage à cela – que les bénéfices soient sous forme de nourriture, de possessions, de vanité ou d’amusement.

 
Malheureusement, puisque la violence généralisée envers les animaux sous forme d’ « agriculture », de « recherche » et même de « divertissement », est acceptée par la société dominante et ses systèmes légaux, la majorité des gens ont tendance à refuser de voir cette brutalité pour ce qu’elle est, et de sortir du conditionnement persuasif qui rend possible ce genre d’atrocités.
 
Il est vrai que de plus en plus de personnes commencent à s’exprimer par rapport aux nombreux abus odieux qui se produisent dans l’industrie animale, et le mouvement pour « améliorer les conditions » de ces animaux continue de gagner en popularité. Et pourtant, chacune des horribles pratiques contre lesquelles les militants des animaux protestent passionnément – confinement intensif, insémination forcée, séparation de mère et enfant, castration, écornage, débecquage, mulesing, dégriffage, brûlures à vif, mue forcée – toutes ces horribles procédures, et bien d’autres, existent parce qu’un nombre toujours croissant de consommateurs humains continue de créer de la demande pour des produits animaux. Pour une industrie qui voit des êtres sentients comme des unités économiques – des machines à engranger l’argent – il est inévitable qu’une telle violence sera considérée comme un moyen acceptable en vue de fournir des produits qui créent un bénéfice.
 
Dans tous les cas, même si chacune des pratiques mentionnées plus haut étaient abolies, cela resterait immoral et inexcusable d’utiliser d’autres êtres sentients comme ressources. Dans le monde d’aujourd’hui, les alternatives véganes sont disponibles pour chaque usage significatif pour lequel nous utilisons actuellement des animaux*. Un nombre grandissant de personnes adoptent le véganisme comme solution aux problèmes que nous expérimentons en tant qu’individus et en tant que société – de nos nombreux problèmes de santé, à l’urgence environnementale, en passant par le problème de violence croissante – tous nous faisant craindre pour le futur dans une certaine mesure.
*NB: Bien que des produits animaux soient utilisés pour certains objets pour lesquels on ne trouve pour l’instant pas d’alternatives de consommation – comme les ordinateurs et les pneus de voiture – il y a des alternatives qui pourraient être facilement utilisées dans leur fabrication.
 
Au fur et à mesure que ce mouvement pour l’émancipation animale croit en taille et force, un exemple fort est montré par les individus qui refusent de prendre quelque part que ce soit à l’oppression brutale d’innocents dans ce que nous appelons « industrie animale ». Des hommes et des femmes, partout dans le monde, simplement en vivant en tant que vegan(e)s, démontrent qu’il n’y a aucune justification morale au mal que nous infligeons aux animaux.
 
Certains pourraient tenter de justifier la consommation de produits animaux pour des raisons de santé. Et pourtant, un nombre croissant de professionnels de la médecine commencent à réaliser que non seulement les régimes alimentaires végétaliens sont nutritionnellement complets, mais qu’ils sont en réalité plus nourrissants et bien moins néfastes que leurs homologues à base d’animaux. En outre, le public commence à réaliser que bon nombre des dangers associés au régime alimentaire – maladie du cœur, cancer, attaques cardiaques, obésité, diabète, et bien d’autres – sont exacerbés par la consommation de produits animaux, et peuvent en réalité être évités en adoptant un régime alimentaire vegan.
 
Selon la plus grande organisation mondiale sur l’alimentation et des professionnels en nutrition, l’association américaine de diététique (AAD) :
 
« … les  alimentations    végétariennes    bien conçues  (y  compris  végétaliennes) sont bonnes pour la santé, adéquates sur  le  plan  nutritionnel  et  peuvent être bénéfiques pour la prévention et le traitement de certaines maladies… Les    alimentations    végétariennes bien conçues sont appropriées à tous les âges de la vie, y compris pendant la  grossesse,  l’allaitement,  la  petite enfance,  l’enfance  et  l’adolescence, ainsi que pour les sportifs. »
 
En d’autres mots, la position officielle de la – très conservatrice – AAD est que inclure des produits animaux dans son régime alimentaire n’est non seulement pas nécessaire, mais peut en réalité être nocif pour notre santé.
 
Quid de nos autres utilisations d’animaux ? Le cuir, la laine, la soie, la fourrure, les produits de toilette, les cosmétiques, le divertissement, le sport, la grande majorité de notre expérimentation, tout cela n’est clairement pas nécessaire selon tout concept cohérent du mot « nécessaire », vu qu’on trouve des alternatives véganes pour tout cela.
 
Le véganisme n’est pas une philosophie marginale : c’est un fondement moral qui est compatible avec les croyances que la plupart d’entre nous ont déjà. Le véganisme revient simplement à s’abstenir de participer à l’utilisation dispensable et préjudiciable d’êtres sentients. Vu que la plupart d’entre nous sont naturellement opposés à la violence dispensable, devenir et rester vegan n’est pas une question de changer une quelconque conviction morale. Cela requiert tout simplement de nous que nous soyons prêts à changer les habitudes que nous avons développées qui nous empêchent de vivre selon nos principes. Chacun(e) d’entre nous a été conditionné(e) par la propagande d’une société hautement spéciste, une culture mondiale qui est extrêmement préjudiciée contre les intérêts de ces animaux qui n’ont pas eu la chance de venir au monde sur cette planète sous une forme humaine. Et pourtant, chacun(e) d’entre nous a le pouvoir de se libérer de cet endoctrinement. Devenir vegan est simplement reconnaître et admettre qui nous sommes vraiment, c’est l’opportunité de devenir ce que nous serions si personne ne nous avait appris qu’il est normal de tourner le dos aux besoins et aux droits de nos frères animaux, qu’il est normal d’ignorer leur douleur si cela nous apporte du plaisir.
 
Est-ce que le véganisme est un sacrifice ? Pas du tout. Au contraire, c’est le choix de chacun des non-vegans qui sacrifie notre propre bonté intérieure. Une fois que vous prenez la décision de vivre en accord avec vos valeurs, les récompenses, sous forme d’un corps plus sain, d’un esprit plus clair, et d’une conscience plus paisible, seront à la fois profondément apparentes et une source de joie continue.
 
Et même si le véganisme nous demande d’abandonner certains de nos plats favoris, vêtements adorés, et habitudes chéries, est-ce que cela a vraiment de l’importance ? L’institution de l’esclavagisme et le traitement d’êtres sentients en tant que « choses »,  qu’ils soient humains ou non-humains, sont intrinsèquement et gravement injustes. Les changements que nous demande le véganisme, et les avantages que nous apporte le véganisme, sont sans rapport avec la véritable question morale :
 
Est-ce que le gout d’une nourriture particulière, ou la manière dont vous vous sentez dans votre paire de chaussures favorites ou dans votre manteau d’hiver, sont plus importants que la vie et la liberté d’un autre être vivant, sentient ?