[Traduction] Le rôle du welfarisme et du neo-welfarisme dans la fabrication du consentement pour l’utilisation des animaux.

 
Introduction
Comme introduction, je pense qu’il sera utile d’expliquer un petit peu plus les prémisses et définitions que cet essai comporte.
La fabrication du consentement
Lorsque nous parlons d’affaires et de gouvernement, la théorie de Chomsky nous fournit des idées sur le fait que le consentement de la société pour des problèmes divers n’est pas seulement donné par les individus de la société, mais ‘fabriqué’ par l’institution (et en particulier les médias) qui a besoin du consentement afin de s’épanouir.1
Aujourd’hui, ce n’est pas une théorie qui est aussi peu intuitive qu’elle l’ait été lors de la publication du séminal de Chomsky et Herman ‘La fabrication du consentement : l’économie politique des médias’ en 1988. Nous sommes maintenant conscients des annonceurs et psychologues recrutés par les entreprises pour commercialiser des produits pour nous – un procédé qui a beaucoup de débouchés, la résultat principal étant soit de nous rendre attentif à un produit que nous pourrions vouloir consommer, mais plus vraisemblablement de fabriquer un désir en nous pour quelque chose pour lequel nous n’avions auparavant aucun désir.
De cette position, il est aisé de se rendre compte que la réalisation de notre consentement n’est pas automatiquement assuré par rapport à certaines questions. Que ça soit un nouveau produit pour lequel les annonceurs créent en nous un désir à cause de l’efficacité de leur commercialisation, ou le vote que nous donnons aux partis politiques du à l’information favorable que la presse fournit ; le consentement, à son niveau de compréhension le plus profond, est fortement influencé par ceux qui contrôlent ce que nous savons et ne savons pas, ou ceux à des postes en qui nous avons confiance.
Les Animaux non-humains dans les médias
Le but de cet article est de prendre les idées mises en avant par cette position Chomskyenne, et de les appliquer aux intérêts des animaux non-humains (ici référencés en tant qu’ ‘animaux’).
La question des animaux est presque entièrement unique. Alors qu’avec les questions humaines, les gouvernements et les médias ont des raisons et des agendas à suivre, avec les animaux ces raisons et agendas ne sont pas si clairs. Il y a certainement des moments où il est profitable de fournir une information dans les médias au détriment des animaux (par ex, lorsque les intérêts des animaux sont dans le chemin d’un profit économique direct, ou de la popularité d’un gouvernement). Cependant, dans l’ensemble, ces situations sont moins reconnaissables, car les forts intérêts d’entreprises/gouvernements profitent également des alternatives à l’utilisation animale, les rendant donc quasiment nulles en matière de partialité. En conséquence, les médias semblent bien plus neutres dans leur manière de présenter les animaux dans l’ensemble, et paraissent plus souvent du côté des animaux dans des cas de cruauté ‘excessive’, etc.. plutôt que des institutions qui profitent de cette situation. Mais je ne me pencherai pas plus en détail sur cette partialité potentielle (ou manque de partialité) car ce n’est pas le but de cet article ; je vois juste ça comme un point intéressant.
L’une des choses qui est, cependant, claire lorsqu’il s’agit d’animaux, est que nous donnons un plus grand pouvoir aux groupes qui semblent se soucier de leurs intérêts. Tandis que pour les histoires d’intérêts humains, nous tendons à nous faire notre propre opinion, et avons nos opinions influencées seulement par la couverture médiatique, pour les animaux cela est présenté de manière légèrement différente. Une poignée de groupes ‘patronaux’ pour animaux sont cités et utilisés, dépendant largement de la question, et on leur donne donc ‘autorité’ par rapport à ce que sont les intérêts des animaux. Dans un ordre quelconque, au Royaume-Uni ces groupes sont normalement constitués de la RSPCA, Animal Aid, VIVA !, et (de manière moins fréquente ces derniers temps) d’autres groupes plus petits avec des agendas plus ciblés, comme la Coalition pour l’abolition du marché de la fourrure.
Ce sont les agendas et les décisions de ces groupes qui tendent à être promus, car ils sont vus comme les autorités par rapport à ce que les animaux doivent obtenir, moralement parlant. Les médias choisiront généralement ce qui est le plus susceptible d’attirer l’attention, ou utilisent un angle donné lorsqu’ils interagissent avec ces groupes. Mais, il semble qu’ils soient beaucoup plus susceptibles (selon la campagne) de prendre parti pour les intérêts des animaux selon ce que l ’autorité » dit à ce propos. Cela donne, à son tour, plus de ‘poids’ aux histoires de la presse dans l’opinion publique, et un sens plus élevé de l’importance pour attirer le public.
Il est important de noter que ces groupes semblent être appelés à donner leur ‘verdict’ sur des situations basées sur les animaux plus souvent lorsque la situation comporte des intérêts économiques ou institutionnels. Par ex, nous entendrons l’opinion de VIVA ! sur l’abattage ‘Halal’ dans les abattoirs 2, ou l’opinion d’Animal Aid sur la mort de chevaux pendant le Grand National 3, cependant nous ne les entendons pas toujours cités lorsqu’il s’agit de violence isolée – par exemple l’abus d’animaux de compagnie. Pourtant, nous voyons parfois des groupes patronaux référencés par rapport à cela aussi, les patrons principaux étant ceux qui sont perçus comme se souciant des intérêts des isolés, comme la RSPCA.
Welfarisme et neo-welfarisme
Le welfarisme est un terme qui réfère à la croyance que nous avons un droit d’utiliser les animaux à nos fins, mais  que nous devons respecter leur ‘bien-être’ et les traiter ‘correctement’ si nous le faisons. Le neo-welfarisme réfère à la croyance que nous n’avons aucun droit d’utiliser les animaux pour quoi que ce soit (ou du moins pas de façon conventionnelle), cependant une approche de ‘welfarisme’ (par ex des campagnes de bien-être) fournira des ‘avancées’ vers la réduction ou l’abolition de l’utilisation animale ; avancées qui nous permettent également d’ ‘aider les animaux maintenant’. D’autres avancées utilisées dans le neo-welfarisme incluent les campagnes ciblées, dans lesquelles les groupes font campagne pour l’abolition d’une forme particulière d’utilisation animale ou de méthode de traitement.
Tous les grands groupes promouvant les intérêts des animaux semblent tomber dans l’une de ces deux catégories, bien que la limite entre les deux devienne de plus en plus, et peut-être intentionnellement, floue. Il est profitable pour les groupes ‘patronaux’ de faire appel à ceux qui croient aussi bien au welfarisme qu’au neo-welfarisme (augmentant le soutien pour les campagnes et les dons), et dès lors brouiller les frontières au niveau public est un moyen d’augmenter sa popularité.
Welfarisme
  1. Les gens de la RSPCA suivent une position welfariste, et tendent à se concentrer sur des campagnes visant des idées subjectives comme la ‘cruauté excessive’, et cherchent à éliminer les traitements ‘pires que tout’ infligés aux animaux. Cette approche est viciée pour un certain nombre de raisons, l’essentiel étant : les animaux sont vus comme des produits (pas comme des personnes) selon la loi, et donc un appel à leur bien-être est inefficace. C’est pourquoi les campagnes fructueuses tendent à seulement réussir à rendre leur exploitation plus efficace. Par exemple, les campagnes se concentrent sur le gain financier si l’industrie interdisait une certaine pratique cruelle, etc.., afin de recueillir plus de participation de l’industrie. En conséquence, les groupes militants finissent souvent par faire des campagnes basées purement sur ces facteurs, afin d’obtenir un plus grand succès. Cela signifie qu’aucun intérêt des animaux en question n’est mis sur le tapis, résultant en des changements principalement esthétiques, qui n’ont souvent très peu (voir pas du tout) de valeur pragmatique pour les animaux en question.
  2. Les campagnes de bien-être sont anthropocentriques. Elles se concentrent sur de ‘légères’ améliorations (principalement à cause du point a) et s’appuient sur le fait qu’il soit mieux d’exploiter les animaux de cette façon qu’auparavant. Les partisans des œufs au sol, par exemple, déclarent souvent quelque chose du genre est-ce que tu ne préfèrerais pas avoir un peu plus de place si tu étais en cage? 4. Ce n’est pas pertinent pour n’importe quel animal sauf pour les humains, et c’est donc nettement anthropocentrique. Les animaux ne sont pas conscients que les choses pourraient être meilleures ou pires s’ils ne l’ont jamais expérimenté (tout comme les hommes ne le pourraient pas), et leur souffrance est 100% réelle pour eux à l’instant où ils le vivent – donc les campagnes de bien-être font très peu, si quoi que ce soit, pour améliorer la vie des animaux actuels visés par ces campagnes, elles rendent simplement les gens plus à l’aise car cela parait ou semble mieux de notre point de vue humain (c’est surtout pertinent car les lois de bien-être prennent des années à être appliquées, et d’ici là les animaux emprisonnés ne connaitront pas les conditions précédentes – en soi aucun individu animal n’aura été aidé ou aura vu ses conditions s’améliorer).
  3. Les campagnes de bien-être fabriquent explicitement le consentement. Les gens sont préoccupés par les horreurs endurées par les poulets dans les fermes industrielles, par exemple. Cependant, des labels (tels que ‘freedom food’) sont mis sur le marché créant des poules plus heureuses, et donc ils réussissent à apaiser la préoccupation des consommateurs 5. Très peu, ou rien du tout, n’a été amélioré pour les animaux, et pourtant le consentement est donné pour leur exploitation. C’est une méthode classique de fabrication du consentement pour une action immorale, et pourrait directement prendre place dans un modèle de propagande de Chomsky. 6 

Dans tous les cas, une campagne de bien-être échoue par son incapacité à souligner ce qui améliorerait en réalité la vie d’un non-humain, et par une méconnaissance de l’idée que la plupart, si pas toutes, des campagnes qui pourraient réellement améliorer la situation des non-humains pour nos utilisations, sont rendues impossibles du à leur statut de propriété aux yeux de la loi, et de nos opinions sociétales 7. Qui plus est, ces campagnes apaisent la véritable préoccupation des consommateurs par rapport à notre utilisation des animaux, et donc elles finissent par fabriquer du consentement pour une action immorale en fournissant une image illégitime de ‘bien-être’. Cela, à son tour, ne fait rien pour satisfaire la nature de la préoccupation identifiée par les consommateurs, dû à l’incapacité mentionnée ci-avant à améliorer quoi que ce soit pour les animaux actuels. Nous pouvons mettre en évidence des cas de welfarisme à travers des concepts comme les produits animaux « plein air », « bio », « humain » et, le pire de tous, « heureux » qui sont mis sur le marché comme alternatives à la cruauté excessive offerte dans l’utilisation animale ‘normale’ ou ‘industrielle’.

Neo-welfarisme
La plupart de la société est en accord avec la position welfariste, dû au fait que les médias en font la promotion, vu que c’est la méthode la plus facile et donc la plus populaire pour solutionner la culpabilité de l’exploitation animale. Cependant, beaucoup de groupes militant pour les animaux réalisent qu’il est difficile de s’occuper des intérêts des animaux tout en adoptant une position welfariste (un bref résumé des problèmes des tactiques welfaristes a été soulevé dans la section précédente).
En conséquence, divers groupes se tournent vers le neo-welfarisme, acceptant le fait que nous n’avons aucun droit d’utiliser les autres animaux, et en effet aucun moyen de les utiliser humainement sans violer leurs intérêts fondamentaux. Tous pourtant, jusqu’à un certain degré, utilisent le welfarisme dans leur tactique, comme un ‘pas’ vers une société plus gentille et plus consciencieuse.
Utiliser le welfarisme en soi semblerait contre-productif, vu le raisonnement donné précédemment. Le welfarisme ne fait rien pour les animaux en plus d’aider à fabriquer le consentement pour leur exploitation. Ce n’est ni un pas pour le bien-être des autres animaux, ni un pas vers plus de désaccord avec leur utilisation – en fait dans le dernier cas, c’est le contraire. Donc, l’utilisation du welfarisme par les groupes neo-welfaristes est aussi déroutante que contre-productive, vu leur position pour l’abolition de l’utilisation animale. S’ils adoptaient la position welfariste de groupes comme la RSPCA, alors il serait juste d’au moins leur accorder l’ignorance. Mais vu leur insistance sur l’utilisation immorale des animaux, nous devons commencer à questionner à quel point ces groupes sont efficaces/sincères. Après tout, ils prétendent voir les problèmes du welfarisme, en étant pro-abolition par rapport au sujet, et pourtant utilisent le welfarisme pour lequel ils constatent des problèmes, comme méthode pour arriver à la solution qu’ils identifient comme la bonne direction à suivre. C’est paradoxal, autant de manière hypothétique que pragmatique.
C’est ce genre de groupes (neo-welfaristes) sur lequel je me pencherai principalement dans cet essai. Ce genre de groupes, Animal Aid, PETA, VIVA ! 8, etc., ont de l’influence dans les médias, tout en étant neo-welfaristes. Mon but est simple – je souhaite établir que ces groupes jouent un grand rôle dans la fabrication continue du consentement pour l’exploitation des animaux.
Education végane et abolitionnisme
Comme point de départ, il est utile de rappeler que tous les neo-welfaristes semblent être en accord avec une chose – le véganisme est l’idéal, et l’éducation végane est utile. Le véganisme comprend l’abolition de l’utilisation animale dans sa vie, et le refus de manger, porter ou d’utiliser des animaux, dans la mesure du possible. Le but déclaré et pratique d’un groupe neo-welfariste est que tout le monde choisira, ou devrait choisir le véganisme au final. Ils voient simplement le welfarisme et les campagnes ciblées comme un moyen d’y arriver.
L’abolitionnisme est l’autre option, si vous voulez. La théorie abolitionniste (écrite initialement par Gary L. Francione 9) soulève beaucoup des points évoqués dans cet essai par rapport à la nature contre-productive du welfarisme, et fournit des raisons impérieuses d’éviter les campagnes ciblées. Elle fournit des arguments pour montrer que l’éducation végane créative et non-violente, associée à une campagne abolitionniste basée sur les droits des animaux, est le chemin pour un changement effectif, durable, significatif pour les autres animaux.
Avec ça en tête, si on est d’accord avec les problèmes mis en avant pour la façon neo-welfariste de faire les choses, on ne devrait donc pas sentir inutile quant à la façon d’effectuer des changements. Bien que je ne m’étendrai pas sur l’entièreté de la théorie abolitionniste pour le moment, il est important de se rappeler qu’il y a une autre option avant qu’on commence – et donc il devrait être plus facile de garder un esprit ouvert par rapport à l’efficacité du neo-welfarisme. Il est également important de se rappeler que les neo-welfaristes ne sont pas en désaccord avec l’éducation végane la plupart du temps, ils pensent simplement qu’ils ont également besoin de leurs méthodes welfaristes et des campagnes ciblées. C’est au lecteur de décider si c’est le cas après lecture des pages suivantes, ou si elles ne sont non seulement pas nécessaires, mais également nuisibles par leurs effets sur les animaux.
Campagnes de bien-être : l’ ‘angle’ neo-welfariste
Les bases
Il y a d’énormes arguments qui pèsent contre les campagnes de bien-être, et ceux-ci sont établis dans des domaines académiques tels que la loi, l’économie et bien entendu la philosophie. Comme mentionné plus tôt, Gary L. Francione fut peut-être le premier académicien à commencer l’analyse de ceux-ci en littérature écrite. Le livre ‘Rain without Thunder : The ideology of the animal rights movement’ de 1996 commença à expliquer pourquoi les défenseurs des animaux n’allaient nulle part avec de telles campagnes.
Francione a inventé les termes ‘welfarisme’ et plus tard ‘neo-welfarisme’ pour décrire les croyances idéologiques différentes par rapport aux animaux, et par la suite la nature problématique de ces deux croyances. Le problème du welfarisme résidait dans son incapacité à faire quoi que ce soit de significatif pour réduire la souffrance des animaux, et également son refus anthropocentrique de considérer la sentience comme raison de ne pas prendre une vie inutilement en premier lieu (et à la place de se pencher sur des aspects non-pertinents de la manière dont on devait traiter la vie et la prendre). Les problèmes du neo-welfarisme découlaient d’une source similaire, mais incluaient également le fait que le welfarisme était, et est toujours, un outil de l’industrie pour maintenir les ventes, ainsi qu’un outil que l’industrie animale utilise régulièrement pour rendre l’exploitation des animaux plus efficace, pas moins. Donc voir le welfarisme comme un pas vers l’abolition revient simplement à ignorer les faits.
L’ ‘angle’
Il semble que les partisans du neo-welfarisme soient, à un certain point, conscients de cela. Par exemple, dans la plupart des campagnes welfaristes d’Animal Aid, on peut trouver la phrase étrange qui nous fait penser qu’ils essayent de rendre les gens conscients du véganisme – c’est ce que je décris comme l’angle neo-welfariste.
L’angle est la méthode par laquelle un groupe neo-welfariste introduira une simple phrase, ou un sentiment isolé, qui rejette l’exploitation animale dans son ensemble, ou promeut le véganisme dans son ensemble, à l’intérieur d’une campagne contre une utilisation unique .10
L’industrie accepte  en réalité le welfarisme et l’utilise dans ses campagnes commerciales, et le voit comme un outil permettant une augmentation des profits et un niveau plus élevé d’utilisation animale. Lorsqu’on fait remarquer cela, un neo-welfariste pointera rapidement l’angle comme défense – une manière de dire ‘Je suis d’accord jusqu’à un certain degré, mais nous disons explicitement aux gens que le véganisme est meilleur/que toute utilisation animale est immorale’. Bien que cela soit une réponse qui sonne bien, et donne aux neo-welfaristes une sorte de bouclier avec lequel défendre leurs exploits, ça ne tient pas la route du point de vue pratique. Examinons la manière dont fonctionnent ces campagnes, ce qu’elles visent, et comment elles cherchent à réussir. Au final, toutes ces choses peuvent se résumer en deux mots – les médias.
Les médias ont un agenda prépondérant, même lorsqu’il s’agit de la question la moins menaçante de l’utilisation animale. Ils veulent battre la concurrence – vendre plus de journaux que leurs rivaux, avoir plus de spectateurs que les autres chaines, etc. De là, les médias ont tendance à maintenir les normes de la société, en cherchant à être les meilleurs par rapport à ce que les gens veulent entendre, car c’est de là que proviennent les bénéfices pour les entreprises médiatiques.
Donc lorsqu’un groupe animal, comme Animal Aid, arrive avec une campagne de bien-être pour attirer l’attention des médias, disons leurs campagnes pour le placement de vidéosurveillance dans tous les abattoirs (pour surveiller les travailleurs et éliminer la cruauté ‘excessive’), ils fournissent souvent un angle qui, selon eux, contre le problème du welfarisme. Dans cet exemple particulier, l’angle sur leur site web était ‘Animal Aid croit que peu importe si c’est ‘bio’, ‘traditionnel’, ‘kasher’ ou ‘halal’, tout abattage est dispensable et immoral, et la seule manière de prévenir une telle souffrance est de se passer de viande.11
Nous ignorerons un instant qu’ils ont dit ‘se passer de viande’ alors qu’ils pensent également que les produits animaux tel que les produits laitiers et les œufs causent des problèmes moraux.12  Si nous revenons au point précédent, nous réalisons que les médias veulent maintenir la norme dans la société, ou seulement fournir des remises en question populaires, de manière à bien se vendre. Mais publier des campagnes entières sur des problèmes uniques est excessivement détaillé et impopulaire. Et, par ailleurs, quoi que ce soit qui implique la publication d’un défi par rapport à la croyance majoritaire serait risqué à moins que l’éditeur ait une raison de croire qu’un changement immédiat serait à venir de manière à les soutenir (et donc de récolter des bénéfices de ces efforts). Donc les médias seraient heureux de promouvoir le message welfariste sûr, court, que nous devrions faire ce léger changement, insignifiant, consistant à placer des caméras dans les abattoirs. Et, en effet, Animal Aid crie victoire en ayant atteint les médias dans ce sens – maintenant beaucoup de supermarchés ont commencé à acheter de la viande provenant seulement d’abattoirs disposant de caméras.
Cependant, les médias ne montreront pas la campagne entière. Et l’angle est exactement ce qu’ils omettent, car il contient le petit morceau du message qui est impopulaire. Donc, bien que les groupes neo-welfaristes utilisent cet angle comme argument pour contrer les problèmes du neo-welfarisme, ils ne réussissent pas par rapport à leurs propres opinions de manière pratique. Et comment pourraient-ils ? Les médias ne sont pas conçus de cette manière. Ils enlèveront toujours les parties qui ne recueilleront pas l’aval de leur audience. L’angle est aussi vicié idéologiquement que l’était l’approche neo-welfariste en premier lieu. Il est clairement mieux de fournir un angle que de ne pas en fournir du tout, mais ça ne résout pas les problèmes visés. S’ils voulaient éviter ces problèmes de tactiques welfaristes, leur solution aurait été d’abandonner la campagne, ou de fournir un angle qui faisait tellement partie de la campagne que les médias ne l’auraient pas touché en premier lieu (vu qu’il est trop controversé et hors-sujet par rapport à l’audience des médias). Ce qui devrait être clair après cette analyse de cette campagne, et cette phrase finale, est que le welfarisme, de par sa nature profonde, crée des problèmes pour les animaux qu’il ne peut pas résoudre par ses propres moyens – donc c’est pourquoi les groupes neo-welfaristes ne s’identifient pas au welfarisme au départ.
Avec ce que nous connaissons à propos des médias, et ce que nous connaissons à propos du welfarisme, si une campagne est un succès, il est naturel de faire la supposition que c’est contre-productif. Les médias chercheront des patrons étant d’accord avec le consensus de la société, qui est pour l’instant la pensée welfariste. Fournir un angle pour essayer de contrer cela est futile, au mieux, aussi longtemps qu’on fournit un problème qui est facilement séparable de l’angle au départ. Une campagne qui vise la réalisation d’une loi de bien-être unique, ou d’une action de bien-être unique (comme la campagne visant à installer des caméras dans les abattoirs) est de toute évidence différentiable des quelques lignes de la campagne incitant les gens à envisager le véganisme (ou, plutôt, le végétarisme, dans le cas d’Animal Aid, qui pose d’autres problèmes comme discuté plus tard). Ce n’est pas un problème caché ; il est clair que les médias ne mettent pas en avant l’angle, tout comme il est clair que les ressources d’Animal Aid qui promeuvent ce genre de campagnes n’impliquent pas l’angle en tant qu’élément essentiel, mais plutôt comme moyen optionnel. Ce point n’incite pas seulement à arrêter ce genre de campagnes, il nous incite également à nous poser des questions sur les vraies intentions de groupes comme Animal Aid – vu que l’angle est utilisé soit parce que le groupe ne comprend pas le problème convenablement au départ, soit parce qu’il souhaite avoir un moyen de défense lorsque les gens leur demandent pourquoi il s’engage dans des mesures welfaristes contre-productives. Vu le véritable marketing et l’expertise médiatique impliqué dans ses groupes de nos jours, on doit être prudent d’affirmer que ces groupes ne sont pas conscients des dégâts qu’ils causent.
Campagnes ciblées
La différence
Les campagnes ciblées (CCs) sont soutenues par la grande majorité de ceux qui sont en désaccord avec les tactiques welfaristes, et pourtant font très peu pour éviter les mêmes problèmes – ce qui est un autre phénomène déconcertant. Alors qu’on peut critiquer une CC visant la promotion de tactiques welfaristes (comme dans l’exemple d’Animal Aid ci-dessus, où ils ont mené une campagne visant l’installation de caméras dans les abattoirs), les partisans les défendent selon le motif qu’elles peuvent également être ‘abolitionnistes’.
Par cela, ils veulent dire qu’on peut mener une campagne ciblée pour s’opposer à une utilisation animale entière, par ex la plus populaire, l’industrie de la fourrure13. Ceci est différent d’une campagne de bien-être normale, car elle vise à abolir une utilisation, plutôt que de la rendre plus douce, ou plus humaine. En conséquence, beaucoup pensent que ces campagnes sont une perspective différente, et sont réellement utiles dans leurs démarches. En effet, certains pourraient prétendre ne pas du tout être neo-welfariste.
Le lien neo-welfariste
On doit se pencher sur le role que les CCs jouent dans la fabrication du consentement afin de voir pourquoi elles restent toujours intrinsèquement neo-welfaristes par nature. Retournons aux médias.
Tout comme avec le welfarisme, les médias sont le plus grand outil de la réussite des CCs. Ce que nous avons déjà établi est que les médias neutralisent facilement les messages ouvertement ‘abolitionnistes’ ou ‘vegan’ pour à la place faire la couverture des parties plus populaires des campagnes, s’ils trouvent un moyen de le faire. Pourtant, les campagnes de bien-être ne sont pas la seule forme populaire du plaidoyer des droits des animaux dans les médias, et il n’est pas rare de voir des campagnes contre la fourrure, ou contre la chasse à la baleine, ou peut-être même contre le foie gras, recevoir un nombre significatif de lignes dans les journaux. La raison à cela est que ces utilisations d’animaux sont perçues comme ‘extrêmes’ par la société, et donc les campagnes sont populaires vu les changements insignifiants qu’elles demandent aux gens de faire dans leur vie (même dans le cas où elles appellent au boycott, cela a tendance à être réduit, insignifiant, comme pour la fourrure ou le foie gras que les gens n’achètent pas souvent de toute manière).
Les campagnes contre les utilisations ‘extrêmes’ sont soutenues par beaucoup pour les mêmes raisons que les tactiques welfaristes, et présentent de nombreux résultats semblables. Premièrement, les gens se sentent coupables lorsqu’ils voient l’exploitation animale, et les CCs visent à fournir de l’apaisement, excepté le véganisme, tout comme une campagne welfariste. La fourrure, la chasse à la baleine, et le foie gras, par exemple, sont des cas classiques que presque tout le monde soutient. Et pourtant, la plupart des gens ne soutenaient pas ces industries en premier lieu. De manière plus générale, voici comment les CCs fonctionnent cependant – elles fournissent un nombre d’utilisations ‘extrêmes’ contre lesquelles les gens peuvent être contre, de manière à ce que les gens ne doivent pas vraiment faire quoi que ce soit, et se sentent mieux malgré tout par rapport au sujet – tout comme lorsque les gens peuvent acheter des produits ‘plein air’ de temps en temps, et se sentent alors mieux car ils ‘font quelque chose’. Les médias les adorent également, car elles fournissent des articles populaires pour lesquels les gens peuvent ‘être contre’ quelque chose sans faire grand-chose en réalité, voir rien du tout, tandis que les groupes de défense les adorent car ça leur rapport des dons à un rythme alarmant de gens qui, de manière similaire, ne veulent pas faire quoi que ce soit si ce n’est donner de l’argent ou être en colère contre un problème pour apaiser leur conscience.
A quel niveau ces campagnes aident-elles en réalité les animaux cependant ? Les groupes de défense des animaux brandissent l’exemple de la campagne anti-fourrure, dès qu’on mentionne l’inefficacité des CCs. Elles font référence au fait que la production de fourrure fut interdite au Royaume-Uni 14, et donc la campagne fut une réussite, et les animaux ont été aidés. Ils omettent de référencer tous les faits cependant. La fourrure n’a jamais été particulièrement populaire au départ – elle n’atteignait pas les ventes des autres peaux plus populaires, comme le cuir, et donc c’était facile pour les gens de la rejeter puisque cela n’impliquait peu ou aucune action de leur part. La campagne en elle-même déplaça la production à l’étranger (avec une aide financière du gouvernement pour aider les entreprises de fourrure à se délocaliser, car il n’y avait pas d’objection solide à la pratique en termes légaux15), mais n’a pas fait baisser énormément la demande de fourrure16. On peut remarquer que les militants ont eu ce qu’ils voulaient (par ex, une interdiction de certains élevages à fourrure anglais – les lapins peuvent toujours être élevés pour la fourrure), et se réjouissent et référencent cela en conséquence. Cependant, les animaux n’ont vu aucune amélioration puisque le nombre d’animaux utilisés n’a pas baissé de manière significative (et comme le montre la référence précédente, cela augmente de manière continue). Ils sont toujours demandés, et sont toujours utilisés.
Manque de compréhension.
Le problème de la fourrure nous amène parfaitement au deuxième grand problème des CCs. Ces dernières années, il a été largement prouvé que la fourrure revient en force en matière de ventes.17  La raison pour cela peut être directement liée à un problème structurel des CCs.
Les CCs sont différentes de l’éducation végane dans le sens où elles veulent faire un procès contre certaines (peut-être plus extrêmes) utilisations d’animaux, comme étape, plutôt que de progressivement éduquer au sujet de l’utilisation des animaux et du véganisme, comme étape. Le réel problème moral contre l’utilisation d’animaux, réside dans l’idée que nous n’avons aucun droit de les utiliser au départ. Tous les êtres sentients méritent le droit de ne pas être traités et exploités comme des choses, et les arguments pour clamer le contraire trouvent leurs racines dans le même préjugé que le racisme et le sexisme – le spécisme.
Évidemment, une CC pourrait en faire un élément principal de la campagne, cependant elle devrait alors renoncer à son statut et ses avantages de CC. Après tout, le but d’une CC est un résultat immédiat, ou rapide dans ce domaine par étape. La façon d’y parvenir, est de ne pas remettre en question toute l’utilisation des animaux, le spécisme, ou l’utilisation plus normale des animaux à laquelle une personne se livre, mais plutôt de s’attaquer à ‘une utilisation à la fois’ – surtout les utilisations plus extrêmes, et les moins soutenues.
Pour cela, une CC doit faire l’implication explicite à son audience que l’utilisation d’animaux au centre de cette campagne est si différente des utilisations normales, que cela doit être abandonné et opposé (vu que l’audience soutient actuellement l’utilisation normale des animaux – faire référence à cela comme étant immoral serait inefficace). Inhérent à cela est la justification de l’utilisation normale des animaux comme moins problématique, et donc il y a une poursuite des normes de la société, qui appuie cela de toute manière.
En différenciant cette utilisation des autres, nous perdons la force de l’argument des droits des animaux au départ – puisque, si l’utilisation normale des animaux est ok, alors il ne peut y avoir de problème moral à ne pas prendre en compte la sentience, à cautionner le spécisme, ou à utiliser d’autres animaux contre leur volonté pour nos plaisirs frivoles. En conséquence, la CC se concentre sur le choc à court terme et l’aversion, plutôt que sur la progression et la compréhension à long terme.
Et à partir de là, il est aisé de voir pourquoi les ventes de fourrure retrouvent une seconde jeunesse. En effet, aussi longtemps que nous mènerons des CCs au lieu d’utiliser ces problèmes comme point d’accroche pour l’éducation végane, il est peu plausible qu’une utilisation soit affectée en quoi que ce soit, excepté un changement cyclique comme celui-ci. Les CCs se concentrent sur les résultats à court-terme – se concentrant sur des idées subjectives comme la ‘cruauté excessive’, et des vidéos horribles et ‘gores’ – et donc on ne devrait pas être surpris qu’après une certaine période le public oublie cela, et retourne à leurs croyances basiques à propos de l’utilisation des animaux, qui n’ont pas changées à un niveau fondamental.
Un autre point à soulever est que bien qu’une CC puisse créer des changements mineurs à court-terme (tous nuisibles de manière générale), la plupart du temps elle est très inefficace pour ce faire. J’ai déjà mentionné pourquoi elle échoue à forger une compréhension de l’immoralité de l’utilisation animale dans l’esprit des gens visualisant la campagne, mais cela limite également son efficacité à court-terme. Alors que les gens s’opposent dans l’ensemble aux élevages à fourrure, très peu sont en réalité motivés pour y faire quoi que ce soit – ils agiront normalement seulement si on leur demande des changements de toute façon insignifiants, voir nuls dans leur vie – vu que la campagne ne forge aucune raison pour laquelle ils devraient avoir une préoccupation rationnelle. Et donc la CC réussit seulement à souligner ce contre quoi les gens sont déjà – n’imprimant ainsi aucun changement, et en opérant simplement un changement d’approvisionnement (comme la délocalisation de l’utilisation animale à l’étranger, ou poussant les gens à acheter des peaux de bovins plutôt que de chiens – ou peut-être en ne les faisant même pas boycotter l’utilisation en question, mais plutôt de les amener à être d’accord avec le boycott dans des situations sociales).
Donc la campagne en elle-même est utilisée pour défendre certaines normes dépeignant l’utilisation ‘extrême’ des animaux comme le problème, la cruauté ‘excessive’ étant le seul problème moral, etc., et qui plus est, elle échoue à motiver l’action en premier lieu. Un autre exemple est la campagne contre l’élevage industriel avec laquelle nous pouvons constater que, bien que celui-ci soit condamné presque unanimement par la société, les ventes de viande, œufs et produits laitiers provenant de ces élevages ne baissent pas fortement. Même lorsque nous pouvons démontrer qu’elles baissent, elles sont remplacées par des produits de ‘bien-être’ dénués de sens 18, vu que cela implique des changements insignifiants que les gens accepteront par rapport à un problème sur lequel ils n’ont pas été amenés à réfléchir de manière rationnelle. Donc bien qu’à court-terme ces campagnes puissent être populaires dans les médias, elles ne font rien en termes de changements pour les animaux en question. Pour cela, il faut que les gens commencent à comprendre la raison pour laquelle l’utilisation des animaux est immorale, ou la manière de réellement aider les autres animaux. Les campagnes ciblées, par leur nature structurelle, ne peuvent même pas commencer à faire cela.
Différencier les utilisations d’animaux
La différenciation entre les utilisations d’animaux pose peut-être le plus grand des problèmes, lorsqu’il s’agit du rôle des CCs dans la fabrication du consentement.
Si nous rassemblons tout ce qui a été mentionné sur les CCs jusqu’à maintenant, il y a un certain nombre de conclusions que nous pouvons tirer. Les médias sont attirés par les CCs pour défendre les normes de la société, ou seulement pour les remettre en question de manière ‘sure’ (un exemple pourrait être la remise en question des fermes industrielles de production d’œufs dans les médias ces derniers temps). L’agenda neo-welfariste des groupes de défense animale s’emboite ici parfaitement avec les médias. Les médias se soumettent fondamentalement aux normes welfaristes de la société, et ils utilisent les groupes neo-welfaristes pour soutenir et s’adapter à celles-ci, de manière à trouver des patrons sincères des intérêts animaux, tout en étant en mesure de maintenir leur soutien aux normes de l’utilisation acceptable des animaux dans la société.
Donc bien que le groupe de défense pense être extrêmement pragmatique en utilisant les médias pour faire avancer son propre agenda, il est plus probable qu’il remplisse le rôle de différencier les utilisations extrêmes d’animaux par rapport aux utilisations normales (sans faire grand tort aux utilisations ‘extrêmes’ de toute manière), et offrant par conséquent l’outil de satisfaction morale facile sans aucune action réelle de la part de l’audience. Le groupe pense que son angle sur les campagnes (qu’ils soient welfaristes ou non) efface d’une certaine manière ce problème. Mais, comme je l’ai montré ici, au mieux l’angle fournit un moyen de faire valoir les dons et le soutien d’un abolitionniste, mais il ne fait rien pour réellement agir en tant qu’angle dans les médias.
Voir au-delà des ‘masques rationnels’
Les groupes neo-welfaristes avancent souvent diverses raisons pour expliquer qu’ils ne font rien de mal, et pourquoi ils doivent continuer sur cette voie. Certaines ont déjà été examinées (par ex, l’utilisation de l’angle, qui selon eux neutraliserait le problème du welfarisme ou des CCs). Cependant, je pense qu’il est possible de montrer que chacune de ces autres raisons ne sont rien d’autre qu’un ‘masque rationnel’ – par lequel je veux dire une moyen de défendre une action avec un discours rationnel, sans en réalité vraiment croire à ce qu’on dit. Il y a, je pense, des raisons rationnelles pour lesquelles les groupes neo-welfaristes continuent dans cette voie du neo-welfarisme, et je discuterai de cela dans la prochaine partie. Mais premièrement, quelles raisons les groupes neo-welfaristes avancent-ils pour défendre leur utilisation continue du welfarisme et des CCs ?
Tout plaidoyer animal aide
D’abord et avant tout, presque toujours, vient la croyance que ‘tout est bon à prendre’. Peut-être défini plus clairement, cela réfère à la croyance que même si une campagne est néfaste ou inefficace, elle met au moins en avant les intérêts des animaux nonhumains et/ou fait connaître leur sort.
Il devrait être plutôt évident que c’est un argument infondé, après avoir lu ce qui, j’espère jusqu’à présent, a été une explication des raisons pour lesquelles le neo-welfarisme aide à jouer un rôle dans la fabrication du consentement d’un public initialement préoccupé par l’exploitation animale. Cependant, nous pouvons nous pencher plus en profondeur sur les raisons d’une telle allégation.
Cela fait avancer l’idée que la prise de conscience en soi est une bonne chose, et que malgré les énormes problèmes du neo-welfarisme, au moins les gens deviennent conscients des abus animaux dans l’industrie. Il est utile d’examiner la manière dont la défense animale fonctionne afin de mettre en avant les vices de ce point. Comme expliqué précédemment, les CCs (welfaristes, ou neo-welfaristes) ne parviennent pas à obtenir un bon niveau de compréhension par rapport au problème moral de l’utilisation des animaux. En conséquence, comme démontré sans aucun doute par la CC la plus longue et perçue comme la plus réussie, celle contre l’industrie de la fourrure, l’incapacité à forger cette compréhension dans le public a eu pour résultat un effet cyclique en terme de succès (ex, une légère baisse des ventes, suivi d’un retour retentissant au premier plan une fois les effets à court-terme de la campagne dissipés).
De manière similaire, si nous mentionnons le fait que la grande majorité du public soit déjà consterné par l’élevage industriel, mais n’y fait pourtant rien, nous pouvons facilement  identifier le problème du discours ‘tous les défenseurs des animaux aident’. La défense des animaux requiert deux facteurs pour réussir – la mise en avant du sort des animaux exploités, et une compréhension de son immoralité.19
Ce que nous pouvons également nettement soutenir, étant donné l’hypothèse des points précédemment mentionnés sur la fourrure et l’élevage industriel, c’est que ce dernier facteur est bien plus important – au moins dans la société dans laquelle nous vivons. Tout le monde, de manière presque unanime, est déjà conscient de l’élevage industriel et de ses horreurs, et dès lors la plupart en sont dégoutés20. Et pourtant, ca ne s’est pas traduit en baisse significative des ventes, sauf où les produits d’élevages humains anthropocentriques ont augmentés (tel que référencé précédemment). Nous sommes au point de saturation par rapport à la connaissance du calvaire des animaux, et pourtant à un niveau presque nul de compréhension dans notre société sur les raisons pour lesquelles c’est immoral. Déclarer que ‘faire connaitre leur sort aide’, une fois que nous savons cela, revient à ignorer la plus basique de nos capacités rationnelles.
L’idée que toute défense des animaux aide est grandement viciée en référence à la réalité, et ignore l’approche fondamentale à deux facteurs que l’analyse la plus basique du plaidoyer animal exigerait que nous suivions – la sensibilisation couplée à la compréhension.
Mesures progressives
Il a aussi été question de cela tout au long – l’idée que nous devons être neo-welfariste dans notre approche, étant donné que nous devons faire ça par étape : tout le monde ne deviendra pas vegan du jour au lendemain, alors nous devons faire ça par étape pour y arriver.
La preuve contre cela a été soulevée quelques fois dans cet essai. Le neo-welfarisme ne fournit pas de passerelle pour quoi que ce soit ; il aide à maintenir les normes actuellement en place. Il est l’accomplissement d’un rôle sociétal important en fournissant la différenciation autoritaire de l’utilisation normale des animaux par rapport à l’utilisation ‘extrême’ inacceptable. Donc l’idée qu’il fournisse une passerelle est totalement incompréhensible.
Dans une société où les animaux sont vus comme des propriétés, et des choses, le moyen de surmonter cela réside dans la mise en avant de leur sentience, et en fournissant les raisons pour lesquelles la sentience demande un respect moral aussi bien en termes de souffrance que d’intérêt continu à vivre. Tous ce que nous avons pour l’instant dans le neo-welfarisme est la compréhension qu’ils sont ‘mal’ traités, et la solution en découlant est que nous pouvons éviter cela en évitant les mauvaises parties de l’industrie, et en optant pour une utilisation plus ‘normale’ ou ‘humaine’.
La véritable passerelle en soi consiste en un mouvement progressif, à effet boule de neige, pour le véganisme. Cependant, le neo-welfarisme sape énormément le véganisme. Il fournit bien une faible publicité au calvaire des animaux d’exploitation, mais propose pourtant des solutions qui n’impliquent pas le véganisme (que ça soit le boycott d’une industrie comme pour la fourrure, ou le boycott d’une certaine utilisation comme celle des poules en batterie). Donc même s’il sensibilise le public par rapport à leur ‘sort’, il contre rapidement tout effet positif que ça pourrait avoir pour le véganisme en le neutralisant, en faisant passer le véganisme comme une étape ‘extrême’, en promouvant l’étape directe, sensible du boycott de cela.
Si le neo-welfarisme fournit des étapes via sa publicité pour la souffrance animale, il les ignore immédiatement de par sa nature même en fournissant des étapes vers des solutions alternatives, qu’il est bien plus facile d’emprunter pour ceux s’adonnant à l’exploitation animale. Au pire, il nuit de par son rôle dans la fabrication du consentement, au mieux il inverse tout bénéfice qu’il pourrait faire de par son ignorance du véganisme comme seule solution progressive.
Fabriquer la confusion – le véritable agenda
Confusion
Un dernier rôle que joue le neo-welfarisme, est basé autour de ses propres défaillances structurelles dans la création d’une idéologie cohérente.
Comme souligné durant l’exploration de l’idée de l’angle, Animal Aid se fera un plaisir de faire des concessions en faisant connaître le ‘végétarisme’, en sachant pourtant que le végétarisme reste immoral. De même, ils ont demandé aux gens de plutôt acheter de la viande provenant d’animaux abattus dans des abattoirs équipés de caméras de vidéosurveillance, et malgré tout insistent également sur le fait que l’abattage soit immoral.21
Ils ne sont pas les seuls. VIVA ! soutient le véganisme comme la solution22, et pourtant confondent également ce message en utilisant le terme ‘végétarien/vegan’, et utilisant les deux de manière presque interchangeable23. Eux aussi affirment leurs idéaux basés sur ces concepts (ce qui en soi est confus, vu que le végétarisme pourrait inclure plus de souffrance que le mode de vie omnivore ‘normal’, vu sa dépendance aux produits laitiers et aux œufs), et pourtant font campagne pour que les gens agissent moralement en faisant beaucoup moins (comme simplement boycotter l’élevage industriel24).
Tandis que, à un niveau fondamental, ces groupes peuvent défendre ces croyances en pointant leur volonté d’atteindre le véganisme, mais également en ‘prenant des mesures’ et en ‘aidant les animaux maintenant’ (aussi viciées que soient ces idées par rapport au monde réel), cela crée malgré tout une énorme quantité de confusion.
Il y a une attitude négative envers ces groupes émanant de certains milieux de la société, où les gens voient cela comme un espèce d’ ‘agenda caché’ par lequel « bien sûr, les groupes nous demandent de faire cela maintenant, mais la semaine prochaine ils nous demanderont autre chose, et ils ne s’arrêteront pas jusqu’à ce qu’on soit tous vegan ».25 C’est un problème bien réel pour les groupes (car cela menace leur popularité), et en conséquence, on peut supposer, ces groupes brouillent bel et bien les frontières, et cachent souvent ce qu’ils croient en réalité. Cela nous enfonce plus que jamais, car nous voyons des groupes allant si loin qu’ils enlèvent carrément les angles de leur documentation dans certains cas, ou même mentant en utilisant le terme ‘végétarien’ plutôt que ‘vegan’ comme idéal.
Ces groupes arrivent à un stade où ils doivent délibérément cacher leurs croyances, et ignorent ainsi explicitement leur propre but qu’est l’abolition/le véganisme. La position neo welfariste est suffisamment nuisible, et ces groupes peuvent aller jusqu’à cacher même cela afin de pouvoir paraitre plus ‘normaux’, moins ‘vegan’ et donc plus populaires (d’où l’utilisation du terme ‘veg’). Cela se fait de manière pragmatique, mais cela implique une plus grande dévalorisation du véganisme et son rejet en tant que base morale. Ils sont en faveur d’un pragmatisme superficiel, où les résultats immédiats pour leurs campagnes de bien-être et campagnes ciblées sont le but, au détriment de l’énorme nuisance pour le véganisme à long terme (même si c’est leur propre but – de la même manière dont les banques ont mis en péril leurs propres objectifs à long terme de rester en affaire en faveur de la cupidité à court terme). Ainsi, ils utilisent leur propre approche ‘tremplin’ pour s’en prendre au but vers lequel ils sont censés se diriger. La confusion, il semblerait, ne fait pas seulement partie du public, elle semble contrôler les actions mêmes de ces groupes.
Qu’est-ce qu’il se passe réellement ?
Ce qui nous amène à quelque chose qui a été abordé tout au long – l’aspect commercial des organisations neo-welfaristes.
Nous voyons le masque rationnel comme explication aux raisons pour lesquelles le neo-welfarisme continue à être la tactique de choix, malgré les raisons démontrant que ces excuses créent une pléthore de paradoxes et de preuves indiquant le contraire. Pourtant, honnêtement, il y a une explication très simple aux raisons pour lesquelles ils continuent à choisir le neo-welfarisme, et nous pouvons remonter cela à la structure des organisations, et du mouvement.
Les organisations
Les organisations de défense des animaux ne sont généralement rien d’autre que des entreprises – on le voit peut-être mieux lorsqu’il s’agit de grandes organisations internationales, comme PETA. Bien que toujours officiellement dirigées par des règles de défense animale, et d’un statut de bienfaisance, les gestionnaires qu’ils emploient doivent atteindre certains objectifs. Premièrement, cet objectif est de rester en affaires. Elles pensent faire le bien, et ont donc une obligation de rester financièrement à flot (ce qui n’est pas un hasard, protège également l’emploi de tout le monde). La meilleure manière de faire cela est en réalité d’utiliser le genre de CCs et de tactiques welfaristes, qui concernent le plus grand nombre de personnes. Bien que ces campagnes soient rationnellement viciées, et peinent à créer un changement progressif ou même des actes à court terme, et même pointées pour les dégâts qu’elles font aux intérêts des non-humains, elles excellent pour deux choses connexes – engranger des dons, et attirer les médias.
Le premier est avantageux pour des raisons évidentes – les objectifs financiers, et effectivement les objectifs de toute personne impliquée, est de rester à flot, et par conséquent d’engranger des dons. Le dernier est avantageux principalement en relation au premier (une plus grande couverture médiatique fournit plus de revenus financiers) mais il est également important pour comprendre l’une des grandes faiblesses structurelles que l’aspect financier fait peser sur le neo-welfarisme.
Ces groupes (presque sans exception) ont intelligemment nommé des experts en marketing, parfois avec des salaires à six chiffres. Ces gens sont pour la plupart très doués dans leur domaine, bien qu’ils ne soient pas systématiquement référencés par rapport au ‘marketing’ ; leur titre est plus souvent lié à ‘campagne’ comme par exemple ‘coordinateur de campagnes’. Le travail d’un commercial est d’aider une entreprise à réussir – d’aider à attirer l’attention, et donc l’argent. Les gens à ces postes sont souvent ceux bien formés au milieu financier. Ils peuvent vraiment être des professionnels au top, surtout ceux au salaire à six chiffres, et en conséquence les groupes attendent des résultats. Cependant, ‘nous avons éduqué beaucoup de gens par rapport au véganisme ce moins-ci’ ou ‘nous avons mis en place des fondations pour comprendre pourquoi l’utilisation d’animaux est immorale à long terme’ ne va nullement attirer l’argent, ni entrer dans le cadre d’expertise de ces personnes orientées ‘marketing’, ni, par la suite, s’acquitter de la tâche pour laquelle ces personnes ont été engagées.
En conséquence, nous constatons que les campagnes de ces groupes sont élaborées et choisies par des professionnels dont le travail et l’expertise entière est de rendre l »organisation plus attirante, et de rendre la campagne plus populaire, et à la base de rendre l’entreprise plus rentable. Le problème est que dans certains cas ils n’ont aucune connaissance de ce que cela implique moralement parlant (et dans tous les cas, ce n’est pas leur domaine principal d’expertise), et qui plus est, vu que ce sont des objectifs commerciaux qu’ils doivent atteindre, nous voyons des campagnes qui créeraient un changement durable soit ignorées soit réduites au niveau des ‘vœux pieux’ simplement pour apaiser les partisans plus abolitionnistes ou vegan.
Pour l’essentiel, nous constatons les mêmes problèmes au niveau de l’ossature morale des entreprises neo-welfaristes qu’ont les entreprises et les sociétés de manière générale. Les gens impliqués peuvent être bien intentionnés, et les fondations de ces entreprises peuvent avoir été sincères, cependant la structure du modèle économique signifie que les priorités sont mises sur le côté, et que l’idéologie économique soutenue prend le relais. Ce n’est pas rare dans les affaires, lorsque nous voyons des gens de bonne volonté devant se soumettre à une vie entière de consentement par rapport à de mauvaises décisions morales afin d’apaiser les objectifs structurels qui sont nécessaires pour les affaires. Donc nous ne devrions pas être surpris que cela arrive à des organisations de charité, même si l’objectif financier principal est de rester en affaires aussi longtemps que possible, plutôt que de réaliser autant de bénéfices qu’il soit humainement possible. Bien que, malheureusement, les deux sont intimement liés, et partagent beaucoup des mêmes objectifs.
Les défenseurs doivent non seulement prendre garde à l’avertissement que le neo-welfarisme est nécessairement et rationnellement vicié afin de se maintenir, mais ils doivent également prendre conscience que la solution de l’abolitionnisme doit être fondée dans le plaidoyer local autant que possible.
Le ‘mouvement’
Bien que nous pouvons identifier la cause des problèmes, ou l’absence de capacité à les changer au niveau des grandes organisations de défense des animaux, cela n’explique pas pourquoi beaucoup de défenseurs individuels dans le ‘mouvement’ s’opposent à l’idée de s’éloigner du neo-welfarisme. Nous pouvons expliquer cela en termes très simples et très rationnels cependant.
L’institution dominante
La perspective dominante dans la défense des animaux a été le welfarisme depuis de nombreuses années, et maintenant le neo-welfarisme est l’institution montante vu que le welfarisme implique des problèmes théoriques évidents et clairs. La raison à cela est que c’est la manière dont le ‘mouvement’ a démarré, c’est ce qui maintient les grands groupes à flot, et c’est ce qui colle le mieux à ce qu’on nous apprend dans les médias.
Et avant tout, c’est ce qui fait que beaucoup soutiennent cela. L’institution dominante est ce dont les gens entendent parler, et beaucoup ne sont pas encore conscients qu’il puisse y avoir des problèmes avec cela, ou ce que pourraient être ces problèmes (comme l’explique Chomsky par rapport aux médias chez les humains – si les gens étaient conscients des problèmes, ils feraient quelque chose). Surtout parmi les défenseurs actifs, les grands groupes détiennent le pouvoir de ce qu’on entend, et de ce qui peut être publié – jouant le rôle du ‘média de la défense animale’ de la manière dont le font les médias dominants lorsqu’il s’agit de la couverture des nouvelles. Il est dans l’intérêt des ‘médias de défense animale’ que les gens ne commencent pas à entendre parler de l’abolitionnisme et s’y dirigent, et donc ils n’en font pas la promotion.
Les preuves sont là pour appuyer cela. Le genre d’approche abolitionniste des droits des animaux de Francione fut largement ignorée avant l’essor d’internet, où les gens pouvaient tomber dessus et en parler, et malgré le fait qu’elle soit un compte rendu des droits des animaux populaire, sensible, basé sur la sentience, elle fut, et est toujours ignorée par toutes les grandes organisations de défense des animaux.26  Dans le cas de PETA, ils ignorent l’abolitionnisme d’une telle manière qu’ils s’efforcent d’utiliser la théorie de Peter Singer (un philosophe qui ne croit pas aux droits des animaux) comme leur explication de ce que sont les droits des animaux, simplement comme Singer met l’accent sur la sentience. L’idéologie dominante est confuse, mais est puissante en termes de ses effets par rapport à ce que nous entendons. Ce dont nous pouvons être sûrs, cependant, est que l’abolitionnisme gagne en popularité, et que l’idéologie dominante d’aujourd’hui ne sera pas imposée pour toujours – en effet il suffit d’une poignée de solides partisans pour commencer à donner une grande attention à ce message. Le seul obstacle est le manque de sources d’information indépendantes, fiables sur le plaidoyer des non-humains.
Plus de ‘masques rationnels’ ?
L’autre chose qui empêche les partisans de rejoindre l’abolitionnisme sont les genres de ‘masques rationnels’, comme mentionné précédemment par rapport aux organisations de défense des animaux.
Beaucoup de militants sont actifs depuis de nombreuses années, et sont presque attachés passionnément à certains groupes et organismes, et vont jusqu’à penser que la théorie de l’abolitionnisme critique le travail de leur vie. Naturellement alors, ils se rattachent à quelque chose qui semble rationnel pour se défendre sur une base sociale.
Un aspect de cela dont je ne parlerai pas en détail est si oui ou non ces activistes ont des intentions au départ, ou s’ils sont eux-mêmes convaincus de la valeur de vérité des énoncés du ‘masque rationnel’ qui semblent si viciée par rapport à l’analyse rationnelle. Nous devons nous rappeler que de nombreux défenseurs le sont devenus avant que la science sociale ne soit considérée comme un sujet grand public, et à un moment où les non-vegans avaient des croyances bien différentes par rapport à aujourd’hui. Ce n’est pas nécessairement un manque d’intention ciblée sur les non-humains, mais peut-être des croyances d’un autre âge, quand l’abolitionnisme aurait pu ne pas être le concept idéal – ce n’est pas quelque chose que je peux analyser avec précision, et je me concentrerai sur le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui.
Fabriquer le consentement pour l’exploitation humaine
Peut-être pas l’objectif principal de cet essai ou une partie nécessaire du neo-welfarisme, il est intéressant de souligner que le modèle économique du neo-welfarisme dévalorise également souvent la morale basée sur l’humain.
Ceux comme PETA sont connus pour leur position ‘tout pour attirer l’attention’, et comme expliqué plus haut, c’est probablement du au modèle économique auquel ils doivent adhérer. Mais ça ne s’arrête pas à leur rôle dans la fabrication du consentement pour l’exploitation des non-humains. PETA en particulier est célèbre pour leur utilisation de célébrités, souvent partiellement vêtues, surtout quand il s’agit de femmes. PETA, et en fait pas mal d’organisation neo-welfaristes, adhèrent fortement à l’idée que ‘le sexe fait vendre’.27
Bien que je ne vais pas trop m’étendre sur le problème du féminisme dans cet essai, il est assez simple de faire le lien entre l’objectification des femmes, et l’abus et le statut inférieur des femmes aux yeux d’une société patriarcale. Aussi fort que l’on souscrive à cette affirmation, ce que je souhaite montrer est qu’une fois que des groupes de défense concernant n’importe quelle question morale commencent à fonctionner comme une société, ils risquent non seulement de nuire à leurs propres intentions (et sans aucun doute les groupes neo-welfaristes sont-ils tombés dans ce piège), mais ils commencent également à ignorer la question morale dans son ensemble. La nécessité de prioriser le profit est fondamentalement nuisible au plaidoyer relatif à des questions morales d’un nombre de manières qui ne devraient pas être sous-estimées. Aussi longtemps que le neo-welfarisme sera contrôlé et maintenu comme une valeur par un petit nombre de groupes puissants, cherchant le profit, et la solution réside dans le plaidoyer abolitionniste local, ce point restera très pertinent.
Un modèle de propagande – Ou en sommes-nous ?
Une partie intéressante de la théorie chomskyienne peut nous aider à bien résumer où en est la défense des animaux. Chomsky note que les médias jouent le rôle de la fabrication du consentement pour les institutions dominantes et le processus décisionnel dans la société, cependant ce sont les choses comme le sport (et autres divertissements frivoles, générateurs d’attention comme la télé réalité) qui jouent le rôle de neutraliser toute possibilité de révolte, ou de changement progressif, en fournissant un débouché pour la créativité et l’intelligence des gens. Par exemple, les sports traditionnels peuvent comprendre les plus grands cerveaux tactiques de notre génération, mais les maintiennent à pied d’œuvre dans un environnement frivole, et à l’écart de la recherche de la vérité ou de la morale. De même pour l’audience – en les aidant à investir leur temps et leur passion dans autre chose que des processus de prise de décision ou de changement social, afin de les neutraliser.28
Je pense que j’ai démontré que nous pouvons pointer le neo-welfarisme pour son rôle vital dans la fabrication du consentement pour l’utilisation normale, continue des animaux. Il fait cela en aidant à neutraliser les véritables préoccupations pour les animaux, avec une attention pour les campagnes à court terme et inefficaces, mais rentables, tout en fournissant une autorité pour soutenir les normes qui maintiennent l’utilisation normale des animaux comme ne posant pas de problème moralement.
L’analyse de Chomsky démontre, essentiellement, la manière dont les médias et autres divertissements jouent des rôles vitaux dans la fabrication du consentement. Si nous jetons un regard aux intérêts des animaux non-humains, il semblerait que nous pouvons placer le welfarisme directement dans le rôle des médias, et le neo-welfarisme directement dans le rôle du sport et autres divertissements.
Le welfarisme fait très peu de significatif, et la plupart du temps ne fait rien du tout pour les intérêts des non-humains, et malgré tout fabrique le consentement pour leur exploitation et utilisation grâce à un mélange de marketing, de voix autoritaires des grands groupes, et de tromperie connexe explicite. Le neo-welfarisme joue le rôle de neutraliser toute véritable tentative de changement pour les non-humains en fournissant une autre autorité montrant que l’utilisation normale des animaux n’est pas une préoccupation sincère, et en plaçant des ‘étapes’ distrayantes pour la créativité et l’intelligence qui pourraient à la place être utilisées pour créer un véritable mouvement progressif, à effet boule de neige, pour le véganisme.
Aussi accablant que cela puisse être, comme dernière remarque, je souligne quasi la même chose par rapport à la théorie gauchiste de la fabrication du consentement. C’est-à-dire que les problèmes du welfarisme et du neo-welfarisme sont fortement structurels – et que les gens conduisant ces campagnes ne sont pas plus des mauvaises personnes que le sont ceux qui écrivent courageusement contre eux du côté de l’abolitionnisme. Cependant ce manque de mauvaises intentions n’est pas pertinent si nous nous concentrons sur la cible appropriée de notre attention – qui devrait être les animaux non-humains. Bien qu’il soit difficile de dépeindre un individu ayant un point de vue welfariste ou neo-welfariste comme mauvais, il n’est certainement pas infondé de s’opposer à eux, et de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour faire passer le message abolitionniste plutôt que le message du welfarisme ou des campagnes ciblées – en effet c’est pécher par excès de spécisme de dire que les choix de plaidoyer de ces gens méritent plus de respect que les animaux qui souffriront par leur faute. C’est vers cette opposition des normes, et en outre vers plus d’éducation végane créative, non-violente, intelligente que nos attentions devraient être tournées – et il n’y a pas de meilleur moment que maintenant.

References

 

1 Edward S. Herman and Noam Chomsky, Manufacturing Consent. The Political Economy of the Mass Media (New York: Pantheon Books 1988)
4 “Si un seul animal qui se trouve dans une cage à ponte pouvait avoir plus de place pour étendre ses ailes aujourd’hui grâce à quelque chose que vous auriez fait, je pense qu’elle choisirait que cela se passe.” http://www.salon.com/people/conv/2001/04/30/newkirk accédé le 31 juillet 2011. Newkirk ne mentionne pas que les poulets ne peuvent pas faire ce genre de choix, et ne pourraient comprendre le concept – tout ce que les poulets peuvent comprendre est qu’ils souffrent de façon extrême et pas que ça pourrait être mieux ou pire. La souffrance qu’ils ressentent est 100% réelle pour eux à ce moment, et c’est le seul facteur pertinent pour les non-humains
5 http://www.independent.co.uk/life-style/food-and-drink/news/shoppers-opt-for-freedom-food-chickens-1944742.html accédé le 31 juillet 2011.L’article montre que les poulets ‘heureux’ atteignent de meilleures ventes, surpassant les pertes des poulets normaux.
6 Op. cit., Herman and Chomsky, p. 1.
7 Gary L. Francione, Rain Without Thunder: The Ideology of the Animal Rights Movement, (Philadelphia: Temple University, 1996)
8 Il est difficile d’identifier exactement la position de VIVA ! – si ils sont welfaristes ou neo-welfaristes, car ils ne semblent pas rendre cela explicitement clair – peut-être dans le but de brouiller les lignes entre les deux, pour des raisons que j’examinerai plus tard. Pour les besoins de cet essai, j’ai proposé qu’ils soient neo-welfaristes, du à leur promotion occasionnelle du véganisme. Cela ne garantit nullement que ca soit un groupe neo-welfariste, mais pour les arguments que je ferai ici, ce n’est pas important de savoir à quel groupe ils appartiennent – vu que chacun d’eux est vicié pour quasi les mêmes raisons.
9 Gary L. Francione, Introduction to Animal Rights: Your Child or Your Dog (Philadelphia: Temple University, 1999)
10 http://www.animalaid.org.uk/h/n/NEWS/news_slaughter//2498// accédé le 31 juillet 2011. Montre un exemple classique de l’angle à la fin d’une partie d’une campagne ciblée « Bien évidemment, les animaux de ferme souffriront toujours, and Animal Aid continuera à promouvoir un régime alimentaire vegan, sans cruauté, comme seule façon d’arrêter complètement cela. »
12 Je reviendrai sur cela plus tard, mais cet ‘angle’ devrait, selon la théorie que le neo-welfariste fait passer à ce propos, exiger un ‘angle’ pour lui seul, car cela aussi est une déclaration problématique de campagne ciblée qui mentionne seulement le végétarisme et non l’idéal du véganisme. Donc ce paradoxe vicie l’argument neo-welfariste avant même de commencer, dans ce cas.
13 Ces derniers temps, cette campagne a été popularisée grâce à l’appel des célébrités ‘Je préfère être nue que de porter de la fourrure’, utilisé par PETA – exemples trouvables ici : http://www.peta.org/mediacenter/ads/Print-Ads-Skins.aspx accédé le 31 juillet 2011
15 Ibid.
16 http://www.guardian.co.uk/lifeandstyle/2009/nov/22/fur-rather-go-naked accédé le 31 juillet 2011. “En 2007, les ventes mondiales de fourrure ont totalisé £10bn, une augmentation de 11% par rapport à l’année précédente, dont neuf années de croissance continue. L’année derrière, le marché de la fourrure a contribué à £13bn de l’économie globale, et bien que l’élevage à fourrure fut banni en Grande-Bretagne en 2003, le chiffre d’affaire du marché anglais de la fourrure est d’environ £400-500m par an.”
17 http://fashion.telegraph.co.uk/columns/justine-picardie/TMG7005774/Why-fur-is-fashionable-again.html accédé le 31 juillet 2011. « selon l’association britannique du commerce de fourrure, ‘il y a eu une augmentation significative de ventes de fourrure’ au Royaume-Uni, qui fait partie d’une augmentation globale (les ventes mondiales ont totalisé $13 milliards en 2008, une augmentation de presque 60 pourcents comparé à la fin des années 90).”
22 http://www.viva.org.uk/aboutus/index.html accédé le 31 juillet 2011
24 http://www.factoryfarming.org.uk/ accédé le 31 juillet 2011
25 Un exemple informel de cela peut être trouvé ici : http://www.angelfire.com/oh/turkishangora/animalrights/agenda.html accédé le 31 juillet 2011
26 http://www.believermag.com/issues/201102/?read=interview_francione accédé le 31 juillet 2011. “Différents « dirigeants » du mouvement m’ont fait savoir que mon point de vue serait activement supprimé par le « mouvement » et que je ne serai plus invité à parler aux conférences pour les droits des animaux. Les grands groupes arrêtèrent de promouvoir mon travail, et je suis devenu un néant en ce qui concerne le « mouvement ». J’ai continué à donner des conférences dans des universités et évènements communautaires, mais j’ai vraiment perdu tout contact avec le « mouvement » »
27 Op. cit., http://www.peta.org/mediacenter/ads/Print-Ads-Skins.aspx accédé le 31 juillet 2011.
28 Expliqué dans le discours de Chomsky extrait du documentaire ‘Manufacturing Consent: Noam Chomsky and the Media’ trouvé sur http://www.youtube.com/watch?v=Vz1nIHv6P6Q&feature=related le 31 juillet 2011.
 
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