Ce foie gras diabolique.

A l’approche des fêtes de fin d’année, le problème du foie gras refait surface car c’est bien évidemment la période propice pour l’achat de ce produit issu de l’esclavagisme animal.

J’ai pu lire de curieuses déclarations à propos du foie gras sur le web, ce produit étant catalogué comme « pire que tout », des gens souhaitant carrément la mort à ceux qui en mangent, ou d’autres refusant de participer au réveillon dans leur famille si du foie gras était présent sur la table.

Cela n’a pour moi aucun sens d’un point de vue des droits des animaux. Le foie gras n’est après tout qu’un produit de l’esclavagisme animal parmi tant d’autres. Bien sûr, ces images et vidéos d’oies gavées sont choquantes mais en quoi le foie gras est-il pire que la viande ou que le lait ou tout autre produit issu de l’exploitation animale ? J’estime qu’il n’y a aucune distinction morale entre ce produit et d’autres et j’ai du mal à comprendre que des militants pour les droits des animaux souhaitent carrément la mort ou une longue agonie à ceux qui en consomment.

Pourquoi ne pas alors souhaiter la même chose à toutes les personnes consommant des produits animaux 365 jours par an 3 fois par jour ? Les militants n’apparaissent-ils pas comme irrationnels et violents aux yeux du public ? Je pense qu’il est très difficile, voir impossible, de faire passer un message en faveur des animaux en recourant à la violence.

Refuser de participer au réveillon en famille parce que du foie gras sera présent sur la table revient à faire une distinction morale entre le foie gras et la viande ou le fromage, ou avec la laine et le cuir. Le foie gras est clairement un produit de souffrance pour l’animal mais tous les produits présents sur les tables lors du réveillon ne le sont-ils pas en général ? En isolant le foie gras des autres produits, celui-ci apparait soudainement comme pire que les autres aux yeux des non-vegan, et revient à minimiser indirectement la souffrance et l’exploitation issue de la viande, des produits laitiers, etc.. On fait vraiment une mini campagne ciblée.

« M’man, je ne viendrai pas si il y a du foie gras à table. »
-Oh d’accord d’accord… Mais j’avais prévu de faire de la viande… la viande ça va tout de même…. ?

« Mmmoui ça ça va. »

Ah bon ?

Je voyais la fourrure comme pire que tout auparavant, mais avec le recul, force est de reconnaître que la fourrure n’est pas différente de la consommation de viande ou de la laine. Cette haine arbitraire que j’avais en moi en croisant des gens portant des vêtements à base de fourrure a disparu et c’est un soulagement, car la haine et la violence n’aident jamais à faire passer un message positif en faveur des animaux.

Ce n’est pas que je suis insensible à la vision du foie gras sur la table, mais il provoque exactement la même réaction en moi que la vision d’un morceau de boeuf ou d’une tranche de fromage.

« M’man, j’ai décidé, je ne viendrai plus manger chez toi tant qu’il y a n’importe quel produit animal sur la table et que tu portes du cuir, de la laine, de la fourrure, de la soie. »

En soi je comprendrai mieux cette déclaration que celle isolant le foie gras.

Si vous n’êtes pas vegan, envisagez de le devenir. C’est facile, ce sera bon pour votre santé, pour l’environnement et c’est moralement la chose juste à faire si vous êtes pour les droits des animaux.

Débuter : http://wiki.vegan.fr

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Never let me go

Ce week-end, j’ai eu l’occasion de visionner un très beau film, « Never let me go », qui raconte l’histoire de 3 enfants parmi d’autres, éduqués dans un établissement qui semble déconnecté de la société, dans un cadre idyllique.

Ils reçoivent une éducation de haut niveau, vivent en communauté et sont dans l’âge de l’insouciance. Mais on leur a appris qu’ils ne doivent surtout pas dépasser les limites de l’établissement car le monde extérieur est cruel et ils pourraient être tués. Ce serait déjà arrivé.
Un jour, un de leur professeur, arrivé depuis peu, pris de scrupules, décide de leur révéler que leur existence est en réalité déjà toute tracée, programmée : ils ont été mis au monde pour être donneurs d’organes, ils ont apparemment été clonés et serviront de donneur en cas de problème avec leur modèle « original ».
Les enfants apprennent la nouvelle avec stupeur et tristesse mais sont encore trop jeunes pour se rebeller contre ce système.
On les retrouve quelques années plus tard et on ne peut qu’éprouver de la peine et de la tristesse pour ces jeunes adultes, victimes de ce monde injuste : les donneurs ne survivent pas longtemps après un don. Certains vivent jusqu’au 3e don mais ça ne va pas plus loin. 
Ils et elles sont des marchandises. Une fois que le don est nécessaire, ils doivent s’y plier et risquer de mourir afin que l’original puisse continuer à vivre. Ils n’ont pas de futur, ils n’auront jamais d’enfant, ils n’auront jamais de famille. La société en a décidé autrement. En soi, leurs conditions de vie ont été bonnes, ils ont reçu une bonne éducation, leur cadre de vie est beau. Ils ont eu une belle vie, avant de mourir.
Ce film tragique m’a immédiatement fait penser au problème actuel du mouvement des droits des animaux.
Je vois mal toute personne décente vivant dans cette société fictive (et pourtant totalement plausible), souhaitant protester contre l’utilisation pure et simple de ces êtres humains sensibles, voulant vivre, éprouvant des émotions comme tous les autres (tout comme les animaux nonhumains), protester contre la qualité des vêtements qu’on fournit aux donneurs, contre le manque de verdure dans leur cadre de vie, demander que leur mort soit la moins douloureuse possible, revendiquer leur droit à pouvoir vivre dans un appartement spacieux avant leur mort. Car en protestant de la sorte, on ne remettrait jamais en cause leur statut de « marchandise », d’objets de rechange pour leur modèle jugé supérieur, on ne remettrait jamais en cause leur utilisation.
Bien sûr que non. Si nous étions réellement contre l’utilisation de ces humains, nous demanderions l’abolition pure et simple de cette pratique, quand bien-même elle serait courante dans notre société, quand bien-même ils aient une belle vie avant de mourir suite au don, quand bien-même cela durerait encore longtemps. Nous demanderions à ce que cela cesse, même si cela voudrait dire d’arrêter de mettre au monde ces donneurs. Nous ne nous battrions par pour le bien-être des donneurs, nous nous battrions pour leur droit fondamental à vivre, sans être utilisé, sans être considéré comme des propriétés.
Le mouvement welfariste actuel ne revendique pas l’abolition de l’utilisation des animaux nonhumains, il tente simplement de réglementer leur traitement, ce qui reviendrait dans le film à réglementer la mise à mort des donneurs, à demander à ce qu’ils aient droit à aller au cinéma, à manger de la glace ou à avoir une véranda. Et à donner des prix aux exploitants. Je répète, on a des groupes de « protection animale », de « droits des animaux » qui décernent des prix aux exploitants d’animaux pour leur traitement « humain ». Dans le film, cela reviendrait à ce qu’une société de défense des droits de l’homme décerne un prix à un établissement de clonage ou à un chirurgien pratiquant l’opération avec le moins de ratés possibles.
Ou alors, dans le cas du mouvement neo-welfariste, on éduque le modèle original et la société par rapport à ce problème tout en lui expliquant en parallèle que s’il ne compte pas se passer de cette pratique (supposons que cette pratique ne soit pas nécessaire car généralement, s’il y a greffe d’organe cela est, à ma connaissance, indispensable), et bien il pourrait alors demander à ce que son donneur ait les meilleures conditions de vie possible. Ce qui revient à envoyer le message qu’on peut être un receveur consciencieux, à partir du moment où l’on veille à ce que son donneur ait eu la meilleure vie possible.
Mais le donneur ne veut pas mourir. Il veut vivre, tout simplement. La pratique reste immorale et doit être abolie.
Dans cette société, les militants ne devraient jamais envoyer le message que l’on peut être un receveur consciencieux, ils ne devraient jamais manifester pour que les donneurs aient plus de verdure dans leur cadre de vie, pour qu’ils aient droit à un bel appartement avant de mourir. Car militer pour ça, c’est marquer son accord sur le fait que les donneurs ne sont que des marchandises. Ce n’est que retarder l’abolition sous prétexte que les donneurs actuels ont besoin d’être aidés maintenant et que leurs conditions de vie doivent être aussi bonnes que possible.
Si d’un côté on éduque le receveur, le modèle original et la société sur l’immoralité de cette pratique mais que d’un autre côté on lui explique implicitement qu’il y a un moyen plus « humain » de traiter son donneur et que c’est ok de continuer cette pratique tant que c’est fait humainement, le message est totalement confus et les chances que la société change sont anéanties.
Et c’est exactement ce que fait la grande majorité du mouvement pour les « droits des animaux ». Il ne milite pas pour leur droit à la vie, il ne milite pas pour l’abolition pure et simple de cette pratique, il milite pour leur bien-être, pour leurs conditions de vie. Il ne demande pas l’abolition pure et simple de l’esclavagisme, il ne pointe pas le doigt sur le problème de l’utilisation, il s’attaque à la place au traitement. Il ne remet pas en cause le statut de propriété des animaux nonhumains.

Lorsque les défenseurs des « droits » des animaux nonhumains, qui sont la seule voix des victimes animales nonhumaines dans cette société spéciste, vont dans le sens de l’industrie en tentant de la réguler ou font croire au public qu’on peut être un omnivore consciencieux, ils trahissent les animaux, ils trahissent les victimes. Les victimes ne veulent pas avoir une cage plus grande, elles ne veulent pas de prison dorée avant de mourir, elles veulent vivre, vivre libres, elles veulent que la société cesse de les voir comme des marchandises.

Le message doit être clair : si on est pour les droits des animaux, alors il faut reconnaître que leur premier droit est celui de vivre. S’ils n’ont pas le droit de vivre, militer pour tout autre droit est tout simplement absurde. Le label « humain » est à balayer du mouvement des droits des animaux. Si on fait passer le message au public qu’il est possible d’être un omnivore consciencieux, à partir du moment où les produits animaux consommés proviennent d’exploitations « humaines », les animaux sont les grands perdants de cette équation. Le mouvement actuel des « droits des animaux », en faisant passer ce message, fait du tort aux animaux, ne les aide aucunement. 
Tant que les animaux seront considérés comme des propriétés en regard de la loi, toute réforme de bien-être n’aura aucun effet, aucun, sur leur droit fondamental.
Dans Rain Without Thunder, Gary Francione a énuméré 5 principes si on souhaitait réformer l’industrie pour respecter les droits des animaux : 
  1. Le changement proposé doit constituer une interdiction
  2. L’interdiction doit être constitutive de l’institution exploitante (cad, une catégorie significative de l’activité) 
  3.  L’interdiction doit reconnaître et respecter un intérêt animal non-institutionnel (cad, les intérêts des animaux qui ne sont PAS aussi les intérêts de l’exploitant) 
  4.  Les intérêts des animaux ne doivent pas être échangeables (cad, l’intérêt animal sera exécutoire et ne tiendra compte d’aucun « bénéfice » humain ou droit de propriété) 
  5.  L’interdiction ne doit pas remplacer une autre forme d’exploitation, supposée plus « humaine » (par ex, elle ne doit pas remplacer les cages par une exploitation « au sol » ou un égorgement/étourdissement électrique par une « mort par atmosphère controllée », mais bien éliminer l’activité entière sans remplacement).
Comme il le reconnaît dans son livre, ces 5 principes seraient tellement dévastateurs pour l’industrie qu’ils n’ont aucune chance d’être appliqués dans une société spéciste comme la nôtre. La seule manière d’y arriver est donc via l’éducation végane : il faut que les gens comprennent pourquoi le devenir et comment (et le rester).
Ce n’est que lorsque la société aura une population végane politiquement viable que les animaux pourront être reconnus en tant que personnes et que des lois pourront être prises en ce sens.

D’aucune manière, aucune, les lois sur le bien-être animal ne s’approcheront d’un semblant de droit fondamental significatif pour les animaux et de l’abolition de leur statut de propriété. Peu importe le nombre de réformes de bien-être qui sont prises, cela restera toujours de l’esclavagisme pur et simple et les animaux n’auront aucun droit fondamental.

Tout cela sans mentionner le problème des campagnes ciblées du mouvement neo-welfariste et welfariste, très bien expliqué dans cet article de Dan Cudahy.

A lire également : Partenaires dans l’exploitation

Antispécisme + spécisme = love ?

(Si vous ne savez pas ce qu’est l’anti-spécisme, je vous redirige vers l’excellent article de L’Elfe : L’anti-spécisme pour les nuls )

« 1939. Dans une Allemagne nazie.

Friedrich, 30 ans, et Lorelei, 25 ans, sont amoureux et vivent ensemble depuis bientôt 5 ans à Berlin.
Ils ont tous les deux grandi dans des familles antisémites et ont, comme beaucoup d’allemands à cette époque, développé un fort sentiment de haine contre les juifs. Friedrich n’est pas aussi radical que d’autres membres de sa famille mais se sent malgré tout bien dans ce milieu et ne l’a jamais réellement remis en question. Il finance d’ailleurs régulièrement le parti national socialiste, il se rend à des congrès nazis, le portrait d’Adolf Hitler trône fièrement dans son salon, comme bon nombre d’autres allemands. Friedrich est antisémite. C’est « normal » à cette époque en Allemagne.
Un jour, alors qu’il est en difficulté avec sa voiture, un homme lui vient en aide. Le courant passe bien et les deux hommes se lient rapidement d’amitié. Ils décident d’aller boire un verre dans un bar. La discussion est chaleureuse, les sujets variés, sport, voyage, art.. Ils ont beaucoup de points en commun. Friedrich  considère cet homme comme quelqu’un de formidable. Mais cet homme a un secret que Friedrich ignore : sa mère est juive.
Lorsque Friedrich finit par l’apprendre, il est dévasté et furieux. Il se sent trahi et honteux de s’être lié d’amitié avec cet homme et de lui avoir confié des choses personnelles.
Il n’en dort pas de la nuit et se met à réfléchir : à réfléchir sur ce qu’on lui a appris, sur ce rejet de l’étranger, sur ce que la société nazie lui a mis dans le crâne, sur cette haine de l’autre qui lui a été inculquée depuis son enfance, sur les valeurs qui lui ont été transmises.
Le lendemain, sa vision du monde a radicalement changé : il ne veut plus jamais voir les juifs comme des personnes inférieures mais bien comme des humains comme les autres, qui méritent le respect comme tout autre être humain, qui ont le droit de vivre, des humains comme lui et comme Lorelei.
Il se confie à sa bien-aimée et lui fait part de sa décision. Lorelei, très amoureuse de Friedrich, arrive à comprendre pourquoi il pense maintenant de la sorte mais lui fait néanmoins savoir que la vie est ainsi faite, que ce n’est pas son combat et qu’il n’est pas question qu’elle arrête de cautionner le national-socialisme et Hitler. Elle pourrait éventuellement envisager d’un peu moins s’impliquer, de diminuer son financement, mais le supprimer totalement serait trop dur à vivre dans cette société nazie. Sa vie serait bouleversée. Qu’est-ce que ses amies pourraient dire ? … Et si ils ont un enfant ? Il faudrait quand-même bien lui inculquer les vraies valeurs familiales, celles dans lesquelles ils ont grandi tous les deux. C’est ce qui se fait depuis longtemps. Ca a toujours été comme ça.
Friedrich est déboussolé, il ne sait pas si il pourra continuer à vivre dans ce milieu antisémite… certainement pas chez lui, pas dans sa propre maison. Les conflits avec Lorelei sur la question se font de plus en plus nombreux. Elle trouve que Friedrich est devenu extrême dans ses convictions. Ce n’était déjà pas facile avant à cause de certains de ses gros défauts. Il ne veut plus regarder les allocutions politiques national-socialistes à la télévision, il hait le portrait d’Hitler qui trône dans le salon, il n’achète plus de journaux antisémites, il a cessé tout financement aux partis. Il refuserait même de mettre son enfant dans une école nazie comme tous les autres enfants.

Il ne supporte plus les traitements réservés aux juifs. Elle le trouve obnubilé avec ça.

Après quelques mois, ils sont forcés de réaliser qu’ils ne peuvent plus vivre ensemble, leurs idées sont trop éloignées. Friedrich persiste à refuser toute trace d’antisémitisme dans sa demeure et ça en devient insupportable pour Lorelei. Elle trouve que Friedrich n’est plus quelqu’un de normal dans cette société nazie.
Friedrich aime pourtant profondément Lorelei, il comprend qu’on puisse ne pas avoir la force de rejeter l’antisémitisme comme cela, comme il l’a décidé; dans cette société, cela peut être perçu comme ridicule, comme extrême, on peut être marginalisé… Mais malgré tout il ne peut se résoudre à continuer de voir cela chez lui et pire, à éduquer son futur enfant de la sorte. La fissure est profonde entre leurs mondes respectifs.
Aujourd’hui, Friedrich et Lorelei se séparent et vendent leur maison, qu’ils venaient d’acheter il y a quelques mois. Leur entourage est surpris et ne comprend pas du tout Friedrich, sa famille non plus. Friedrich a tellement changé en si peu de temps. Et dans cette Allemagne nazie, très peu de monde le comprend.
2011. Quelque part en Europe.
Luc, 30 ans et Julie, 25ans, sont amoureux et vivent ensemble depuis bientôt 5 ans.
Ils ont tous les deux grandi dans des familles spécistes …
… Aujourd’hui, Luc et Julie se séparent et vendent leur maison, qu’ils venaient d’acheter il y a quelques mois. Leur entourage est surpris et ne comprend pas du tout Luc, sa famille non plus. Luc a tellement changé en si peu de temps. Et dans cette société spéciste, très peu de monde le comprend. »
A travers cette petite histoire, j’ai voulu poser la question : est-ce qu’un antispéciste peut avoir une relation amoureuse sérieuse avec une personne spéciste ? Pourraient-ils fonder une famille et vivre heureux ensemble ?
La question peut sembler idiote et pourtant… Les couples végétariens-non vg sont assez courants dans le milieu des droits des animaux, végétaliens-non vg également, vegan-non vg : pourquoi pas après tout ? A partir du moment où la personne plus sensible aux animaux n’ « impose » pas (je n’aime pas ce terme mais bon) sa vision des choses à son entourage, cela peut fonctionner.
Certains vg continuent à préparer des plats non-vg à leur moitié et arrivent à faire abstraction du morceau de viande/œuf/fromage devant eux pendant qu’ils cuisinent, ce qui n’est pourtant pas facile ; les images d’horreur peuvent défiler devant soi à la simple vue de certains « ingrédients ».
Mais dès qu’on parle d’antispécisme, la donne change.. On peut déjà éliminer les végétariens et les végétaliens de l’équation : les végétariens restent (peut-être sans le savoir) spécistes car ils continuent de cautionner l’esclavagisme des vaches laitières, des poules, etc.. ils n’ont pas été jusqu’au bout du raisonnement en matière des droits des animaux et acceptent que les animaux soient considérés comme des marchandises et non comme des personnes. Idem pour les végétaliens si on se réfère à la définition du mot : le végétalisme (et le végétarisme) n’est après tout qu’une pratique alimentaire et on pourrait très bien imaginer un végétarien/végétalien dans un zoo ou avec une veste en cuir. Donc il est tout à fait plausible que deux personnes spécistes (dont une végétarienne/végétalienne) vivent amoureusement ensemble et élèvent leurs enfants de la sorte.
Le veganisme se rapproche beaucoup plus de l’antispécisme ; il y a de grandes chances qu’une personne vegan soit antispéciste et je pars ici du principe que c’est le cas (mais il y a bel et bien des vegans spécistes).
Est-ce qu’un vegan peut réellement vivre en harmonie avec une personne non-vegan (et forcément spéciste) et fonder une relation sérieuse? Il paraît que oui, que c’est faisable. Que par amour on peut ne pas tenir compte du spécisme de son/sa conjoint(e).
Pourtant, pour peu qu’on soit sérieux par rapport à ses valeurs fondamentales, j’ai vraiment du mal à imaginer la chose. Comme j’ai beaucoup de mal à imaginer que Friedrich aurait pu continuer à vivre avec Lorelei dans ce milieu antisémite.
Oui un antispéciste peut vivre avec une personne spéciste. Mais à quel prix pour son intégrité ? Friedrich aurait certes pu continuer à vivre avec Lorelei dans ce milieu antisémite, à élever son enfant de la sorte, l’inscrire dans une école nazie.
Mais est-ce que l’amour vaut plus que tout cela ? Est-ce que l’amour doit passer avant des valeurs fondamentales de justice ? avant ses convictions les plus profondes ? Est-ce que Friedrich devait choisir entre Lorelei et les juifs ? Non. Il devait choisir entre Lorelei et ses nouvelles valeurs fondamentales.
Vivre dans un société spéciste quand on est vegan n’est déjà pas facile en soi. Mais entretenir ce spécisme chez soi et élever son enfant de la sorte requiert que l’on refoule ses valeurs fondamentales au plus profond de soi et qu’on soit alors tout simplement quelqu’un d’autre.
Est-ce qu’une personne fondamentalement contre le racisme peut fonder un foyer avec une personne raciste ? même si c’est seulement envers les asiatiques ?
Est-ce qu’une personne fondamentalement contre l’hétérosexisme peut fonder un foyer avec une personne homophobe ?
Est-ce qu’une personne fondamentalement contre le spécisme peut fonder un foyer avec une personne spéciste ?
Ces 3 questions ont un dénominateur commun : la violence. Est-ce qu’une personne fondamentalement contre la violence peut fonder un foyer avec une personne qui cautionne la violence, sous quelque forme que ce soit ?
Le racisme, l’hétérosexisme, le spécisme sont toutes des formes de violence qu’il est important de rejeter.
Est-ce que le spécisme doit être mis de côté et doit être moins pris au sérieux que d’autres formes de violence parce qu’il concerne « seulement » les animaux ? Si une personne pense que oui, elle est forcément spéciste elle-même. On ne peut se déclarer antispéciste et penser que la violence faite aux animaux nonhumains est moins importante que celle faite aux humains, et peut être mise sur le côté.

Friedrich aurait pu fonder une famille avec Lorelei et aurait pu militer contre l’antisémitisme juste dans son coin. Mais est-ce choquant qu’ils aient fait ce choix de se séparer ? 

Est-ce que Friedrich est à blâmer pour ses convictions profondes, parce qu’il ne supportait plus cette violence chez lui ? non. 
Est-ce que Lorelei est à blâmer parce qu’elle est née et vivait dans une société antisémite ? non. 

Mais je reste persuadé que l’un des deux aurait été profondément malheureux en voyant son enfant faire le salut hitlérien.

« Pour ces créatures, tous les humains sont des nazis… » -Isaac Bashevis Singer 

Qu’est-ce qui ne va pas avec Sea Shepherd ?

[Edit: Après de francs échanges constructifs dans les commentaires suite à l’article original, j’ai décidé d’éditer cet article.]

L’article original critiquait Sea Shepherd par rapport au fait que leurs campagnes étaient des campagnes ciblées et Paul Watson pour son discours spéciste. Je maintiens ce dernier point.

Après discussion avec certains lecteurs, j’ai du me rendre à l’évidence que Sea Shepherd n’était cependant pas un bon exemple du problème des campagnes ciblées dans le cadre des droits des animaux.

En effet, Sea Shepherd ne répond pas à mes attentes en matière de droits des animaux. Mais je ne peux pas vraiment les blâmer car la SSCS est bel et bien une organisation environnementale et non une organisation pour les droits des animaux (Watson le dit d’ailleurs bien lui-même).

D’un point de vue environnemental, l’action de Sea Shepherd est probablement importante et toute personne concernée par la conservation des océans et des animaux protégés durant les campagnes devrait songer à les soutenir et surtout à devenir vegan, la production de produits animaux étant une catastrophe écologique.

Voir des vegans visant l’abolition de l’exploitation animale investir leur temps et leurs ressources dans une organisation environnementale, dirigée par une personne ayant des discours spécistes, au lieu de s’investir dans l’éducation végane positive du public me laisse profondément perplexe. J’insiste car je ne pense pas avoir vu ne serait-ce qu’une seule fois le mot vegan sur le site de Sea Shepherd, pourquoi le devenir et comment.

Au niveau des droits des animaux, les campagnes ciblées sans promotion explicite du véganisme restent problématiques et j’invite les personnes concernées par les droits de tous les animaux à faire la promotion du véganisme comme norme minimale de décence. C’est la seule manière d’éradiquer à long terme le spécisme de notre société.

Intéressé par le veganisme ? Commencez ici !

"Pauvre bête"

(Cet article a été édité le 24 octobre 2012)

Ce vendredi aura lieu l’Aid El Kebir, l’une des fêtes les plus importantes pour le monde musulman, pour laquelle un animal innocent, généralement un mouton, sera égorgé dans les pires souffrances au nom d’une tradition ancestrale et irrationnelle.

Beaucoup de personnes s’indigneront de cette tradition jugée barbare ou préhistorique (à raison) car des animaux souffriront et mourront inutilement.

Mais dans notre société, nous oublions bien vite nos propres traditions. Notamment celle qui consiste à consommer des produits animaux dans notre vie de tous les jours. Elle est tellement ancrée en nous que nous ne la remettrons probablement jamais en question, on trouve cela tout à fait normal d’utiliser et d’abattre des animaux pour notre consommation journalière.

Or notre tradition est tout aussi préhistorique et barbare que l’Aid El Kebir dès lors qu’un régime alimentaire végétalien suffit à n’importe quel être humain pour être en bonne (meilleure) santé. Il n’a jamais été aussi facile qu’aujourd’hui d’être vegan mais ironiquement, très peu de personnes remettent en question cette tradition et beaucoup rejettent le veganisme, le qualifiant d’  »extrême ». Le végétarisme est plus ou moins toléré.

Dans notre société actuelle, nous utilisons et abattons des dizaines de milliards d’animaux chaque année pour notre seul plaisir gustatif et rien d’autre, parce qu’on trouve qu’ils ont bon goût. C’est une tradition, une habitude. Mais paradoxalement, tout le monde s’accorde pourtant sur le fait qu’il est moralement inacceptable d’infliger mort et souffrance à un animal non-humain si ce n’est pas nécessaire : les gens s’offusquent par exemple de la corrida et rejettent cette tradition où un animal souffre inutilement pour le plaisir des spectateurs.

Les gens crient également au scandale quand on découvre qu’un propriétaire de chien organise des combats, lorsqu’on massacre des phoques sur la banquise ou lorsque des baleines sont tuées.

Et pourtant, tous les jours, nous trouvons ça tout à fait moralement acceptable d’utiliser et d’ôter la vie à des animaux innocents pour notre simple plaisir gustatif, celui de notre palais, un plaisir en soi moralement identique à celui de l’homme qui bat son chien ou à celui des amateurs de corrida: il n’y a aucune différence entre la mise à mort d’un animal pour le spectacle et la mise à mort d’un animal pour la consommation à partir du moment où ce n’est pas nécessaire, les deux pratiques ne sont aucunement indispensables à l’homme et sont bel et bien à classer dans la catégorie « plaisir ».

Dans l’exemple humain, ça reviendrait à s’accorder sur le fait qu’il est moralement injustifié d’infliger des souffrances non nécessaires aux enfants, mais que battre les enfants pour le plaisir est moralement acceptable.

Et bien, en consommant des produits animaux, nous sommes tous des personnes qui battons leur chien ou qui aimons la corrida. En allant au cirque avec animaux, en portant du cuir, de la laine, de la fourrure, en buvant du lait, en consommant des oeufs, nous marquons tous notre accord sur le fait qu’il soit moralement acceptable d’utiliser et d’infliger la mort à des êtres vivants innocents  pour nos simples plaisirs triviaux.

En consommant des produits animaux, nous marquons notre accord avec ce qui se passe dans les abattoirs, qui ne sont pas plus différents d’un abattage rituel. Juste moins pire: les ratés sont courants, le rythme d’abattage est élevé et des animaux sont égorgés et dépecés alors qu’ils sont entièrement conscients de ce qui leur arrive. Les abattoirs sont un véritable enfer sur terre pour ces êtres innocents, un lieu de terreur, d’horreur et de mort. On les force à y entrer et ils en ressortent en petits morceaux. Aucun animal ne veut mourir.

En consommant des produits laitiers, nous marquons tous notre accord sur le fait qu’une vache soit inséminée artificiellement chaque année contre son gré, dans le but de produire du lait. Nous marquons notre accord sur le fait que dès que le rendement de la vache ne sera plus optimal, une mère sera envoyée à l’abattoir, parfois enceinte. Nous marquons notre accord sur le fait que le veau mis à bas pour produire du lait ne goutera pas une seule goute du lait maternel et sera envoyé à l’abattoir pour se retrouver dans notre blanquette de veau. Nous marquons notre accord pour refuser aux animaux le simple droit de vivre libre, sans être utilisés, pour notre simple plaisir.

Si vous êtes contre toute forme d’exploitation animale, si vous estimez que les animaux ne doivent pas être utilisés et abattus si ce n’est pas nécessaire, si vous voulez marquer votre désaccord, si vous êtes pour la non-violence… alors la seule option morale cohérente est de devenir vegan: c’est l’option moralement juste et c’est quelque chose de facile. Qui plus est, ce sera bon pour votre santé et pour l’environnement.

(Environ 600 moutons sont morts inutilement dans les abattoirs le temps que vous lisiez cet article)

L’omnivore imaginaire.

En parcourant plusieurs forums ou articles sur la question animale et plus particulièrement l’alimentation carnée, j’en suis venu à me demander si l’homme est bien omnivore.

C’est une question qui m’a parue bizarre au premier abord car avant de devenir vegan, j’ai mangé de tout pendant 30 ans. Certes l’humain peut manger beaucoup de choses, comme d’autres animaux omnivores (ours, raton-laveur, rats, etc…) mais pourtant, quand on le compare aux autres animaux (l’humain fait partie du règne animal – on a tendance à l’oublier), force est de constater que son organisme est parfaitement adapté à l’alimentation végétale, que ça soit au niveau de la mastication qu’au niveau du système digestif. Dans le règne animal, nous ne présentons tout simplement aucune caractéristique omnivore ou carnivore et nous rapprochons plus des herbivores.

Nous nous définissons pourtant clairement comme omnivore de par notre habitude à consommer tous les jours des produits animaux (viande, produits laitiers et oeufs). Après tout, l’humain mange de la viande depuis la nuit des temps. Pourtant, quand on y regarde de plus près, ces produits peuvent provoquer de graves problèmes de santé à long terme. Des études scientifiques, et on ne parle pas ici d’une petite étude isolée, font de plus en plus le lien entre les produits d’origine animale et les maladies graves, dites de bien-être, qu’on ne rencontre quasiment pas dans d’autres parties du globe où ces produits sont consommés en beaucoup plus petites quantités. Les corrélations sont nombreuses ( « 8.000  associations  statistiquement  significatives  mettant  en  évidence  le  rapport  entre les différents facteurs alimentaires et leurs répercussions sur la santé. » -Rapport Campbell)

Pourquoi est-ce que notre organisme dit omnivore ne parvient pas à être en adéquation avec notre nourriture et nous le fait payer à long terme? J’en suis à ce jour persuadé: l’humain, à sa naissance, nait végétalien. Mais dans notre société, il a vite fait d’entrer dans cette chaine alimentaire basée sur les produits animaux : le lait de vache arrive très tôt dans son régime alimentaire par exemple et les produits carnés feront partie intégrante de sa vie. Socialement, nous sommes omnivores et continuerons à nous comporter comme des omnivores.

Pourtant… Prenons le cas du lait de vache, de nombreuses personnes y sont intolérantes. On le soupçonne même de favoriser la production d’anticorps qui, à leur tour, détruisent les cellules du pancréas produisant l’insuline, ce qui engendre le diabète de type 1 dit juvénile. Notre corps n’est pas friand des laits de provenance animale mais nous persistons malgré tout à en consommer. Nous sommes les seuls animaux qui continuons à consommer du lait après notre sevrage et, pire, nous sommes les seuls animaux à chercher à consommer le lait maternel d’une autre espèce. Doit-on dès lors s’étonner de ses effets néfastes sur notre organisme ?

Dans le cas de la viande, une trop grande consommation entrainera des problèmes de cholestérol (entre autre), pouvant mener jusqu’à la crise cardiaque ou l’a.v.c. Pourquoi donc? Pourquoi un animal dit omnivore rencontre-t-il autant de problèmes ? Pourquoi l’homme est le seul animal catalogué omnivore à être en si mauvaise santé à cause d’une partie de son alimentation ? Un ours peut manger de la viande pendant 1 mois sans en être affecté, ses artères ne s’encombreront pas de cholestérol et il ne risquera pas la crise cardiaque si il surconsomme de la chair. Mais qu’un humain mange de la viande crue pendant 1 mois, on le retrouvera à terre occupé à se tordre de douleur. Heureusement, nous avons la capacité intellectuelle qui nous permet de cuire nos aliments et nous transformons ainsi les viandes afin d’en faciliter la digestion. Mais… cela ne nous empêchera pas de le payer plus tard.

Notre sang s’acidifie à cause des protéines animales. Pour neutraliser l’acidité trop haute, notre corps a besoin de phosphate et le prélève dans la seule source de notre corps en contenant : les os. L’os est, malheureusement pour nous, composé de phosphate et de calcium et le corps, en prélevant le phosphate, prélèvera également le calcium de nos os. Résultat des courses: en occident, les cas d’ostéoporose sont beaucoup plus élevés que dans les pays consommant peu de produits animaux; je répète: en occident, où l’on consomme le plus de produits laitiers, nous avons les os beaucoup plus fragiles que dans d’autres régions du globe n’en consommant très peu ? Il n’y a pas quelque chose qui cloche là ? Pourtant les industries laitières nous rabâchent les oreilles : « le lait c’est bon pour la santé, plein de calcium! 3 produits laitiers par jour pour une bonne santé ! Pour des os solides !  » … Mais on ne nous dit pas que le lait animal est forcément composé de protéines animales et que notre corps n’apprécie pas trop que le sang soit trop acide. Ce détail est passé sous silence.

Les industries de la viande et industries laitières sont ultra puissantes, leurs bénéfices sont mirobolants et elles ont dès lors tout intérêt à ce que le consommateur ne doute pas des effets de leurs produits sur notre santé. Elles n’hésiteront pas à rémunérer grassement des scientifiques sans scrupule pour publier des études prouvant au contraire les bienfaits de leurs produits histoire de fausser les données et perturber le consommateur qui ne saura plus que croire.

Quand on y réfléchit, qu’a-t-on à gagner en consommant leurs produits, à part du plaisir gustatif ? Si ces produits entrainent problèmes de santé, problèmes de pollution, de gaspillage d’eau et la mort de créatures innocentes : est-ce que le simple plaisir gustatif vaut-il plus que tout cela ?

Ce que les industries ont revanche à gagner en continuant à nous cacher la vérité est simple et tient en un mot : argent. Les industries pharmaceutiques sont également gagnantes dans l’affaire. Besoin d’un petit supplément de calcium ?

Les bienfaits du végétalisme sur la santé sont pourtant prouvés. La position officielle de l’association américaine de diététique et des diététiciens du canada au sujet de l’alimentation végétarienne et végétalienne est claire : 

La position de l’Association américaine de diététique et des
diététiciens du Canada est que les régimes végétariens (y compris  le  végétalisme)  menés  de  façon  appropriée  sont bons  pour  la  santé,  adéquats  sur  le  plan  nutritionnel  et bénéfiques pour la prévention et le traitement de certaines maladies.

J’entends souvent qu’il est naturel pour l’homme de consommer de la viande et produits laitiers/oeufs mais est-ce réellement naturel ? Est-ce réellement ce que notre corps demande ?

Si la question vous intéresse, je vous conseille la lecture du Rapport Campbell. C’est un livre accessible à tous, pas trop technique, la plus vaste étude internationale sur la nutrition et ses effets à long terme sur la santé. Extrait disponible ici