[Traduction] Sur les vegans ‘sermonneurs’ et ‘dogmatiques’

(Traduction de l’article de Maya Shlayen, « On Preachy and Dogmatic Vegans« )

Lorsque les vegans essayent de discuter d’éthique animale avec des non-vegans, nous sommes souvent rejetés car étant moralisateurs ; on nous demande de ne pas imposer « notre » moralité aux autres, comme si la moralité était quelque chose de personnel dont seuls certains individus peuvent se réclamer. Au plus nous sommes cohérents par rapport au fait de ne pas participer à l’exploitation animale, et au plus nous discutons de ce problème – qu’importe si nous sommes polis – au plus nous sommes dénigrés comme étant ‘absolutistes’, ‘intolérants’, ‘vegangéliques’, etc.. On nous bassine sur la prétendue nécessité de modération sur la question animale.
Mais pourquoi les vegans ne devraient-ils pas discuter avec les non-vegans de la participation de ce dernier groupe à quelque chose qui peut tout à fait être immoral ? L’éthique animale, après tout, n’est pas différente de tout autre aspect fondamental de la moralité – utiliser des non-humains comme moyens pour nos fins est soit juste soit immoral. Cela ne peut être une question de préférence ou de culture personnelle pas plus que tout autre problème basique impliquant des humains. Après tout, personne ne pense que l’esclavagisme humain, le viol, l’attouchement sur mineurs, ou la violence conjugale soient des questions d’opinion personnelle ou de préférence. Traiter la question animale différemment est simplement spéciste. [En français]
Le fait que les humains aient exploités des non-humains depuis longtemps – tellement longtemps, en réalité, que nous prenons ça comme acquis, comme étant l’ordre “naturel” des choses – n’excuse pas que nous continuions à le faire. Tout comme la vérité scientifique, notre compréhension de la vérité morale est en constante évolution. De nouvelles preuves et considérations sont portées à notre attention, nous demandant de réévaluer nos suppositions par rapport à nous-même et au monde dans lequel nous vivons. Nous savons maintenant, par exemple, que les humains peuvent subsister par un régime alimentaire végétal [En français], et nous avons développé des alternatives acceptables à l’habillement et la fabrique animale. Donc, continuer à exploiter des animaux revient, à ce stade, à infliger de la violence inutile aux animaux – chose avec laquelle toute personne raisonnable conviendra que ce n’est pas souhaitable. Il incombe à ceux qui participent à la violence inutile de justifier pourquoi ils le font. On ne demande pas aux non-violeurs d’expliquer pourquoi ils s’abstiennent de participer à la violence inutile ; on ne devrait pas non plus demander cela aux vegans.
Orienter la discussion en termes de vegans étant ‘dogmatiques’, ‘fondamentalistes’, ou ‘vegangéliques’ revient à oublier que, contrairement aux dogmes religieux, le véganisme – et les droits des animaux – peut être défendu sur une base rationnelle. Et si l’utilisation animale est injuste, alors il serait assez irresponsable que nous n’en parlions pas. Ceux qui dénoncent les vegans « imposant leur morale » aux non-vegans s’arrêtent rarement pour réfléchir à leurs propres actions quotidiennes imposant souffrance extrême et mort aux animaux, ainsi qu’une dégradation extrême de l’environnement.
Compte tenu de l’omniprésence du spécisme dans notre société, et du fait que la plupart des gens n’ont pas eu la chance de considérer le véganisme comme norme minimale de décence, les vegans devraient éviter de juger les non-vegans personnellement. Mais juger les actions n’est pas la même chose que juger les personnes. Tout ce « tu n’as pas à me juger » est une tentative narcissique, à peine voilée, de détourner l’attention de ce qui est réellement en jeu par rapport à ce problème – la violence massive infligée à des individus vulnérables, non-humains qui, comme nous, ne connaitront ou n’expérimenteront rien de plus précieux que cette vie, ici et maintenant.

Maya Shlayen

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[Traduction] Qu’est-ce qui ne va pas avec les oeufs ?

(Traduction de l’article de Maya Shlayen, « What’s wrong with eating eggs?« )

Elevage

Toutes les poules utilisées pour la ponte – incluant les poules d’arrière-cour et soi-disant ‘plein-air’ – débutent leur vie dans un endroit appelé un couvoir (NDT : même si on peut raisonnablement avancer que la majorité des poules naissent dans un couvoir, ce n’est néanmoins pas le cas pour toutes les poules.)

Lorsque les oiseaux sont mis au monde pour la ponte dans ces endroits, la moitié d’entre eux sont nés mâle. D’aucune utilité pour l’industrie des œufs, et incapables de grandir assez vite pour être profitable pour la viande (une autre souche d’oiseaux, connus sous l’appellation ‘poulets de chair’, est utilisée à cette fin), les poussins mâles sont séparés de leurs sœurs et immédiatement tués. Les méthodes les plus courantes d’abattage consistent notamment à broyer leurs corps, ou les jeter – encore vivants et conscients – dans des poubelles géantes, où on les laisse mourir de faim et/ou de suffocation.
 Les coqs (poussins mâles), d’aucune utilité pour l’industrie des œufs, sont ‘écartés’ comme déchet, mourant de faim et/ou suffocant.

Pour chaque poule pondeuse existante, il y a un poussin mâle qu’on a fait venir au monde, seulement pour être immédiatement privé de vie.

De beaucoup de façons, l’abattage des poussins mâles dans les couvoirs illustre vivement ce qui ne va pas dans notre relation avec les non-humains. Les normes sociales et légales en vigueur encadrant les non-humains sont telles que leurs vies n’ont aucune valeur intrinsèque ; ils ont seulement une valeur économique. Leurs vies ne valent que l’argent qu’ils permettent d’engranger – pour nous. Lorsqu’aucun profit ne peut être tiré en leur permettant de vivre, nous les ‘écartons’ immédiatement, comme des serviettes sales. 

Utilisation

Le poulet domestique est un descendant direct d’un oiseau connu sous le nom de Coq Sauvage, dont on pense qu’il soit originaire d’Asie du Sud-est.

Contrairement au Coq Sauvage, qui ne pond que quelques œufs par an, les poules domestiques ont été manipulées par les humains pour pondre jusqu’à 300 œufs (non fécondés) par an. Pour une poule, pondre un œuf non fécondé est l’équivalent biologique de la menstruation des femmes humaines – c’est ce que font leurs corps en absence de fécondation. Puisque le corps féminin normal (dans une tranche d’âge particulière) est supposé être prêt pour concevoir, et puisque la conception exigerait de transmettre des nutriments au zygote/fœtus/bébé, le corps féminin est continuellement chargé de nutriment supplémentaire qui, en l’absence de conception, est alors « relâché » (via la menstruation ou la ponte d’un œuf non fécondé). Par exemple, les femmes humaines en âge de reproduction ont besoin de 18mg de fer quotidiennement, comparé aux hommes (et femmes par encore en âge de reproduction) qui n’ont seulement besoin de 8 mg quotidiennement. Du fer supplémentaire est requis pour compenser les pertes chaque mois.

Tout comme un flux menstruel élevé représenterait un fardeau pour la santé d’une femme humaine, le taux astronomiquement élevé de ponte représente un fardeau pour la santé des poules. Le calcium en particulier semble être perdu par la ponte élevée, ce qui expliquerait pourquoi une mauvaise santé des os est courante.

(NDT : ces paragraphes concernant le rythme de ponte sont incorrects d’un point de vue biologique. Voir la correction détaillée dans le commentaire laissé suite à l’article)

Ce dilemme – notre désir d’obtenir autant d’œufs que possible vs la santé des poules et leur autonomie physique – est un exemple classique du problème de l’utilisation animale et de la domestication en général. Toutes nos utilisations d’animaux – peu importe si c’est « humain » — impliquent nécessairement de brader leurs intérêts (peu importe leur importance) pour notre gain. La domestication est un contrat social que les animaux ne signent pas (nous les amenons dans ce bourbier), et qui exige nécessairement une dynamique d’exploitation entre eux et nous. Nous les faisons venir au monde comme des êtres vulnérables (les animaux ‘domestiqués’ ne pourraient pas survivre de manière indépendante dans la nature), et ensuite nous commençons leur exploitation pour diverses raisons.

Les corps des non-humains n’existent pas pour l’utilisation et la gratification des humains. Nous ne pouvons pas justifier la ‘domestication’ et l’utilisation des corps d’animaux vulnérables pour notre profit, pas plus que nous pouvons justifier les abus sexuels sur enfants. Tout comme il n’y a pas de manière « juste » ou « compassionnelle » pour molester les enfants, il n’y a pas de manière « non abusive » d’exploiter des animaux vulnérables pour le profit humain.

Si vous vous occupez de poules secourues, faites leur une faveur et ouvrez leurs propres œufs devant elles – elles les mangeront ! Manger leurs propres œufs permet aux poules de regagner beaucoup des nutriments que leurs corps perdent en étant forcées de pondre tant d’œufs au départ. Manger leurs oeufs (les humains) – même dans des situations d’arrière-cour – est problématique car cela les prive de nutriments dont elles bénéficieraient.

Traitement

Bien qu’un meilleur traitement ne résoudrait pas le problème basique qu’est l’utilisation des non-humains comme moyens pour nos fins, la réalité est que toute ‘production’ d’œufs – incluant ‘plein-air’, ‘au sol’, etc – implique la torture de poules.

La raison est simple : les animaux sont des marchandises économiques. Mieux les traiter – en leur donnant plus d’espace, un accès à l’extérieur, etc – couterait beaucoup d’argent. Dans un monde de 7 milliards d’humains affamés, il n’y a tout simplement aucune manière abordable de ‘produire’ assez d’œufs tout en traitant les poules ‘soigneusement’.

La méthode de ‘production’ d’oeufs la plus courante est le système de cage, où les poules sont maintenues dans des cages en grillage métallique. Etant donné l’équivalent d’une feuille de papier sur laquelle vivre leur vie entière, le stress psychologique extrême de la surpopulation conduit souvent à des coups de bec, à des bagarres, et même au cannibalisme. Leurs pattes et leurs têtes se retrouvent souvent coincés entre les grilles des cages, entrainant chez beaucoup d’oiseaux une mort lente de faim et de soif. Un manque d’exercice, combiné à la fuite de devoir pondre un nombre obscène d’œufs, conduit souvent à une santé osseuse fragile et même à l’ostéoporose.


Poules entassées dans des cages à ponte. Notez les os fragiles et la perte de plumes, provoqué par la dépravation physique et les lourdes exigences de ponte.
Les alternatives aux cages à ponte – tels que les systèmes sans cage ou plein air – ne sont rien de moins que des labels de marketing, et ne confèrent pas de bénéfices au bien-être des animaux. La ‘production’ au sol, par exemple, implique l’entassement de centaines de milliers d’oiseaux dans un hangar géant. Les cages individuelles sont remplacées par une cage géante, et la surpopulation est toute aussi mauvaise. Les combats et le cannibalisme sont répandus, et le manque d’espace signifie que les oiseaux pissent, chient, et se marchent dessus.

‘Plein-air’ est également un label dénué de sens. Il n’y a aucune définition légalement approuvée (ou exécutoire) de ‘plein-air’. En fait, les œufs commercialisés comme ‘plein-air’ impliquent de la violence et exploitation identique aux méthodes conventionnelles : 

Abattage

Le mythe végétarien – que le lait et les oeufs n’entraînent pas l’abattage – est tout simplement cela. Comme tous les animaux ‘de ferme’, les poules pondeuses sont dans l’antichambre de la mort. Elles sont maintenues en vie seulement aussi longtemps qu’il soit profitable de les maintenir en vie. Lorsque le cout de nourriture dépasse le bénéfice dérivé de leur ‘production’ d’œufs (toujours à une fraction de leur durée de vie naturelle), elles sont abattues.

Conclusion

La plupart des gens acceptent déjà les idées de base qui devraient les mener – seuls – au véganisme. Nous sommes tous d’accord qu’il est immoral d’infliger souffrance et mort ‘dispensables’ aux animaux. Mais manger des animaux et produits animaux (ou les porter, les utiliser, etc) n’est pas nécessaire :

« La  position  de  l’Association  américaine   de   diététique   est   que   les  alimentations    végétariennes    bien conçues  (y  compris  végétaliennes) sont bonnes pour la santé, adéquates sur  le  plan  nutritionnel  et  peuvent être bénéfiques pour la prévention et le traitement de certaines maladies. Les    alimentations    végétariennes bien conçues sont appropriées à tous les âges de la vie, y compris pendant la  grossesse,  l’allaitement,  la  petite enfance,  l’enfance  et  l’adolescence, ainsi que pour les sportifs. »

En effet, nous acceptons tous que les animaux sont quelqu’un, par opposition à quelque chose.
L’élevage et l’utilisation de poules pour la ponte, avec tout ce que cela implique (santé compromise, souffrance, et mort), est une violation de leur droit à l’autonomie corporelle. Cela implique nécessairement de traiter des êtres sentients comme s’ils étaient des objets – quelque chose qui va à l’encontre des normes morales que la plupart d’entre nous prétendent accepter. Le véganisme comble la déconnexion morale en prenant à cœur la notion que les animaux sont quelqu’un par opposition à quelque chose.

La bonne nouvelle est que, au 21e siècle, vous pouvez préparer votre propre gâteau vegan et le manger. Vous n’avez pas besoin d’œufs pour faire de délicieux gateaux, biscuits et cupcakes !

D’autres plats traditionnels peuvent également être préparés sans œufs :

~

Si vous n’êtes pas vegan, envisagez s’il-vous-plaît de le devenir. Si il est immoral d’infliger souffrance et mort ‘dispensable’ aux animaux, alors – par définition – nous ne pouvons pas justifier de manger, porter, ou utiliser des animaux et produits animaux pour nos papilles gustatives, notre confort, notre sens de l’habitude, etc.

« Le véganisme ne revient pas à abandonner quoi que ce soit ou perdre quoi que ce soit. Cela revient à gagner la paix en vous qui provient de l’adoption de la non-violence et du refus de participer à l’exploitation des vulnérables. Le véganisme n’est pas un ‘sacrifice’. C’est une joie. » — Gary L. Francione

[Traduction] S’attaquer aux racines du patriarcat.

(Traduction de l’article de Maya Shlayen, « Striking at the roots of patriarchy« )

 

Le 6 décembre marque l’anniversaire du massacre de l’Ecole Polytechnique à Montréal. Ce jour-là en 1989, un tireur solitaire – Marc Lépine – est entré dans l’école et a spécifiquement tiré sur des femmes. Après avoir tué 14 femmes et blessé 14 autres personnes, il se suicida. Sa lettre de suicide blâmait les « féministes » d’avoir ruiné sa vie. En tant que canadiens, le pays commémorant cette tragédie, nous sommes invités à réfléchir sur la manière dont la violence contre les femmes continue d’imprégner notre culture et se répercute négativement sur nous tous.

Selon Statistics Canada, la femme moyenne ne gagne encore seulement que 71%  par rapport à un homme moyen, et cet écart n’a pas considérablement changé ces dix dernières années. La grande majorité des victimes de violence conjugales – 8 sur 10 – sont des femmes, et 1 femme sur 4 en Amérique du Nord peut s’attendre à être agressée sexuellement au cours de sa vie.

Bien que les hommes qui commettent des agressions sexuelles soient minoritaires, leurs actes se produisent dans le contexte plus grand d’une culture qui marchande sans relâche le corps féminin à chaque occasion. Des concours de bikini aux clubs de strip-tease en passant par l’utilisation de mannequins pour « vendre » des biens de consommation, le message est clair : le corps féminin existe pour le plaisir sexuel des hommes. Des êtres humains réfléchissant, respirant, ressentant, sont réduits, dans notre culture de consommation, à une fin pour les moyens de quelqu’un d’autre. Cette hypersexualisation de nos corps crée une énorme quantité de pression sur nous pour paraître et agir de manière sexy à tout moment, parce qu’on nous dit (implicitement et explicitement) que notre mesure principale de valeur réside dans notre capacité à satisfaire les hommes.

L’idée que certains corps existent pour le plaisir des autres est, bien évidemment, de l’obscénité. Et pourtant chacun de nous – homme ou femme, féministe ou pas – rejoint cette même idée, non seulement à travers notre pornification constante du corps féminin, mais également à travers quelque chose d’autre : notre consommation d’animaux et de ‘produits’ animaux. 

En vertu de leur sentience, tous les animaux – humains ou pas – se soucient de leur vie, et souhaitent éviter la souffrance et la mort. Malgré le fait de n’avoir aucun besoin nutritionnel à consommer des ‘produits’ animaux, et pour le seul intérêt de notre plaisir gastronomique, nous condamnons 665 millions d’animaux de ‘ferme’ (sans compter les poissons) à une vie misérable et hideuse, à une mort prématurée, chaque année seulement dans ce pays. Comme nous prenons le temps en ce jour pour remettre en question l’obscénité des hommes présumant propriété des corps des femmes, combien d’entre nous remettront en question la même obscénité et notion (se renforçant mutuellement) que les corps des nonhumains existent pour le plaisir des humains ?

Lorsqu’un sens de propriété sur le corps de quelqu’un d’autre se présume dès le départ, cela se traduit en un équilibre de pouvoir qui favorise invariablement le groupe dominant aux dépens des désavantagés. Nous avons tous entendus parler de cas où des hommes sont sortis d’une rencontre sexuelle avec le sentiment que tout était ok et consenti, alors que leur partenaire féminine restait avec un sentiment d’abus. Une conclusion possible à tirer ici est qu’au moins quelques hommes ont un sentiment de droit lorsqu’il s’agit de sexe, acquis tout au long d’une vie d’endoctrinement qui assimile la masculinité avec l’agression et la puissance – cette dernière étant définie, dans notre culture patriarcale, comme la capacité à la violence et à la soumission. Et c’est exactement pourquoi il est absurde de déclarer, comme certains le font, que les femmes peuvent se responsabiliser en participant à leur propre marchandisation. Bien sûr, les femmes au club de strip-tease ‘choisissent’ de travailler là. Mais ce ‘choix’ fut fait dans le contexte d’une culture dans laquelle les femmes n’ont pas les ressources économiques que les hommes ont, dans laquelle on leur a appris, dès leur plus jeune âge, que c’est leur travail de faire plaisir aux hommes ; et dans laquelle on a appris, dès leur plus jeune âge, aux hommes, qui paient pour les regarder se dégrader elles-mêmes, qu’ils ont droit à un privilège sexuel sur les femmes. L’exploitation approuvée par la victime reste de l’exploitation.

La même chose s’applique à notre relation avec les nonhumains. L’exploitation « humaine » — qui est un terme mal approprié, car toute utilisation animale implique de la violence indicible – est un leurre qui ignore la dimension structurelle de l’exploitation en question. C’est-à-dire, les nonhumains ‘domestiqués’ sont des horreurs de la nature génétiquement manipulées qui existent dans un état permanent de vulnérabilité. Mis au monde pour leur utilisation par leurs propriétaires humains, des individus nonhumains – qui ne sont rien de moins que des biens de propriété aux yeux de la loi – sont continuellement tourmentés et abusés pendant la durée de leur courte et misérable vie, jusqu’au moment de leur abattage. Ce dernier instant – moment où nous leur volons leur vie – se traduit en une brutalité qu’aucun mot ne pourrait condamner assez fortement. L’idée que la violence hideuse infligée aux êtres vulnérables puisse être réconciliée avec quelque chose qui puisse être décrit de manière cohérente comme « humain » est de la pure fantaisie. A côté du ‘choix’ des femmes à l’auto-marchandisation dans une société patriarcale, ou le ‘choix’ des travailleurs dans une société capitaliste à peiner dans un environnement de travail abusif, l’esclavagisme « humain » des nonhumains semble être la dernière d’une série d’illusions morales servant à rassurer un groupe oppresseur par rapport à la légitimité supposée de leur oppression sur les autres.

La connexion entre la patriarcat et l’exploitation des nonhumains devient surtout évidente si nous nous penchons sur l’utilisation des animaux femelles. Les poules, qui pondraient seulement quelques œufs par an dans la nature, ont été génétiquement manipulées par les humains afin de pondre des centaines d’œufs par an. Puisque la ponte épuise les nutriments de leurs corps, leur utilité pour les humains dépend de la mesure à laquelle leur système de reproduction féminin peut être exploité, et leur corps blessé. Et une fois que leur productivité chute à une fraction de leur vie naturelle, elles sont abattues. 

De même, les vaches ‘laitières’ sont exploitées pour leur capacité à produire du lait. Puisque les vaches, comme tous les mammifères, doivent donner naissance avant de pouvoir produire du lait, elles sont maitrisées, tous les ans, sur un « support à viol », où elles seront artificiellement inséminées. Lorsque leur bébé vient au monde, il ou elle sera enlevé, et le lait maternel qui était destiné au bébé est à la place volé par les humains. La douleur atroce que cause cette séparation autant pour la mère que pour le veau, et l’agonie de la traite agressive qui suit, sont bien au-delà de ce que de simples mots pourraient rendre justice. De manière intéressante, ce lait – destiné à aider le veau à gagner des centaines de livres en l’espace de quelques mois – a un fort contenu en graisse saturée et en hormone, qui est lié à une oestrogénicité accrue et à la croissance de tumeur liée au cancer du sein chez les femmes. Nous exploitons les seins des bovines pour obtenir un « produit » qui nuit aux seins des humaines.

Si vous êtes féministe, et que vous n’êtes pas vegan – pourquoi ne l’êtes-vous pas ? Si vous êtes contre l’exploitation des vulnérables, et que vous n’êtes pas vegan – pourquoi ne l’êtes-vous pas ? Si la justice et la non-violence vous importent, et que vous n’êtes pas vegan – pourquoi ne l’êtes-vous pas ?

Condamner la violence gratuite contre un groupe désemparé est facile à faire quand c’est quelqu’un d’autre qui le fait. Mais si nous voulons un jour régler le foutoir chaotique qu’est notre monde, il incombe à chacun d’entre nous de réévaluer et de rejeter en fin de compte le paradigme ‘force fait loi’ de la violence et de la domination que nous avons fini par accepter comme étant « l’ordre naturel des choses ». Toutes les formes d’injustice sont liées et se renforcent mutuellement. Aussi longtemps que nous tolérerons l’oppression de n’importe quelle sorte, nous tolérerons nécessairement – et renforceront – l’oppression de toute sorte.

Ce 6 décembre, dites « non » à la violence contre les femmes en rejetant la notion que certains corps existent pour le plaisir des autres. Dites « non » au patriarcat en rejetant la violence patriarcale à sa racine. 

Féministe ? Devenez vegan.

Maya Shlayen

[Traduction] Chère Hermione

(Traduction de l’article de Maya Shlayen, « Dear Hermione« )

Chère Hermione,

En tant que fans de longue date, nous voudrions te remercier pour ta participation dans le combat contre le Seigneur Voldemort, et, partant de là, pour ton combat contre le paradigme ‘force fait loi’ qu’il représentait. Ta position ferme et implacable en faveur de la justice sociale nous a amenés (moldus) à examiner les allées et venues de notre propre monde. En tant que fans de ta personnalité et encore plus grands fans de la justice sociale en général, cependant, nous souhaiterions attirer ton attention sur ce qui, nous estimons, a été un angle mort récurrent tout au long de ta vie jusqu’à maintenant : ton inconsistance dans ton opposition contre l’exploitation injuste.

Avec l’apparition de Dobby durant ta deuxième année à Poudlard, nous faisons la connaissance des ‘elfes de maison’ : elfes domestiqués que les magiciens (humains) exploitent comme serviteurs obligés. Dans la mesure où les elfes de maison sont forcés de faire un travail pour lequel ils ne reçoivent pas de compensation, ils sont, en réalité, des esclaves. Privés de toute puissance (ils ne peuvent pas être des ‘porteurs de baguette’, par exemple), la domestication et l’exploitation ultérieure des elfes sont si profondément enracinés dans le monde des sorciers que tant les magiciens que les elfes prennent ça pour acquis, comme l’ordre ‘naturel’ des choses. Des siècles (si pas des millénaires) de servitude et d’esclavagisme ont engendré la dépendance des elfes de maison. En effet, le bon elfe de maison est si docile et asservi qu’il fera tout ce que son maitre lui demande – peu importe si ça fait du mal à l’elfe.

Pourtant, même si toi et Dumbledore (parmi d’autres) reconnaissez cette injustice qu’est l’esclavagisme des elfes, vous ne voyez pas votre propre complicité dans l’exploitation des nonhumains ailleurs : avec Dumbledore, toi et d’autres magiciens et magiciennes bien intentionnés portez de la laine qui provient de l’exploitation de moutons. C’est-à-dire, le mouton domestique est un animal qui, suite à une reproduction sélective, est devenu complètement dépendant du contrôle humain pour sa survie. Comme tous les nonhumains domestiqués, le mouton a évolué, au fil de millénaires de soumission humaine, pour être tellement à notre merci qu’il n’est plus capable de vivre indépendamment dans la nature. Et comme les magiciens, qui tirent un avantage de la docilité des elfes de maison afin d’exploiter ce groupe en question, nous tous (magiciens tout comme moldus) tirons un avantage d’animaux domestiqués (dont le mouton) dans le but de les exploiter pour nos fins – même lorsque c’est préjudiciable pour eux que nous le fassions.

Les humains ont élevés les moutons pour qu’ils aient une peau anormalement ridée et de là ont des quantités excessives de laine sur leur corps, créant un ‘besoin’ artificiel de les tondre – une action qui en soi est souvent stressante et traumatique pour les animaux. Mais du fait qu’ils soient si vulnérables et dépendants de nous, les animaux domestiques, comme les elfes de maison, n’ont pas d’autre choix que d’endurer toutes les utilisations qu’on fait d’eux. Il y a quelque chose d’étrange lorsque Dumbledore dit à Harry (à la fin de ta cinquième année à Poudlard) que les elfes de maison méritent plus de respect (par ex, que nous ne devrions pas nous attaquer aux vulnérables simplement parce que nous le pouvons) alors que lui-même porte un pull de laine en hiver. 

L’une des caractéristiques déterminantes de l’esclavagisme à travers les âges a été le traitement des esclaves exclusivement comme moyens pour les fins de quelqu’un d’autre, la vie et le bien-être de l’esclave n’ayant aucune valeur intrinsèque – un point qui te fut illustré plutôt artistiquement juste avant ta cinquième année, sur l’affichage mural de têtes tranchées d’elfes à la retraite dans la maison de Black. Cruel qu’il puisse être sans aucun doute de retirer la vie d’un être sentient, à quoi bon garder en vie un esclave qui n’est plus utile ? La propriété, après tout, est ce qui n’a de valeur externe ou extrinsèque. Pourtant, cette réalité ne semble pas te perturber plus que ça, puisque, pendant que tu prêches au sujet des droits des elfes lors du déjeuner à Poudlard, tu ne daignes avoir une pensée pour les vaches laitières dont l’exploitation a permis de fournir le beurre que tu étends sur ta tartine !

Bien sûr, comme tous les mammifères, les vaches laitières doivent donner la vie pour donner du lait – un fait dont les fermiers laitiers profitent en inséminant artificiellement leurs vaches annuellement. Lorsque les veaux sont nés, ils sont rapidement enlevés à leur mère (une action qui résulte en stress inimaginable et en traumatisme pour la mère et le veau), et le lait qui était destiné à la base pour eux est volé à la place par les humains. Ses filles  la remplaceront comme machines à lait, et ses fils (puisqu’ils ne peuvent ni donner du lait ni produire de descendance) seront envoyés prématurément à l’abattoir, où ils seront ‘préparés’ en viande de veau. Après des cycles répétés de mise enceinte traumatisante, de lactation forcée et de deuil, la mère ‘utilisée’ sera également envoyée à l’abattoir. La vie et le bien-être des vaches laitières, alors, comme celle de l’elfe de maison, n’a pas de valeur intrinsèque et n’est pas prise en considération au-delà de son utilité comme machine à lait, même si un tel traitement la prive invariablement de sa liberté, de son confort, et de son autonomie qu’elle désire tellement, comme tous les êtres sentients. Encore une fois, l’injustice de traiter un ‘autre’ sentient comme notre propriété est claire. Quelle ironie, alors, quand en dénonçant l’esclavagisme des elfes, tu sembles passer à côté de ce lien crucial et ne renonce pas également à l’exploitation de tous les nonhumains sentients !

En plus des similitudes économiques et légales communes à toutes les institutions injustes, l’esclavagisme des elfes et l’exploitation animale partagent pourtant encore une caractéristique : la psychologie sociale sous laquelle elles sont toutes les deux perpétuées. Les elfes de maison, après des siècles (millénaires ?) de servitude et de lavage de cerveau, ont perdu tout semblant d’indépendance et de désir d’autonomie, prenant pour acquis leur statut de propriété comme ‘normal’ et même désirable. Les magiciens et magiciennes, qui bénéficient d’une telle discrimination, pointent souvent le contentement des elfes comme ‘preuve’ que de telles pratiques ne sont pas injustes. Comment pourrait-ce être de l’esclavagisme’ lorsque les elfes eux-mêmes apprécient cela ?

Il est intéressant de noter que lorsque Ron fait cette même observation lors de ta quatrième année, tu répliques immédiatement, « c’est parce qu’ils sont incultes et endoctrinés ! » En d’autres mots, tu peux voir que l’oppression des elfes est bien plus compliquée que de simplement déterminer si ils sont ‘heureux’ ou non ou complices de leur exploitation.

Les dix dernières années ont connu la croissance du mouvement de l’exploitation animale ‘humaine’ : œufs plein-air, lait bio, et autres labels ‘bien-être’. Outre le fait que ces mots sont des schémas de marketing qui ne se traduisent pas en meilleures normes de bien-être pour les animaux, la réalité est que même s’il était possible d’exploiter les animaux ‘humainement’, ça ne résoudrait pas la question de base de quelle justification avons-nous pour les utiliser comme moyens pour nos fins en premier lieu ? Comme la complicité des elfes de maison dans leur propre esclavagisme, l’exploitation animale ‘humaine’ omet de prendre en considération la soumission et la violence sur laquelle se base notre relation entière avec les nonhumains domestiques en premier lieu. Que ça soit la complicité des elfes de maison dans leur propre esclavagisme, l’exploitation ‘humaine’ des nonhumains domestiques, le ‘choix’ des travailleurs dans une société capitaliste à peiner dans des conditions industrielles démoralisantes, ou toute autre institution injuste à propos de laquelle nous nous mentons à nous-mêmes, de tels systèmes ignorent les inégalités structurelles qui rendent le ‘choix’ et l’exploitation humaine’ sans aucun sens. La véritable justice, alors, ne vient pas en plaçant un autocollant souriant sur l’exploitation, mais en démontant les structures hiérarchiques sous-jacentes qui créent et perpétuent l’injustice en premier lieu.

Bien que tes premiers efforts pour attirer l’attention sur le calvaire des elfes de maison soient accueillis en ridicule, au moins certains magiciens et magiciennes reconnaissent que quelque chose est fondamentalement malsain par rapport au paradigme entier des ‘elfes comme propriétés’. Ceux qui se sont rangés du côté de Dumbledore (et de Harry) dans le combat contre le Seigneur Voldemort reconnaissent que le paradigme hiérarchique entier du magicien sur le moldu, de l’homme sur la créature était fondamentalement injuste.
De même, nous tous (magiciens, magiciennes ou moldus) sommes d’accord qu’il est malsain d’infliger des souffrances ‘inutiles’ aux animaux. Et pourtant notre utilisation la plus significative numériquement (par ex pour la nourriture) ne peut être considérée comme ‘nécessaire’ selon toute définition cohérente de ce mot. L’association américaine des diététiciens (l’une des plus grandes organisations scientifiques en matière de nutrition au monde) déclare :

« La  position  de  l’Association  américaine   de   diététique   est   que   les  alimentations    végétariennes    bien conçues  (y  compris  végétaliennes) sont bonnes pour la santé, adéquates sur  le  plan  nutritionnel  et  peuvent être bénéfiques pour la prévention et le traitement de certaines maladies. Les    alimentations    végétariennes bien conçues sont appropriées à tous les âges de la vie, y compris pendant la  grossesse,  l’allaitement,  la  petite enfance,  l’enfance  et  l’adolescence, ainsi que pour les sportifs. »

La meilleure justification que nous avons pour infliger souffrance et mort à des milliards de nonhumains sentients est qu’ils ont bon gout, et que c’est pratique et habituel pour nous de le faire. Il n’y a aucune nécessité impliquée. Comme les magiciens bien-intentionnés qui maintiennent que les elfes de maison ‘apprécient’ d’être asservis, nous n’arrivons pas à appliquer nos propres convictions morales à leurs conclusions logiques : nous continuons à manger, porter et utiliser des nonhumains quand ce n’est pas nécessaire pour nous de le faire, et nous nous racontons toutes sortes d’histoire pour nous convaincre que c’est soi-disant correct.

En tant que vos fans dévoués, et sincères demandeurs de justice sociale et de non-violence, nous aimerions faire une proposition : nous demandons que tu considères de devenir vegan. Le véganisme signifie qu’on ne mange plus, ne portons plus, ou d’une autre manière n’exploitons plus les animaux nonhumains pour nos bénéfices humains. Plus qu’une question de régime alimentaire ou de style de vie, le véganisme est un rejet de principe du statut de propriété des animaux nonhumains – une forme vivante de protestation contre la violence massive commise contre les plus vulnérables d’entre nous. Etre vegan est incroyablement facile, et la norme minimale de décence que nous devons aux nonhumains en regard de notre estimation qu’il est immoral de leur infliger souffrance et mort inutile.

Vivre sa vie en tant que vegan et s’engager dans l’abolition de l’exploitation animale n’est ni misanthrope ou myope. Le spécisme (discrimination basée sur l’espèce) est inextricablement lié à nombre d’autres formes de violence, et comme l’exploitation des elfes de maison, l’exploitation des nonhumains est en soi un symptôme d’un monde hiérarchique dans lequel l’injustice prendre une myriade de formes. Aussi longtemps que nous massacrerons des milliards d’êtres sans défense simplement parce que nous le pouvons, nous ne traiterons pas mieux nos frères humains, et tout discours de ‘justice’ ou de ‘paix mondiale’ restera juste cela  — des mots vides au vent.

Aussi intelligente et bien-intentionnée que tu ne puisses l’être sans aucun doute, tu sembles toi aussi être victime de la pensée confuse et embrouillée qui arrive souvent lorsque l’on vit dans un monde violent. Peut-être, si tu avais pris du recul et fait plus attention au problème, tu aurais fait le lien : si il est immoral que les magiciens exploitent des nonhumains magiques, alors il est immoral pour chacun de nous (moldus et magiciens compris) de domestiquer et exploiter des nonhumains sentients de manière générale.

Nous espérons que cette lettre te parvienne en bonne santé, et que nous t’avons stimulé à réfléchir de manière critique à une sérieuse question de justice sociale. Nous t’invitons à nous rendre visite en ligne pour en apprendre plus :

          Sincèrement,

Le mouvement abolitionniste des droits des animaux

Maya Shlayen